Vendée Globe : aux extrêmes du Sud

Par Figaronautisme.com

Dans les mers du Sud, le Vendée Globe dévoile des trajectoires aux contrastes saisissants. Les leaders s'élancent à pleine vitesse, domptant des vagues qui relèguent les montagnes russes au rang de jeux d’enfant. Plus loin, d'autres marins endurent des combats acharnés contre le vent et la mer, tandis que certains, pris au piège d’un anticyclone, avancent à pas comptés, frôlant l’immobilité. Entre ces rythmes effrénés ou contemplatifs, une constante demeure : la détermination et l'humilité de chaque skipper face à l'immensité glaciale des mers australes.

Le Vendée Globe est un théâtre de contrastes extrêmes. En tête de course, les leaders crapahutent à pleine vitesse et empilent les milles à une cadence effrénée. « Actuellement, on a entre 20 et 25 nœuds de vent au portant et ça va globalement être le cas jusqu’au cap Horn. Une fois que le bateau est réglé, ça va un peu tout seul. Il n’y a pas beaucoup à réfléchir, c’est très simple », a commenté Yoann Richomme (PAPREC ARKÉA), reconnaissant profiter d’un « scénario météo incroyablement efficace » depuis son entrée dans les mers du Sud. Pour ses adversaires, derrière, la situation est cependant loin d’être aussi « facile ». Certains courbent l’échine au cœur de la tempête, affrontant des vagues furieuses et un vent implacable. D'autres, prisonniers d’un anticyclone perfide, se débattent dans un calme plat étouffant, et d’autres encore avancent laborieusement au près, luttant contre des vents contraires qui mordent à travers le froid et mettent les machines à rude épreuve. « Pour ma part, j’arrête de regarder, d’écouter et de lire ce que disent les gars de devant. C’est tellement à l’opposé de ce que je vis ! Eux glissent alors que moi je lutte pour avancer dans une mer démontée. On est vraiment dans des univers totalement différents et c’est terriblement rageant ! », a commenté Éric Bellion, ce samedi, avec cette drôle d’impression de progresser dans un champ de patates pendant que les leaders sprintent sur une piste en tartan.

Quand l’océan mène la danse
« Ce qu’on fait depuis le début dans l’océan Indien, c’est essayer de trouver un trou de souris pour se glisser et passer sans se faire mordre. Ça devrait être un peu pareil dans le Pacifique. Il va falloir trouver les bons chemins, pas forcément les plus courts, mais les plus sages et finalement les plus rapides à la fin. Cela impose de la patience », a ajouté le navigateur qui sait que dans ce type de situation, mieux vaut effectivement philosopher que pester, surtout lorsque les routages proposent des trajectoires si particulières qu’on pourrait presque croire qu’ils ont grillé un fusible en chemin. Pour preuve, certains suggèrent de passer carrément au nord de la Nouvelle-Zélande. Si c’est possiblement optimal sur le papier, dans les faits, une route plus au sud sera sans aucun doute privilégiée par la petite bande du skipper de Stand as One – Altavia et ses comparses. A prévoir toutefois : une zone de transition (autrement dit, de la molle) et du près. En somme, une séquence loin d’être fulgurante qui pourrait offrir à Kojiro Shiraishi (DMG MORI Global One) et Oliver Heer (Tut Gut.) l’occasion de remonter au classement aussi rapidement qu’un bouchon de liège à la surface. Idem pour Guirec Soudée (Freelance.com) qui, lui, a déjà été catapulté ce matin comme un bouchon – mais de champagne celui-là -, alors qu’il se trouvait dans sa bannette. « Je dormais profondément, depuis 20 ou 30 minutes. D’un coup, le bateau s’est mis sur la tranche. J’ai été violemment projeté, comme dans un accident de voiture. J’ai mis une ou deux minutes avant de comprendre ce qui c’était passé. J’ai pris un bon « pet » au niveau de l’épaule gauche. Heureusement, il y a eu plus de peur que de mal au bout du compte », a relaté l’aventurier subtilement ramené sur la piste par l’Indien qui lui a rappelé que, parfois, les ennuis peuvent mener la danse. Côté rythme, Denis Van Weynbergh (D’Ieteren Group) et Xu Jingkun (Singchain Team Haïku) ne sont pas en reste : leur scène de bal est secouée par un front furieux, avec des rafales entre 60 et 65 nœuds. Heureusement pour eux, ce numéro de haute voltige en apnée involontaire ne devrait durer que quelques heures encore, avant que le vent ne décide de lever le pied d’ici la fin de la journée.

Entre furie et apathie
Le contraste est évidemment saisissant avec les conditions que rencontre actuellement le paquet emmené par Jean Le Cam (Tout Commence en Finistère – Armor-lux) et Isabelle Joschke (MACSF). Embourbé dans un anticyclone traître, il avance à peine. Pour lui, le calme plat se mue en frustration. Est-ce à dire que l’immobilité, dans ces latitudes hostiles, est presque aussi redoutable que les tempêtes ? On ne s’y aventurait quand même pas, surtout après avoir papoté avec Benjamin Dutreux (GUYOT environnement – Water Family) lors de la vacation ce matin, et entendu à répétition son bateau s’élever puis retomber lourdement, avec un fracas sourd. « Depuis peu, j’en ai fini avec le près, mais pas avec les vagues ! Ça tape fort et je dois doser l’appui sur l’accélérateur pour ne pas éclater le bateau. La bonne nouvelle, même si la mer est toujours de face, c’est que je fais du Sud-Est. Après trois jours à tirer des bords, ça fait du bien au moral d’aller enfin dans la bonne direction ! », a relaté le Sablais impatient de retrouver, d’ici 24-48 heures, des vents portants pour cavaler bon train en direction du cap Horn, et ainsi imiter les leaders, Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance) et Yoann Richomme, qui ont, par ailleurs, légèrement décroché Sébastien Simon, forcément bien handicapé par la perte de son foil tribord en bâbord amures. « Je ne vis pas du tout la même course que ceux de devant qui n’ont encore jamais bordé les voiles pour aller au près. Chacun vit son histoire et son Vendée Globe », a ajouté Benjamin Dutreux qui, comme ses camarades, observe que dans les mers du Sud, les contrastes s’abattent (parfois) comme des gifles salées.

Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe et suivez les skippers en direct grâce à la cartographie.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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