Charle Dalin « Un peu dur à avaler... »

"Hier, j’ai vu mon avance fondre à vue d’œil. J’ai traversé une zone de molle. Cela faisait un moment que je l’avais repérée sur les cartes et je ne savais pas trop comment l’aborder. L’éviter faisait faire un énorme détour. Sur le papier, j’avais moins de 8 nœuds de vent dedans. J’ai eu des phases à 3 noeuds. Ça a été compliqué à gérer. Là, j’ai retrouvé du vent, 25 nœuds, rafales à 30, j’ai fait du 26/27 noeuds pendant une heure. Mais quand j’avance trop, je me retrouve dans des zones où il y a moins de vent.
Cette nuit, j’ai fait une heure à 10 noeuds. J’ai dû attendre que le vent me rattrape à nouveau pour avancer à nouveau. Forcément, à force, ça plombe les chiffres de la nuit. J’avance en même temps que le vent rentre. Derrière, c’est plus établi avec un angle un peu meilleur. Je pense que l’hémorragie est un peu stabilisée, mais elle n’est pas complètement jugulée, il y a des chances pour que je continue à perdre quelques milles encore quelques temps. C’est comme ça !
Je ne suis pas de nature à me plaindre mais entre le coup de vent que je suis seul à m’être pris et maintenant la pétole que je suis seul à me prendre, ça commence un peu à me peser. Ça suffit ! J’espère que c’est le dernier épisode. Ça va bien finir par se stabiliser. Je fais mon maximum pour aller vite mais malheureusement, je me fais rattraper par mes poursuivants et ça va encore continuer un peu.
Tu as ce mur de verre qui avance en même temps que toi dans lequel tu finis par buter. Je pense aussi à Thomas qui se retrouve bord à bord avec Yannick. On va dire que ce n’est pas bien rémunéré cette histoire ! Mais l’essentiel est que je sois encore devant.
La situation a favorisé le tassement de la flotte. Derrière, ils ont moins zigzagué et ils ont eu des conditions peut-être un peu moins extrêmes dans les deux sens. C’est le jeu ! Des retours par derrière, ce n’est pas la première fois que ça arrive. Quand les choses se stabiliseront, il n’y a pas de raison que je n’arrive pas à refaire de l’écart.
Apivia est en pleine forme. J’ai vu que ça supputait… C’est juste des problèmes techniques de « pas de vent ». C’est sûr qu’hier, quand je voyais les autres qui allaient à 19 nœuds et moi à 3 nœuds… Ça veut dire que tu perds 16 milles par heure… Et ça, c’est dur. Vu comment on se bat pour le moindre mille. C’est un peu dur à avaler. Mais la route est longue, la roue finira par tourner.
Derrière moi c’est tout gris, tout noir. Mais devant, j’ai de petits cumulus avec des trous de ciel bleu. J’ai vraiment deux ambiances différentes. La mer n’est pas parfaite, mais j’arrive à naviguer à 26 noeuds sans planter toutes les 30 secondes. Ça s’est rafraîchi par contre. Il fait 10 degrés dans le cockpit. Cette nuit, je n’ai jamais été autant habillé depuis mon entrée dans le grand Sud. J’ai mis ma chapka. Mais ce n’est pas désagréable de s’emmitoufler.
Ce qui est assez marquant, c’est le décalage de l’heure solaire qui se fait extrêmement rapidement. On change d’heure solaire pratiquement toutes les heures. L’aube arrive vers 21 heures TU ! Ca va extrêmement vite. C’est assez déroutant.
Dans une semaine, on est à l’antiméridien, après la Nouvelle-Zélande, à 12 heures d’écart. J’ai hâte de retrouver l’autre le sens de la synchronisation."
Charlie Dalin / Apivia