Portrait de skippeuse 5/6 : Isabelle Joschke, la persévérante
Quatre ans après une première tentative marquée par l’abandon, Joschke revient sur le départ, un état d’esprit renouvelé, sans pression mais pleine de détermination. Forte d’une préparation peaufinée, d’une résilience accrue, et surtout d’une approche mentale totalement repensée, elle entend bien inscrire son nom parmi les rares femmes à avoir bouclé cette course mythique.
Isabelle Joschke, née à Munich, découvre la voile à seulement cinq ans, naviguant en optimist sur les lacs autrichiens. Cet environnement calme contraste avec le grand large qui l’appellera plus tard, mais cet amour de la mer et de l’aventure ne la quittera plus. Quinze ans plus tard, alors étudiante en lettres à la Sorbonne, un stage aux Glénans fait renaître cette passion. Lors d’un convoyage vers le Brésil, elle comprend que la mer est devenue sa vocation. À vingt-sept ans, elle se lance dans la Mini Transat, achète son premier bateau et, en 2007, remporte la première étape de cette traversée en solitaire de l’Atlantique. Cet exploit la révèle dans le monde de la course au large, un univers où elle s’impose désormais comme une figure incontournable.
Joschke se distingue en se mesurant à des classes et bateaux variés, du Mini 6.50 au Figaro, puis au Class 40, pour atteindre finalement la classe IMOCA. Consciente de la sous-représentation des femmes dans ce milieu, elle s’engage pour la mixité, rêvant de briser les barrières et d’inspirer les générations futures de navigatrices. Son engagement s’étend également au soutien de projets visant à promouvoir l’égalité des genres dans un sport encore dominé par les hommes.
Lors de son premier Vendée Globe, Isabelle Joschke s’élance avec ambition, bien qu’elle se lance sur un IMOCA exigeant physiquement. Elle parvient, malgré quelques difficultés initiales, à rejoindre le peloton de tête, mais l’épreuve s’annonce implacable. Après une avarie majeure sur la quille qui l’oblige à abandonner, elle refuse de se laisser abattre. Après réparation, elle complète son tour du monde hors course en 107 jours. Profondément marquée par l’expérience, elle confiera plus tard que le Vendée Globe l’avait épuisée et que les rares moments de plaisir s’étaient mêlés de désillusions. « Honnêtement, les moments de plaisir avaient été rares et je ne m’étais pas éclatée », reconnaît-elle, se demandant même si elle reprendrait la course un jour.
Pourtant, loin de céder à la résignation, Isabelle Joschke fait le choix de se réinventer. Elle entreprend un travail de fond, une remise en question totale, décidant de repartir sur une page blanche. Son nouvel état d’esprit, “sans pression, pour voir ce qu’il se passe”, semble porter ses fruits. En 2023, elle se classe 9e de la Route du Rhum, et obtient à nouveau une 9e place lors de la course Retour à la Base, des performances de haut niveau qui témoignent d’une sérénité retrouvée. Cette approche lui permet de prendre du recul et de se préparer différemment pour ce deuxième Vendée Globe. “Je me sens bien mieux préparée,” affirme-t-elle aujourd’hui, consciente que cette course demande autant de ressources mentales que physiques. “J’ai développé ma résistance au stress, que je n’avais pas il y a quatre ans,” confie-t-elle, déterminée à puiser dans cette endurance mentale pour affronter les défis à venir.
Pour cette nouvelle aventure, Joschke prendra le départ avec son IMOCA, un bateau légendaire conçu par le cabinet VPLP et l’architecte Guillaume Verdier. Mis à l’eau en 2007, cet IMOCA est l’un des meilleurs de sa génération. Anciennement manœuvré par Yann Eliès, il a brillé en se classant 3e lors de la Transat Jacques Vabre 2015 et 5e au Vendée Globe 2016. Joschke connaît bien ce bateau, qui l’a accompagnée dans son premier Vendée Globe. Avec quelques aménagements pour plus de confort à bord et des foils récemment optimisés, cet IMOCA demeure un monocoque performant, parfaitement adapté aux exigences de la course autour du monde.
Isabelle Joschke : Je suis beaucoup plus sereine qu’il y a quatre ans ! Je me sens mieux préparée, mon bateau aussi, mon équipe est plus expérimentée. Je suis montée en pression plus tôt dans la saison, quand la job list paraissait encore interminable, et là je me surprends à savourer les dernières semaines. Je crois qu’il faut se faire confiance, ça va bien et c’est chouette, même si je sais que la pression montera forcément une fois que je serai aux Sables d’Olonne.
Isabelle aborde cette édition 2024 du Vendée Globe avec une force mentale renouvelée et une préparation physique axée sur la vitalité et l’endurance. Sa détermination, son engagement pour la mixité et sa résilience en font une figure inspirante de la course au large. Elle sait mieux que quiconque que le Vendée Globe est une épreuve qui transcende les limites du physique pour puiser dans les profondeurs du mental. Prête à défier à nouveau les océans, Isabelle Joschke est plus résolue que jamais à tracer son sillage et à prouver que la persévérance, l’audace, et la passion sont les moteurs de tous les grands voyages.
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