
A mi-course, Yann Éliès (Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir) est bien installé sur le carrousel de la Solitaire. Et à l’issue de la deuxième étape, les naseaux des poursuivants vont chercher uniquement à flairer le podium.
Yann Éliès pouvait prendre son temps pour flâner dans les rues de Gijón ce mercredi. Fuyant le microcosme de la course. Après une bonne nuit bercée uniquement par le chuintement de la climatisation de sa chambre d’hôtel, le réveil avait été paisible. Avec un matelas conséquent sur ses plus proches adversaires et des minutes encore grappillées à l’issue de cette 2e étape de la Solitaire du Figaro Éric Bompard Cachemire 2013, le petit cheval blanc le savait, ils étaient tous derrière et lui toujours devant.
Le contournement de la péninsule ibérique, une de ses plus grandes craintes depuis que le parcours a été présenté l’hiver dernier, s’est déroulé sans anicroche pour le Briochin résidant actuellement à Carnac. Même si quelques doutes l’ont parfois titillé. Cinquième à 8 minutes et 02 secondes d’Armel Le Cléac’h (Banque Populaire), vainqueur également du prix CLS-Argos de la meilleure progression sur le parcours de 298 milles entre Porto et les Asturies, le résultat est donc anecdotique.
Pour le reste de la horde, le classement provisoire avant jury est donc limpide, les quelques instructions étudiées demain ne concernant pas le haut du tableau. Les premiers du Grand Prix GMF de cette deuxième manche, une bouée située à mi-parcours, Gildas Morvan (Cercle Vert), Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls) et Adrien Hardy (Agir Recouvrement) ont été éjectés des prétendants après leurs bévues sur le final. 25e au général avec un retard abyssal, Adrien Hardy, philosophe, se projetait déjà vers les futurs horizons : « Cette étape doit être oubliée rapidement. Comme pour la première, j’ai toujours été dans les 5 ou10 premiers, en ayant à chaque fois pris d’excellents départs. Mais sur les arrivées, il y a toujours eu des conditions foireuses où les décisions étaient importantes à prendre. Et je me suis raté. Il ne faut pas que je me focalise sur le classement. C’est la première fois où je navigue aussi bien, aussi longtemps devant. Et je pense que je suis à ma place dans ces moments-là. Pour la suite, je vais continuer à faire dans le même esprit, sans prendre trop de risques et je suis sûr que cela va finir par payer ».
Le plus heureux des poulains était sans aucun doute ce matin Alexis Loison (Groupe FIVA), troisième au général derrière l’inoxydable Frédéric Duthil (Sepalumic), le seul à voir depuis sa baie vitrée Yann Éliès à moins d’une heure. Le Cherbourgeois, sociétaire du centre d’entraînement de Port-la-Forêt, sait pourtant que sa position sur le podium reste branlante au vu des étalons à sa poursuite : « Quand je regarde ce qu’il vient de se passer, comment j’ai réussi à cravacher pour revenir après des erreurs, je me dis que tout va bien. Mais il va falloir que je me concentre plus. J’ai grillé mon joker. Ma place, c’est le résultat d’années de travail. J’en suis quand même à mon 8e Figaro. Il y a des pièges où on ne se fait plus avoir. Sur le bateau, je me sens vraiment à l’aise tout le temps. Tout se fait facilement. Je crois que cela vient de la rigueur que je me suis imposée ».
Son petit bonhomme de chemin faisant, dans la discrétion dont il fait preuve depuis trois années sur la Solitaire, Xavier Macaire (Skipper Hérault) reste toujours à l’affût, à la 4e place. Derrière lui, Morgan Lagravière (Vendée), Armel Le Cléac’h, Yoann Richomme (DLBC), Jérémie Beyou (Maître CoQ) jusqu’à Paul Meilhat (Skipper Macif 2011) sont à 15 minutes de son tableau arrière. Le Grand-Mottois, affable comme à son habitude, ne tirait pas de plan sur la comète mais se sentait serein : « J’ai sauvé les meubles sur cette étape. Je ne suis pas allé dans le cimetière des Figaro en réussissant à rejoindre le bon côté. J’ai Alexis 5 minutes devant et Jérémie 5 minutes derrière. Et la meute est constituée de bons professionnels, cela va être chaud sur la suite. Si je continue à naviguer proprement, quelque soient les conditions, pourquoi pas espérer un bon résultat ».
Le départ de la troisième étape en direction de Roscoff aura lieu à midi jeudi. Les paris seront encore ouverts car c’est le charme de l’épreuve depuis l’aurore des temps. Le petit cheval blanc souhaitant que l’histoire par à rapport à la chanson se termine différemment.