Transat Jacques Vabre 2021 – Premier bilan : les multis ont assuré le show

Par François Tregouet

Cette Transat Jacques Vabre inédite à bien des égards a déjà rendu son verdict dans les deux classes de multicoques. Si deux trimarans sont encore en mer à l’heure où nous écrivons ces lignes, leur arrivée ne modifiera pas le bilan global de la magnifique course qu’Ocean Fifty et Ultims ont livré. Avant de célébrer le premier Imoca, quelle analyse peut-on faire de ces deux semaines de course sur trois coques.

A tout seigneur tout honneur, l’Ocean Fifty Primonial (15m) de Sébastien Rogues et Matthieu Souben a été le premier à couper la ligne d’arrivée en Baie de Fort de France, quelques heures, devant l’Ultim (32m) aux armes de la famille de Rothschild. Si chacun a donc gagné la Transat Jacques Vabre dans sa catégorie, c’est bien le petit poucet qui a devancé goliath sur les quais de Fort de France. Certains médias généralistes ont pourtant titré sur la seule victoire du duo Cammas-Caudrelier, rassurés peut-être par leur notoriété, mais l’essentiel est ailleurs. L’arrivée groupée en tout juste 24h de six 50 pieds et des trois premiers géants des mers, confirme l’excellent choix de la direction de course, de parcours différenciés.

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Primonial, vainqueur en Ocean Fifty© Jean-Marie Liot

Neuf bateaux en moins de 24h

Certes les Ocean Fifty avaient 1700 milles nautiques de moins à parcourir, mais sauver ce bonus n’était pas gagné d’avance. Certes le petit temps des premiers jours les a bien aidés, leur permettant d’être encore bord à bord avec des bateaux deux fois plus grands et potentiellement deux fois plus rapides, à l’attaque du Golfe de Gascogne, alors que 36h de course étaient déjà écoulées. Mais en étant tous les sept à l’arrivée, avec seulement 37h d’écart entre le premier et le dernier, cette classe a démontré la pertinence de ses choix avec des bateaux performants, fiables et spectaculaires. Des qualificatifs qui ne vont pourtant pas toujours bien ensemble. Avec des budgets raisonnables, ils offrent une qualité d’image et une exposition vraiment attractive pour les sponsors. Que le bateau le plus ancien de la flotte l’emporte prouve l’homogénéité de la flotte et le haut niveau des compétiteurs.

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Podium Ocean Fifty© Jean-Marie Liot

En solo, ça sera chaud !

Mais si menés en double dans des conditions relativement clémentes ils ont performé comme des formules 1, qu’en sera-t-il en solitaire ? Après le Pro Sailing Tour estival, un circuit taillé sur mesure faisant le bonheur de partenaires qui peuvent même embarquer à bord, ces formidables machines resteront délicates à mener en solitaire lors de l’incontournable rendez-vous automnal de la Route du Rhum. Erwan Le Roux et Xavier Macaire sur Koesio avouent avoir tutoyé les limites deux ou trois fois, dont une où ils furent tout heureux de « retomber du bon côté » ! Quant aux propos des co-skippers d’Arkema 4 ils traduisent bien l’engagement que demandent ces bateaux. Pour Quentin Vlamynck « arriver de l’autre côté avec ces bateaux est dur ». Quant à Lalou Roucayrol c’était sa « dernière transat en double sur un multicoque aussi engagé » qui « demande énormément de vigilance et de stress ».

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Koesio remporte la deuxième place en Ocean Fifty © Koesio

La « transat tranquille » de Gitana

Du stress, ils ne semblent pas en avoir beaucoup souffert les skippers du Maxi Edmond de Rothschild. En dehors de la grosse molle du début avec le risque qu’un concurrent passe dans un trou de souris pour s’échapper, et des dernières 24h pendant lesquelles ils voyaient leurs poursuivants fondre sur eux, la route de Franck Cammas et Charles Caudrelier a ressemblé à un « long fleuve tranquille », dixit le premier. Il y a bien quelques traces de couture dans la GV à l’arrivée, mais favori au départ, devant tout le temps à l’exception de quelques heures dans les vents erratiques du Golfe de Gascogne, ils ont irrémédiablement creusé l’écart. Les duettistes connaissent leur partition sur le bout des doigts, leur trimaran est parfaitement au point et le travail effectué par leur cellule de routage à terre, composée d’Erwan Israël et Stan Honey, en qui ils avaient toute confiance, a fait le reste. Depuis deux ans ils ont tout gagné et cette victoire a le goût du Grand Chelem avant d’attaquer les épreuves en solo à venir, Route du Rhum puis tour du monde : un sacré défi sur des machines aussi complexes.

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Podium Ultime© Jean-Marie Liot

Cinq Ultims au top, ça promet

Enfin, avec cinq bateaux au départ et autant à l’arrivée, sauf énorme surprise dans les derniers milles, la classe Ultim ne pouvait rêver meilleur ratio pour gagner en légitimité. Là aussi la météo ne pouvait être plus clémente, mais dès qu’ils foncent à 40 nœuds le moindre choc peut être fatal. On l’a encore vu avec les malheurs des deux Thomas, Coville et Rouxel, l’ofni est l‘ennemi du multi. Mais avec un peu de réussite et malgré un Sodebo diminué ils sont tous à l’arrivée. Deuxième très bonne nouvelle, le niveau est élevé. Les deux derniers bateaux sortis de chantier, à peine rodés, ont démontré un potentiel extrêmement intéressant. Ils complètent de fort belle manière le podium, en se livrant qui plus est à une bataille acharnée jusqu’au bout. Sur la ligne d’arrivée, François Gabart et le jeune Tom Laperche sur SVR Lazartigue, devancent de 53 minutes seulement les expérimentés Armel Le Cléac’h et Kevin Escoffier sur Banque Populaire. Avec un Sodebo à 100% et un équipage d’Actual qui va forcément progresser dans sa compréhension de la formidable machine qu’est l’ancien Macif, 2022 s’annonce vraiment passionnant. Avec deux ou trois autres bateaux de plus pour étoffer la flotte et assurer un nombre minimum de ‘finishers’, le collectif 32/23 aurait vraiment…la classe. Avis aux armateurs.

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© Jean-Marie Liot

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Nathalie Moreau
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Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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