Une navigation entre la terre et le feu

Carnet de voyage
Samedi 13 août 2022 à 6h30

Les cap horniers ne sont pas les seuls à traverser la Terre de Feu. Entre le détroit de Magellan et le cap Horn, le canal de Beagle, une voie d'eau naturelle de deux cents cinquante kilomètres, relie l'Atlantique au Pacifique par 55 degrés sud.

©sous licence cc / Mariano Mantel
Les cap horniers ne sont pas les seuls à traverser la Terre de Feu. Entre le détroit de Magellan et le cap Horn, le canal de Beagle, une voie d'eau naturelle de deux cents cinquante kilomètres, relie l'Atlantique au Pacifique par 55 degrés sud.

Depuis l'ouverture du canal de Panama en 1914, les routes maritimes de la Terre de Feu sont moins pratiquées qu'aux temps de la marine à voile, quand les trois ou quatre mâts barques, puis les navires à vapeur, n'avaient d'autre choix pour atteindre la côte ouest américaine que de plonger dans ces latitudes basses. Reste des cargos, des unités scientifiques, des paquebots, des bateaux militaires, des voiliers et des pêcheurs pour affronter ces eaux tempétueuses et froides d'Amérique du Sud, versatiles en diable.

Beaucoup de marins choisissent d'éviter les houles et les courants du passage du Drake au sud du Cap Horn, en franchissant la pointe du continent par le canal de Beagle, qui fait frontière entre la Terre de Feu chilienne au sud, et la rive argentine au nord. Des eaux sages, comparées à celles du large, mais un tracé tout en détours, mal balisé et soumis aux caprices de vents imprévisibles et souvent violents.

« La difficulté du Beagle, c'est son climat. Il change en quelques secondes du calme total à la bourrasque » explique le capitaine Enrique Rodrigues Nievas, rencontré dans le bar Andino, sur l'avenue San Martin, à Ushuaia. Depuis une quinzaine d'années, ce marin au long cours originaire de la région de Buenos Aires a cessé d'arpenter les mers du globe pour guider les navires sur la rive orientale du canal, de son entrée Atlantique au port d'Ushuaia.

Trois à quatre cents fois par ans, Enrique et ses collègues pilotes (*) du port argentin embarquent à bord des grands navires de croisière, des porte-conteneurs, des pétroliers ou des grands voiliers fréquentant le canal. « Je connais chaque caillou du Beagle, chaque banc de sable et j'observe ses humeurs depuis des années mais je suis toujours surpris par la brutalité des sautes de vent » avoue le pilote, qui a commandé longtemps des navires de pêche dans les eaux patagones.

L'influence conjuguée du pôle, de deux océans et de la montagne

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La météo varie constamment, non seulement sur le canal mais aussi d'un tronçon à l'autre.© sous licence cc / Mariano Mantel

« Vous voyez ce couloir entre les montagnes ? C'est par là que les rafales courent et déferlent sur le port. » montre le pilote depuis les hauteurs de la ville. Parfois, en été, ces rafales sont si puissantes que la manœuvre est impossible. Les bateaux restent à quai ou mouillent en rade, en attendant l'accalmie.

Les conditions climatiques dépendent des vents catabatiques, provoqués par les différences de températures entre les hauteurs gelées et le sol que réchauffe l'été, de violents courants d'air s'engouffrant entre les montagnes et de l'influence des dépressions arctiques qui balayent la Patagonie. La météo varie donc constamment, non seulement sur le canal mais aussi d'un tronçon à l'autre.

« Les conditions à l'est de l'Ile Gable, vers l'embouchure, sont systématiquement différentes de celles que l'on rencontre quelques kilomètres plus à l'ouest, entre l'île et Ushuaia » détaille Luis, un autre pilote plus jeune, depuis la passerelle d'un navire en route vers le Cap Horn. Sans ces conditions climatiques, la navigation serait plutôt douce sur ce chemin d'eau sans écluse, bordé de rives sauvages, que connaissent et empruntent depuis toujours baleines, orques et dauphins pour passer d'un océan à l'autre sans affronter les rigueurs du Horn.

(*) Le pilotage est obligatoire sur le canal. Sur la partie nord, elle est imposée aux unités étrangères de plus de cinquante tonneaux et aux unités battant pavillon argentin de plus de cent vingt tonneaux.

Avant de partir, pensez à consulter les prévisions sur La Chaîne Météo Voyage.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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