Essai Outremer 55 - deuxième partie : « marin, rapide et simple »

Voiliers
Lundi 12 avril 2021 à 12h02

Au sortir du port de La Grande Motte, berceau du pôle catamaran du groupe Grand Large Yachting qui y possède les chantiers Outremer et Gunboat, les têtes se retournent sur notre passage...

©MULTI.media - François TREGOUET
Au sortir du port de La Grande Motte, berceau du pôle catamaran du groupe Grand Large Yachting qui y possède les chantiers Outremer et Gunboat, les têtes se retournent sur notre passage...

Le célèbre designer Patrick le Quément, qui a longtemps œuvré pour Renault et qui accompagne maintenant VPLP sur de nombreux projets, signe le style extérieur de l’Outremer 55. Les bordés sculptés ont à la fois l’élégance d’une Facel Vega et le dynamisme d’une Ford Cosworth, mais dans une expression résolument contemporaine.

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Une fois les jetées passées, ce n’est pas la puissance des deux moteurs Volvo de 60 CV, pourtant capables de vous emmener à près de 9 nœuds sans forcer, qui épatent. Non c’est la facilité avec laquelle l’Outremer 55 atteint, voire dépasse, la vitesse du vent.

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Il faut dire que le propriétaire de cet exemplaire inaugural a coché toutes les cases pour être sûr que vous ne voyiez que son sillage : génois en lieu et place du solent auto-vireur, voiles membranes, et croix carbone à l’avant. L’addition est salée, et n’influe qu’à la marge sur des performances déjà exceptionnelles en standard, mais quand on aime on ne compte pas n’est-ce pas ? Résultat, alors que lors de notre essai le vent variera de 8 à 25 nœuds, la vitesse réelle oscillera de 8 à 19 nœuds ! Sans forcer, sans manœuvres compliquées, le moyenne sur une journée s’établi à près de 12 nœuds. Le ris pris dans la Grand-Voile n’est que prudence en ces toutes premières sorties, le bateau étant prévu pour une utilisation en croisière, les ratios ne sont pas ceux d’une unité de course et aucun risque de chavirage n’est à craindre. Sorti 1% en dessous du poids lège théorique soit 14.2t, propulsé par ses 172m² de voilure au près, le comportement est d’une sérénité absolue. Les étraves inversées restent hautes et surtout elles semblent aller chercher l’eau et la vitesse loin devant. La hauteur minimum entre l’eau et le fond de nacelle est de 85cm, retardant puis réduisant la force de possibles impacts de vague.

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Mais si le bateau fille à 15 nœuds par 15 nœuds de vent au travers sous gennaker c’est aussi dû à la qualité de sa construction. Le sandwich mousse réalisé bien entendu en infusion, s’inspire des techniques développées chez Gunboat pour réduire la quantité de résine, et donc de poids, à résistance égale. Les cloisons principales, du pied de mât au bras arrière en passant par le roof sont en carbone, procurant une raideur maximale à la plateforme, confirmée par l’absence totale de grincement quelles que soient les conditions de mer rencontrées. Cette rigidité on la retrouve derrière les barres à roue, le catamaran répondant à la moindre sollicitation des barres à roue. Aucune souplesse, sans déformation aucune, chaque souffle d’air est transformé en vitesse pure. On place les étraves au millimètres, les yeux fixés sur les penons. Le poids et les surfaces de voiles sont ceux d’un 55 pieds et on apprécie l’assistance des deux winches électriques. Mais l’accastillage reste de facture classique et nul ne sera désorienté par un plan de pont qui ramène la plupart des manœuvres aux deux postes situés en arrière du roof, juste devant les barres à roue : sécurisant et efficace, surtout en équipage réduit. Seul le réglage du chariot de grand-voile, et bien sûr le relevage de l’annexe, est positionné sur la poutre arrière. Mais la hauteur parfaitement ergonomique du winch, qui peut lui aussi être électrifié, rend les réglages particulièrement aisés. Seuls les virements de bord seront un peu laborieux dans cette version avec génois plus trinquette à poste, un handicap dont ne souffrira pas bien sûr la version standard avec solent auto-vireur.

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Cet Outremer 55 nouvelle génération, 30 ans après son illustre aîné, ravira ceux qui aiment voyager loin mais vite. La vitesse est bien sûr source de sensations de pur plaisir à la barre, mais en grande croisière elle également un facteur de sécurité pour se jouer des systèmes météo, réduire le temps des traversées. En cela le nouvel opus du chantier Occitan ne déroge pas au credo de son fondateur, faire « marin, rapide et simple ». Ce dernier adjectif s’applique désormais moins au style et aux aménagements qu’à la facilité de manœuvre. Aussi, les tarifs ont suivi à la hausse une mise en œuvre plus complexe et des matériaux plus onéreux. C’est le prix à payer pour naviguer sur un bateau vraiment différent. Un investissement que les heureux propriétaires retrouveront à la revente, et dont ils profiteront surtout chaque jour, avec le plaisir inégalable de naviguer à la voile dès les premières effluves de vent, et à très grande vitesse, comme sur les rails d’un TGV, dès que la brise monte.

Les plus :

Zone de vie carré / cockpit très agréable

Intelligence des postes de barre-manœuvre-veille-contemplation…

Au niveau de performance, et facile en plus.

Les moins :

Pertinence de la tablette bar

Option barre franche inutile

Prix de l’excellence

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Caractéristiques techniques :

ARCHITECTE : VPLP

CONSULTANT DESIGN : Patrick Le Quément

ARCHITECTE INTÉRIEUR : Darnet Design

LONGUEUR FLOTTAISON : 16,73 m

LARGEUR : 8,30 m

TIRANT D’EAU : 1,36 / 2,30 m

TIRANT D’AIR (sans antenne) : 24,6 m

DÉPLACEMENT : 13,9 / 18,5 t

PLAN DE VOILURE

GRAND VOILE : 104 m²

GENOIS : 68 m²

SOLENT AUTOVIREUR : 48 m²

GENNAKER : 140 m² (option)

SPINNAKER : 220 m² (option)

CERTIFICAT CE : 8/26 p

MOTEURS : 2 x 60 cv

Prix HT

Outremer 55 Standard : 1 215 000 euros

Principales options

Version Offshore 4 cabines : 16 890 euros

Conservateur 90 litres : 2 290 euros

Dessalinisateur 100 l/h : 13 200 euros

Panneaux solaires sur bimini 1250 W : 16 540 euros

Panneaux solaires sur bossoirs 800 W : 6 700 euros

Deuxième station commandes moteurs : 4 500 euros

Mât carbone fixe et haubans kevlar : 93 990 euros

Winch électrique ST60 : 4 370 euros

Table de cockpit avec sellerie : 2 390 euros

Electronique B&G : 19 235 euros

Antifouling auto-érodable : 4 680 euros

Prix du modèle essayé : 1 519 512 euros

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.