
L’iode, carburant discret de la thyroïdeOn n’en parle pas souvent, et pourtant, sans iode, notre corps tournerait au ralenti. Cet oligo-élément joue un rôle central dans la fabrication des hormones thyroïdiennes, qui régulent entre autres la température corporelle, la fréquence cardiaque, le niveau d’énergie, la digestion et même l’humeur. En gros, c’est un régulateur de fond, celui qui s’assure que tout fonctionne sans accroc.Un manque d’iode peut entraîner une hypothyroïdie, c’est-à-dire un ralentissement général du métabolisme. Fatigue, prise de poids sans raison, frilosité, baisse de moral, troubles de la concentration, et dans les cas plus graves, un gonflement du cou (le fameux "goitre"). C’est aussi un problème particulièrement critique chez la femme enceinte, car une carence peut perturber le développement du cerveau du fœtus. Bref, ce n’est pas un détail.Le corps ne sait pas produire l’iode par lui-même, ni le stocker pour longtemps : il faut donc en consommer régulièrement. Et c’est là que le lien avec l’univers maritime devient intéressant. Car tout ce qui vient de la mer – poissons, fruits de mer, algues – est naturellement riche en iode. Et ce n’est pas tout : même l’air marin en contient, surtout quand il est chargé d’embruns, après un bon coup de vent ou une navigation sportive. C’est cette exposition naturelle qui explique pourquoi les populations côtières et les marins sont historiquement moins touchés par les carences iodées.
Pourquoi les marins sont souvent mieux pourvus (et sans le savoir)Les passionnés de nautisme, sans forcément le chercher, sont souvent bien servis en iode. D’abord parce qu’ils mangent plus régulièrement des produits de la mer, parfois directement pêchés ou achetés en criée. Poissons maigres comme le cabillaud, crustacés, moules, algues : tout ce petit monde marin concentre de l’iode en quantité. Rien que 100 grammes de morue séchée peuvent couvrir plusieurs fois les besoins journaliers.Ensuite, il y a l’air du large. Lorsque les vagues viennent frapper les rochers ou les coques, elles libèrent de fines particules dans l’air, chargées en iode. Respirer cet air marin contribue, modestement mais sûrement, à notre apport quotidien. On ne fait pas une cure iodée en une journée de navigation, mais à force d’escales, de régates ou de longues semaines à bord, le corps en profite naturellement.Enfin, le mode de vie compte. Les marins ont souvent un rythme plus régulier, plus physique, une alimentation plus naturelle, moins transformée, ce qui limite d’autant les risques de déséquilibre. Là où certaines personnes vivant loin de la mer peuvent souffrir d’un manque d’iode sans même le savoir, les navigateurs cumulent plusieurs facteurs protecteurs, presque sans s’en rendre compte.Cela dit, tout le monde n’est pas égal. Les personnes qui suivent des régimes végétariens ou végétaliens stricts, celles qui consomment peu de sel iodé, ou qui évitent les produits de la mer, peuvent malgré tout être exposées. Et la tendance actuelle à réduire sa consommation de sel – justifiée pour des raisons de santé cardiovasculaire – a eu pour effet secondaire une baisse de l’apport iodé chez certaines populations.D’où l’importance, parfois, de faire un point avec son médecin. Un simple dosage de la TSH (l’hormone qui régule la thyroïde) et éventuellement une mesure de l’iode urinaire suffisent à vérifier si tout est en ordre.
Qu’on vive à bord à l’année ou qu’on navigue le week-end, la mer nous offre bien plus que de belles images. Elle fournit, en silence, un vrai coup de pouce à notre organisme. Dans le cas de l’iode, ce petit élément discret, c’est même une aide précieuse pour rester en forme, avoir de l’énergie, et garder un métabolisme bien réglé. Alors si vous aviez besoin d’une excuse de plus pour partir en mer : votre thyroïde vous dira merci.