
C'est depuis la base scientifique française Dumont-d'Urville dans l'Antarctique Est que Laurent Ballesta a réalisé l'expédition la plus incroyable de sa vie. Il raconte son aventure à travers un reportage publié dans le magazine National Geographic du mois de juillet.
Laurent Ballesta fait partie de cette poignée d'hommes qui prend des risques pour dévoiler au monde les merveilles de cette région du bout du globe, encore méconnue et qui tient aujourd'hui une place majeure dans les discussions internationales, sur le climat notamment.
La préparation
Si Laurent Ballesta a l'habitude de plonger depuis 30 ans, il lui a fallu deux ans pour se préparer à cette aventure. On ne plonge pas dans une eau glacée comme on plonge en Polynésie française ! Carte de la Terre-Adélie au mur de son bureau, il a choisi divers sites de plongée peu éloignés de la base Dumont-d'Urville. Il a également travaillé avec des fabricants de combinaisons de plongée pour identifier les faiblesses des combinaisons classiques et leurs réactions dans une eau aussi froide (-2 degrés environ). Sans une tenue adéquate, un homme ne peut survivre plus de 10 minutes à cette température. Grâce à son équipement parfaitement adapté, il est possible de tenir 5h sous la glace.
32 séances de plongée
Après une heure passée à revêtir sa combinaison de plongée (sous-vêtements thermiques, combinaison chauffée électriquement, molleton épais, couche de néoprène et équipement photographique), le voilà prêt à découvrir les fonds sous-marins de l'Antarctique. Première étape : passer l'épaisse couche de glace. A défaut de pouvoir plonger dans un trou creusé par un phoque, une machine spéciale brisait la glace, creusant alors un trou de la taille d'un homme. Vient ensuite le moment de se faufiler, et avec autant de kilos sur le dos, ce n'est pas une mince affaire. Laurent Ballesta aura réalisé au total 32 séances de plongée, malgré l'intense souffrance ressentie lors de chacune d'elle. Il lui aura fallu 7 mois pour récupérer ses nerfs endommagés au bout des doigts à cause du froid.
Sous la glace, la vie
Une fois sous la glace, le spectacle commence. Des milliers de petits cristaux se mettent alors en mouvement et rejoignent la surface, vers le trou, comme pour vite refermer la porte de cet autre monde. Parce qu'il s'agit bien d'un autre monde... Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les profondeurs de l'Antarctique regorgent de vie et de couleurs ! Mais ce qui surprend d'abord, c'est la lumière : pure, intacte. Le plancton brille... Une aubaine pour un photographe !
Au fur et à mesure de la descente, Laurent rencontre des phoques, des manchots empereur... Et au fond, un jardin luxuriant : des plantes de toutes les couleurs, des étoiles de mer gigantesques (38 m de diamètre pour certaines), des araignées de mer géantes... On pourrait croire que les espèces, animales et végétales, qui peuplent cet océan sont immortelles. Leur croissance est plus lente que dans les eaux chaudes et tempérées du reste du globe, ce qui explique leurs tailles exceptionnelles.
A 70 mètres de profondeur, limite des plongées du photographe, la diversité est incroyable : des méduses, des coquillages, des coraux, des éponges, des petits poissons multicolores... Toutes les couleurs des récifs tropicaux sous la banquise !
Même si cette aventure fut la plus incroyable et la plus enrichissante de sa vie, Laurent Ballesta rappelle qu'on ne plonge pas dans l'océan Antarctique à moitié préparé, tout comme on ne gravit pas l'Everest sans entraînement. Mais c'est ce qui fait la beauté de l'expérience !