DOSSIER SPÉCIAL ROUTE DU RHUM
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On a navigué (volé !) à 40 nœuds avec François Gabart

Route du Rhum
Vendredi 30 septembre 2022 à 15h52

A cinq semaines du départ de La Route du Rhum, Figaro Nautisme a eu le privilège de naviguer toute une matinée à bord du trimaran Ultim SVR-Lazartigue de François Gabart.

©Photo SVR Lazartigue - DR
A cinq semaines du départ de La Route du Rhum, Figaro Nautisme a eu le privilège de naviguer toute une matinée à bord du trimaran Ultim SVR-Lazartigue de François Gabart.

Il y a des invitations qui ressemblent à un cadeau du ciel, pour lesquelles on ne regarde ni la météo ni le nombre de kilomètres à parcourir. Embarquer ne serait-ce qu’une paire d’heure sur le dernier-né des maxi-trimarans, sans conteste le plus innovant de cette catégorie Ultim, en compagnie d’un des skippers les plus brillants de sa génération, promettait d’être une expérience unique. Avec 24 heures de recul, elle se révèle, plus que cela : un véritable choc, l’impression d’être passé pour quelques heures dans une nouvelle dimension. Peut-être comme un pilote d’aéroclub ayant passé le mur du son ou fait un vol avec la patrouille de France. Un amoureux de la chose automobile ayant couru une étape du Monte-Carlo dans le baquet passager de Sébastien Loeb. On en ressort ébloui, des images magnifiques plein les yeux, mais sans être certain d’avoir bien tout compris, un peu sonné en quelque sorte.

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© Photo François TREGOUET - MULTI.media
Une équipe de Formule 1

Tout avait pourtant commencé comme une matinée presque ordinaire. Café-croissant dans les superbes locaux de Mer Concept face aux remparts de Concarneau. La météo s’annonce magnifique même si le vent paraît faible, une crainte qui s’avérera vite hors de propos. Nous sommes drivés jusqu’au ponton par Cécile Andrieu, Directrice du Team SVR-Lazartigue (Sciences-Po et Mini-Transat, un combo parfait pour manager ce Google de la Course au Large) où l’équipe technique prépare l’immense trimaran bleu. François Gabart est accueillant, disponible, souriant, semble calme et serein à cinq semaines de LA course de l’année. Et à quelques minutes aussi de sortir du port cette impressionnante plateforme sans aspérité de 32 mètres sur 23, alors que tous les pêcheurs amateurs de la baie semblent s’être donné rendez-vous dans le chenal ! Heureusement, deux zodiacs sont là pour aider, tout comme une liaison radio permanente avec l’équipe et, nouveauté, une commande filaire du moteur et de la barre sortie sur le pont. Posté en avant du mât, pouvant passer d’un bord à l’autre, François Gabart voit tout. Dans le cockpit surbaissé, objet du courroux certains de ses concurrents, quatre équipiers s’échinent déjà sur les moulins à café. Car, respect de la jauge oblige, toute manœuvre doit être effectuée à la force des bras, et il s’agit en l’occurrence de descendre le futur foil sous le vent, impressionnante pièce de carbone en L, pesant 400 kg. Puis c’est au tour de la Grand-Voile d’être hissée, pas moins de quinze minutes d’efforts qui justifient à elles seules la présence d’une salle de sport dans les locaux du Team. A la question de savoir combien de temps il mettrait à effectuer l’opération en solitaire, François Gabart répond que tout allant bien, en dehors des prises et renvois de ris, il ne devrait pas avoir à l’effectuer durant la Route du Rhum... sauf aléa technique (bris de latte) comme en 2018.

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© Photo François TREGOUET - MULTI.media
1,2,3... Décollage !

Grand-Voile haute, avant de dérouler le génois (J2) quelques consignes de sécurité font forcément penser au décollage d’un avion. On a déjà le gilet de sauvetage sur les épaules, mais il s’agit ici de bien préciser là où il ne faut pas mettre les pieds (toutes les toiles tendues pour améliorer l’aérodynamisme) et surtout où se tenir. Car J2 bordé, l’accélération est fulgurante, on est comme collé au siège, sauf qu’il n’y a pas de siège ! Alors effectivement on s’accroche ou on peut, au filet, à une ligne de vie textile, une écoute qui passe par là, et on se déplace à quatre pattes, dans un premier temps en tous cas. Dans le poste de pilotage, la tête sous la verrière de Supermarine Spitfire, François Gabart a les yeux rivés sur l’horizon, slalomant pour éviter les casiers qui jalonnent le parcours en direction des Glénan. Entre ses mains, un tout petit volant, comme ceux pour jeux vidéo. Relié au vérin de pilote, il est équipé d’un système de retour de force développé spécialement pour améliorer les sensations. Discrètement, du pied, le pilote règle l’angle de l’aile de raie, ce plan porteur en bout de dérive qui influe énormément sur l’assiette de vol du bateau. Oui, il va falloir s’habituer à voire associés les termes vol et bateau. Car un trimaran comme SVR-Lazartigue vole littéralement au-dessus de l’eau, libéré du mode archimédien par quatre de ses six ailes : trois safrans, une dérive centrale et deux foils. Alors sur le petit écran, les chiffres aux-aussi s’envolent. On atteint 32 nœuds soit presque trois fois la vitesse du vent réel qui souffle à seulement 12 nœuds. Le vent apparent en extérieur est forcément violent, rarement en dessous de 40 nœuds, et on comprend la nécessité de s’en protéger. On s’aperçoit également qu’à ces vitesses, et en se créant autant de vent apparent, le portant est une notion à oublier. Même dans le petit temps, l’angle maximum ne dépasse jamais 50 degrés. Aujourd’hui on est plutôt à une vingtaine de degrés, et lorsque le vent monte à une quinzaine de nœuds, on atteint la barre des quarante au GPS. Autant vous dire qu’on a dépassé les Glénan depuis un bon moment quand le grand trimaran bleu fait demi-tour, court moment de répit où il amerrit doucement, la descente amortie par ses foils, avant de reprendre sa course folle dans l’autre sens.

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© Photo François TREGOUET - MULTI.media
Ultimes sensations.

Un petit tour dans l’étroit coqueron arrière donne une vue imprenable sur le sillage d’avion de chasse. Le foil au vent, bien que relevé, soulève parfois de belles gerbes d’eau qui ne manqueront pas le malheureux équipier envoyé immobiliser l’éolienne du bras arrière. Sous nos pieds, on voit à travers le filet, défiler l’eau à grande vitesse. Nous sommes comme sur un tapis volant, car hissé sur ses foils, le bateau s’est affranchi des vagues, et vole à l’horizontale, incroyablement stable, sans gîte ou presque, l’immense mât aile carbone basculé au vent, comme sur une vulgaire planche à voile. Mais les tensions dans les écoutes sont énormes. Il faudra que tout aille bien pendant six jours pour que François Gabart arrive en vainqueur à Pointe à Pitre, car à ces vitesses et avec de tels efforts, tout incident a un impact dévastateur sur la performance. Même si par rapport à la génération précédente d’Ultims, aux 60 pieds Orma ou même aux actuels Ocean Fifty, le risque de chavirage est bien moindre, il faut quand même un cocktail assez unique de talent, de compétence, de courage et de force pour envisager mener un tel vaisseau en solitaire sur l’Atlantique. En tous cas, pour un marin passionné qui s’estime pourtant déjà chanceux, avoir navigué à bord est vraiment une expérience unique.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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