
Ce samedi, à Falmouth en Grande-Bretagne, Franck Cammas et son équipier Louis Viat (Groupama C) ont décroché l’or au championnat du monde de Classe C, alias Petite Coupe de l’America.
Vous vous imposez finalement 2-0 face au tandem suisse d’Hydros I composé de Billy Besson et Jérémie Lagarrigue. Il y a pourtant eu une manche aujourd’hui. Racontez-nous.
Malgré le vent très soutenu et alors que le pavillon retard à terre était en place, le comité de course a décidé de lancer une manche. Nous avons été un peu surpris que le départ soit donné avant que notre aile ne soit en place. Et pour cause, compte-tenu de la météo, nous avions fait le choix de la préserver. A l’inverse, l’équipage d’Hydros I qui voulait, semble t-il, tenter le tout pour le tout, s’est un peu précipité. Résultat, il a chaviré et endommagé sérieusement son aile avant de resaler et de franchir la ligne d’arrivée, mais dans la mesure où il a bénéficié d’une aide extérieur pour remettre son bateau à l’endroit, il a logiquement écopé d’une disqualification. Le score est ainsi resté inchangé.
Cette épreuve, vous l’avez dominée de la tête et des épaules...
Oui et nous sommes très contents. Contents surtout de la vitesse de Groupama C. Dans le tout petit temps, certains bateaux non-foilants, comme Canaan, étaient très rapides. En revanche, dès que le vent était supérieur à sept nœuds, les bateaux capables de voler, comme nous ou les deux Hydros (I et II), reprenions de dessus, notamment au portant. Il est clair que la régate s’est jouée pour beaucoup - plus de la moitié selon moi - sur la conception du catamaran. Notre bureau d'études a réalisé du très bon boulot mais au delà de cela, rien n'aurait été possible sans le propriétaire du bateau et sans le soutien de Groupama.
Vous attendiez-vous à une telle aisance ?
Non. Avant le mondial, il avait été difficile d’avoir des éléments de comparaison fiables. Ce qui est certain, c’est qu’en amont de l’épreuve, il y avait eu un gros travail d’intox de la part d’Hydros, à tel point que même la semaine avant le coup d’envoi, le team n’avait pas souhaité naviguer avec nous pour ne pas montrer ses petits secrets… Nous n’avions aucun repère.
Votre victoire est une réussite technologique...
Oui, elle l'est. Mais elle est aussi une réussite stratégique. Cependant, je pense que nos concurrents ont fait quelques erreurs en négligeant des détails assez simples pour le fonctionnement du bateau. Les suisses, par exemple, n’avaient pas de système de girouette sur leur aile ce qui est plutôt étonnant. En ce qui nous concerne, nous avons essayé de refaire, à l’échelle d’un Classe C, ce qui s’est fait sur les AC72, tout en compilant les bonnes choses des anciens Classe C. Finalement, nous n’avons pas inventé grand-chose. Nous avons surtout optimisé une foule de détails. La difficulté ensuite, pour Louis et moi, était de parvenir à utiliser ce bateau très complexe, sur des petits parcours puis en duel de match-race.
Après la Petite Coupe, la « grande » ?
Pour mon équipe, l’objectif sur cette Petite Coupe était de progresser. Concevoir un Classe C était une façon de nourrir et de faire exister notre bureau d’étude après le succès de la Volvo. Nous nous sommes intéressés aux technologies utilisées sur la Coupe. Si nous ne l’avons certainement pas fait aussi bien que les grosses équipes (Oracle, TNZ, Prada, Artemis, ndlr), au moins nous avons commencé à avoir des réflexions sur le sujet. Le positif, c’est que nous ne nous sommes pas trompés beaucoup puisque nous avons été performants cette semaine. C’est donc un bon point de départ. Nous allons tâcher, toujours avec Groupama, de trouver des projets nous permettant de continuer dans le sens où va aller la Coupe. Vraisemblablement, elle devrait se poursuivre en multicoque. Avec le Classe C, nous avons une super base de travail.
Classement : 1. Groupama C, Franck Cammas et Louis Viat (France) ; 2. Hydros I, B. Besson et J. Lagarrigue (Suisse); 3. Project Cogito, L. Guck et M. Kramers (USA); 4. Canaan, B. Gooderham et C. Parvey (Canada); 5. Hydros II, M. Heemskerk et B. Tentij (Suisse) ; 6. Fill your Hands, F. Eaton et M. Clarke (Canada); 7. Patient Lady, G. Bontemps et G. Gahinet (France); 8. Aethon, S. Clark et S. Moore (Canada) ; 9. Invictus, T. Phipps et C. Bader (Grande Bretagne); 10. Alpha, P. Larsen et S. Aviles (Espagne); 11. Wild Horse, D. Coyolla et N. Barreto (Portugal).