L'incroyable odyssée de la Calypso, mythique bateau de Cousteau

Carnet de voyage
Samedi 8 avril 2017 à 14h45

Qu’il soit adulé ou détesté, Jacques-Yves Cousteau, « le commandant Cousteau », a marqué l’histoire océanographique française. Il est devenu une figure emblématique du paysage audiovisuel français avec sa pipe et son bonnet rouge. Mais c’est surtout Calypso, son célèbre navire, la véritable héroïne de son aventure qui a débuté en 1951… Nautisme.com vous propose de revenir sur l’histoire de ce bateau mythique.

Qu’il soit adulé ou détesté, Jacques-Yves Cousteau, « le commandant Cousteau », a marqué l’histoire océanographique française. Il est devenu une figure emblématique du paysage audiovisuel français avec sa pipe et son bonnet rouge. Mais c’est surtout Calypso, son célèbre navire, la véritable héroïne de son aventure qui a débuté en 1951… Nautisme.com vous propose de revenir sur l’histoire de ce bateau mythique.

Calypso a eu une vie avant Cousteau. Conçu en 1942 comme dragueur de mines de la Royal Navy, le navire est mis en service un an plus tard sous le nom beaucoup moins cinématographique de « J-826 ». L’Histoire de la Calypso débute mal. Destinée à la mer Méditerranée, elle est rapidement délocalisée à Malte en 1941, avant d’être définitivement supprimée du registre naval en 1947.

 

Reconvertie en ferry-boat afin d’assurer la liaison entre Malte et l’île de Gozo, elle prend enfin le nom qu’elle gardera tout sa vie : Calypso, comme la nymphe de la mythologie qui retint prisonnier Ulysse sur l’ile de Gozo pendant dix ans.

 

Cependant, cette Calypso ne va pas ravir le cœur d’Ulysse mais de Jacques-Yves Cousteau surnommée« le commandant Cousteau », ancien officier de la Marine nationale française et explorateur océanographique…

 

En 1950, le milliardaire et ancien député Thomas Loel Guinness rachète l’infortuné navire afin de le transformer en yacht de luxe. Il le loue finalement au commandant qui voit déjà dans Calypso, le bateau idéal pour ses expéditions. Quelques transformations sont tout de même nécessaires pour faire de la Calypso un navire d’observation océanographique de premier plan. Il faut notamment y faire construire « un faux nez », c’est-à-dire une chambre d’observation avec 8 hublots permettant d’étudier la vie sous-marine.

 

Son port d’attache devient la ville de Toulon et un an plus tard, en 1951, le bateau fait ses premiers essais dans les eaux corses. L’équipe d’explorateurs maritimes constituée initialement est très familiale puisque les enfants Cousteau en font même partie !

 

L’équipe de la Calypso va ainsi multiplier les aventures : chasseur de trésors à quarante mètres de profondeur dans une épave datant du IIIe siècle avant JC, prospection pétrolière au sein du golfe persique… Face aux réussites de leurs explorations, la Calypso se dote d’un nouveau matériel de pointe : caméras, nouveaux outils d’observation scientifique, appareils photos sous-marins, et surtout un petit sous-marin jaune, surnommé Denise. Au fur et à mesure l’équipe s’agrandit et se spécialise. De nouveaux scientifiques prennent leur place dans l’aventure et le célèbre plongeur Albert Falco les rejoint.

 

Ainsi équipée, Calypso écumera les eaux pendant 40 ans, de l’Océan Indien jusqu’à l’Antarctique, en passant par le fleuve Amazone. Mais ce matériel va surtout permettre au bateau et à tout l’équipage d’être mondialement connus. En filmant ces explorations, le Commandant Cousteau fait de la Calypso un véritable « studio de cinéma ». En 1955, est tourné Le Monde su silence qui reçoit la Palme d’or au festival de Cannes. De 1968 à 1975, la série télévisée L’Odyssée sous-marine de l’équipe Cousteau fait découvrir les richesses de l’océan au grand public. Traduite en anglais, elle est diffusée dans de nombreux pays et remporte un vrai succès populaire.

 

Aujourd’hui souvent critiquées, pour la manière dont étaient traitées la faune et la flore par l’équipe, les expéditions filmées du commandant Cousteau demeurent de véritables sources d’informations sur la vie sous-marine. Elles sont le reflet des débuts de la recherche sous-marine encore peu développée à l’époque et parfois détachée de certaines préoccupations écologiques et réalités environnementales. Elles illustrent ainsi également ses tâtonnements, avec ses réussites mais aussi ses erreurs.

 

En 1996, c’est la fin de l’aventure pour la Calypso et son commandant. Le bateau fait naufrage à Singapour, heurté par une barge, un an avant la mort de Cousteau, le 25 juin 1997. Il faut 17 jours pour la sortir de l’eau. Renfloué à Marseille, puis remorqué à la Rochelle, le navire semble prêt à prendre sa retraite. D’autant plus qu’une bataille judicaire se joue en parallèle pour déterminer le propriétaire du bateau mythique. En effet, en 1951, le bateau avait été loué par la famille Cousteau aux milliardaire Guinness et non acheté. En 2007, la propriété de la famille du commandant est finalement reconnue. Les travaux de rénovation peuvent commencer. Cependant, amarrée, au port de Concarneau (Finistère) depuis 2007, les travaux de rénovation s’éternisent. Les relations sont plus que compliquées entre l’équipe du chantier et les Cousteau.

 

Mais encore une fois, Calypso n’a pas dit son dernier mot ! Cette année, elle a ainsi pris la route de la Turquie pour être enfin restaurée ! Les travaux vont durer deux ans et devraient coûter 10 millions d’euros. Conformément aux vœux de la famille, les travaux viseront seulement à la restaurer afin de lui faire conserver son cachet et non à la transformer. Calypso gardera ainsi sa belle ossature de bois.

 

Le navire, labellisé « Bateau d’Intérêt Patrimonial » par la Fondation du Patrimoine Maritime et Fluvial (FPMF) en 2012, devrait ensuite pouvoir repartir en mer, afin de continuer à inspirer la jeune génération à défendre les océans, comme l'aurait voulu le commandant Cousteau.

 

Bon voyage Calypso !  

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.