La course à la victoire est plus ouverte que jamais

Vendée Globe
Samedi 23 janvier 2021 à 18h49

"Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien". Citer Socrate est une habitude sur la route du Vendée Globe ces derniers jours. La course à la victoire est plus ouverte que jamais : ils sont au moins sept à pouvoir encore y prétendre alors qu’ils devraient atteindre les Açores dans la nuit. Derrière, Armel Tripon confie ses états d’âme, Maxime Sorel a enfilé son costume de pêcheur et Alexia Barrier continue de faire preuve d’une sacrée combativité.

©Stephane MAILLARD
"Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien". Citer Socrate est une habitude sur la route du Vendée Globe ces derniers jours. La course à la victoire est plus ouverte que jamais : ils sont au moins sept à pouvoir encore y prétendre alors qu’ils devraient atteindre les Açores dans la nuit. Derrière, Armel Tripon confie ses états d’âme, Maxime Sorel a enfilé son costume de pêcheur et Alexia Barrier continue de faire preuve d’une sacrée combativité.

Suspense total, nouvel épisode

Il y a d’abord un constat qui ne change pas depuis le début de la semaine. Ce matin, c’était Louis Burton qui s’y collait pour l’expliquer : « C’est rare d’avoir autant de bateaux aussi serrés à quatre jours de l’arrivée. C’est assez dingue et c’est très difficile de faire des pronostics ». Le skipper de Bureau Vallée 2 annonce la suite : « Dans 24 heures, on passe un front et 20 heures plus tard, on empanne vers les Sables d’Olonne ». « Une dépression secondaire les attend vers l’Ouest et devrait les emmener jusqu’à l’arrivée », décrypte Sébastien Josse, consultant météo du Vendée Globe.

Dans ce rush final, Louis Burton, Charlie Dalin et Boris Hermann avaient pris un « léger avantage » hier. Aujourd’hui, ils sont sept – avec Thomas Ruyant, Yannick Bestaven, Damien Seguin et Giancarlo Pedote – à pouvoir encore viser le podium… À ne plus rien n’y comprendre ! La certitude, c’est qu’ils contournent l’anticyclone des Açores et qu’ils devraient atteindre l’archipel portugais dans la nuit. Ensuite, rien ne sera facile :  il faudra probablement zigzaguer jusqu’aux Sables-d’Olonne. « C’est clair qu’on va tournicoter », confirme Thomas Ruyant (LinkedOut). Yannick Bestaven, qui estime « être encore en lice pour le podium », confiait ce matin : « Il y aura pas mal de variations de vent, pas mal d’empannages… Il va y avoir du sport ! » Le skipper de Maître CoQ IV, qui a des difficultés à manœuvrer sans balcon, assure qu’il a retrouvé un moral d’acier, comme ses rivaux du moment.

Louis Burton, début de matinée compliqué

Dans le ‘match dans le match’ entre Apivia et Bureau Vallée 2, l’ascendant a peut-être changé de camp. « Ce samedi matin, entre 5h30 et 8h30, on a constaté que la route de Louis Burton n’était pas aussi rectiligne que celle de Charlie Dalin, explique Jacques Caraës, le Directeur de Course. Est-ce qu’il s’agit d’un changement de voile, est-ce qu’il évolue sous spi, est-ce que son arien (qui agit sur la performance du pilote automatique) est toujours aussi efficient ? » Depuis, Louis Burton a repris de la vitesse (plus de 15 nœuds) et il reste au coude-à-coude avec Apivia. Mais dans ces instants où chaque détail compte, ce fait de course n’a échappé à personne… Et encore moins aux rivaux du Malouin.    

Maxime Sorel, le roi de la pêche

« J’ai remonté les filets et je ne savais pas mais la pêche a été plutôt bonne ». Petite surprise à bord de V and B – Mayenne, 10e de la flotte : des sargasses se sont accrochées et des poissons-volants se sont invités sur le pont. « Je ne comprends pas pourquoi ils sont tous attirés par mon bateau ! » Et Maxime Sorel, après avoir dénombré chaque poisson présent sur le bateau, d’annoncer « avoir besoin de faire le ménage ». « Ça sent le bateau de pêche », s’amuse-t-il.

Armel Tripon : « Je ne prends aucun plaisir »

Les conditions ont un impact impressionnant sur le moral. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter Armel Tripon. Depuis plusieurs jours, L’Occitane en Provence poursuit sa progression au large de la Mauritanie. Mais au près, rien n’est facile, son foiler se fracasse contre les vagues et le garder en bon état est un combat permanent. « Ces conditions, c’est tout ce que je déteste. Je ne prends aucun plaisir ». Cette phase désagréable devrait s’achever en fin de journée. Pour passer le temps, l’évasion passe par l’écoute et le spectre est large : « du classique, du reggae, du rock et je viens de finir le livre audio des Misérables de Victor Hugo ». Difficile de dresser un parallèle avec sa situation actuelle, « le Paris du XIXe siècle n’a pas grand-chose à voir avec les conditions du moment », s’amuse-t-il. De quoi conserver au moins le sourire et continuer d’avancer malgré tout.

Dans l’Atlantique Sud, tous dans les alizés

Le contingent de skippers qui progresse dans l’Atlantique sud peut aussi avoir le sourire. De Jérémie Beyou (Charal, 14e) à Didac Costa (One Planet One Ocean, 20e), tous bénéficient de l’alizé et des conditions à plus de 10 nœuds. Arnaud Boissières (La Mie Câline - Artisans Artipôle) et Alain Roura (La Fabrique), un temps englués dans des zones sans vent cette semaine, ont donc eux aussi repris de la vitesse. Dans ce groupe étalé sur près de 900 milles au large du Brésil, Jérémie Beyou détenait la palme de la plus longue distance parcouru (403 milles, 648 km) dans les dernières 24 heures. « Il a bien négocié la dorsale de l’anticyclone de Sainte-Hélène », analyse Christian Dumard, le météorologue du Vendée Globe.

Alexia Barrier, une leçon de courage

Les conditions ne sont pas aisées pour les trois skippers qui s’approchent du cap Horn. Hors course, Sam Davies devrait le passer en fin de journée. Initiatives-Cœur a dû affronter des conditions particulièrement musclées dans la nuit de vendredi à samedi avec des rafales à 50 nœuds. En revanche, pour Alexia Barrier (TSE – 4myplanet), qui devrait franchir le cap mythique demain soir, les conditions sont légèrement plus clémentes.

Mais elle n’a pas été épargnée non plus : « J’ai eu ma dose ses deux dernières semaines avec des fronts jusqu’à 50 nœuds, de la houle… Pendant des heures, on garde la boule au ventre. Je sais que le meilleur moyen de s’en sortir au plus vite, c’est d’avancer. J’ai hâte d’en sortir ! » D’autant qu’à bord, les petits pépins s’accumulent : hydrogénérateur bâbord arraché, problème d’antenne satellite, fuite du dessalinisateur... « Je ne serais pas contre m’arrêter une semaine en Patagonie pour tout réparer ! » Alexia dit tout ça avec le sourire, parce qu’elle est préparée, parce qu’elle sait « faire partie d’une course extrême » et qu’elle donne le meilleur. Une belle leçon de résistance.

Par la rédac du Vendée Globe / Antoine Grenapin

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.