Transat Jacques Vabre 2021 – Premier bilan : les multis ont assuré le show

A tout seigneur tout honneur, l’Ocean Fifty Primonial (15m) de Sébastien Rogues et Matthieu Souben a été le premier à couper la ligne d’arrivée en Baie de Fort de France, quelques heures, devant l’Ultim (32m) aux armes de la famille de Rothschild. Si chacun a donc gagné la Transat Jacques Vabre dans sa catégorie, c’est bien le petit poucet qui a devancé goliath sur les quais de Fort de France. Certains médias généralistes ont pourtant titré sur la seule victoire du duo Cammas-Caudrelier, rassurés peut-être par leur notoriété, mais l’essentiel est ailleurs. L’arrivée groupée en tout juste 24h de six 50 pieds et des trois premiers géants des mers, confirme l’excellent choix de la direction de course, de parcours différenciés.
Neuf bateaux en moins de 24h
Certes les Ocean Fifty avaient 1700 milles nautiques de moins à parcourir, mais sauver ce bonus n’était pas gagné d’avance. Certes le petit temps des premiers jours les a bien aidés, leur permettant d’être encore bord à bord avec des bateaux deux fois plus grands et potentiellement deux fois plus rapides, à l’attaque du Golfe de Gascogne, alors que 36h de course étaient déjà écoulées. Mais en étant tous les sept à l’arrivée, avec seulement 37h d’écart entre le premier et le dernier, cette classe a démontré la pertinence de ses choix avec des bateaux performants, fiables et spectaculaires. Des qualificatifs qui ne vont pourtant pas toujours bien ensemble. Avec des budgets raisonnables, ils offrent une qualité d’image et une exposition vraiment attractive pour les sponsors. Que le bateau le plus ancien de la flotte l’emporte prouve l’homogénéité de la flotte et le haut niveau des compétiteurs.
En solo, ça sera chaud !
Mais si menés en double dans des conditions relativement clémentes ils ont performé comme des formules 1, qu’en sera-t-il en solitaire ? Après le Pro Sailing Tour estival, un circuit taillé sur mesure faisant le bonheur de partenaires qui peuvent même embarquer à bord, ces formidables machines resteront délicates à mener en solitaire lors de l’incontournable rendez-vous automnal de la Route du Rhum. Erwan Le Roux et Xavier Macaire sur Koesio avouent avoir tutoyé les limites deux ou trois fois, dont une où ils furent tout heureux de « retomber du bon côté » ! Quant aux propos des co-skippers d’Arkema 4 ils traduisent bien l’engagement que demandent ces bateaux. Pour Quentin Vlamynck « arriver de l’autre côté avec ces bateaux est dur ». Quant à Lalou Roucayrol c’était sa « dernière transat en double sur un multicoque aussi engagé » qui « demande énormément de vigilance et de stress ».
La « transat tranquille » de Gitana
Du stress, ils ne semblent pas en avoir beaucoup souffert les skippers du Maxi Edmond de Rothschild. En dehors de la grosse molle du début avec le risque qu’un concurrent passe dans un trou de souris pour s’échapper, et des dernières 24h pendant lesquelles ils voyaient leurs poursuivants fondre sur eux, la route de Franck Cammas et Charles Caudrelier a ressemblé à un « long fleuve tranquille », dixit le premier. Il y a bien quelques traces de couture dans la GV à l’arrivée, mais favori au départ, devant tout le temps à l’exception de quelques heures dans les vents erratiques du Golfe de Gascogne, ils ont irrémédiablement creusé l’écart. Les duettistes connaissent leur partition sur le bout des doigts, leur trimaran est parfaitement au point et le travail effectué par leur cellule de routage à terre, composée d’Erwan Israël et Stan Honey, en qui ils avaient toute confiance, a fait le reste. Depuis deux ans ils ont tout gagné et cette victoire a le goût du Grand Chelem avant d’attaquer les épreuves en solo à venir, Route du Rhum puis tour du monde : un sacré défi sur des machines aussi complexes.
Cinq Ultims au top, ça promet
Enfin, avec cinq bateaux au départ et autant à l’arrivée, sauf énorme surprise dans les derniers milles, la classe Ultim ne pouvait rêver meilleur ratio pour gagner en légitimité. Là aussi la météo ne pouvait être plus clémente, mais dès qu’ils foncent à 40 nœuds le moindre choc peut être fatal. On l’a encore vu avec les malheurs des deux Thomas, Coville et Rouxel, l’ofni est l‘ennemi du multi. Mais avec un peu de réussite et malgré un Sodebo diminué ils sont tous à l’arrivée. Deuxième très bonne nouvelle, le niveau est élevé. Les deux derniers bateaux sortis de chantier, à peine rodés, ont démontré un potentiel extrêmement intéressant. Ils complètent de fort belle manière le podium, en se livrant qui plus est à une bataille acharnée jusqu’au bout. Sur la ligne d’arrivée, François Gabart et le jeune Tom Laperche sur SVR Lazartigue, devancent de 53 minutes seulement les expérimentés Armel Le Cléac’h et Kevin Escoffier sur Banque Populaire. Avec un Sodebo à 100% et un équipage d’Actual qui va forcément progresser dans sa compréhension de la formidable machine qu’est l’ancien Macif, 2022 s’annonce vraiment passionnant. Avec deux ou trois autres bateaux de plus pour étoffer la flotte et assurer un nombre minimum de ‘finishers’, le collectif 32/23 aurait vraiment…la classe. Avis aux armateurs.
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