Records – Le tour du monde en solitaire, véritable Everest des mers

Course au large
Vendredi 13 janvier 2023 à 18h59

Cumuler les difficultés, techniques, humaines, maritimes et météorologiques pour tourner autour de la planète sous la seule force du vent tel est le défi que ce sont lancé des générations de marins. Cinquante ans après le pionnier Alain Colas, les trimarans Ultims vont repartir autour du monde en solitaire.

Maxi Edmond de Rothschild ©Y.Riou - Polaryse - Gitana SA
Cumuler les difficultés, techniques, humaines, maritimes et météorologiques pour tourner autour de la planète sous la seule force du vent tel est le défi que ce sont lancé des générations de marins. Cinquante ans après le pionnier Alain Colas, les trimarans Ultims vont repartir autour du monde en solitaire.

« Everest des mers », l’expression pourrait paraître galvaudée tant elle a été utilisée. Mais se confronter aux mers du Sud et à leurs vents violents, seul sur un multicoque poussé à fond en mode compétition, mérite sans doute plus que tout autre l’appellation. Le départ déjà, à la pointe Bretagne, au cœur de l’hiver pour des raisons météorologiques, est forcément musclé si on veut atteindre l’équateur rapidement. Si le passage de la Zone de Convergence Intertropicale (ZCIT) plus connue sous le nom familier de Pot au Noir est plus agréable en termes de températures, les vents erratiques et les grains capricieux qui caractérisent cette région mettent les nerfs du marin à rude épreuve. La descente, souvent assez à l’Ouest de l’Atlantique Sud, le long des côtes Brésiliennes pour échapper à l’anticyclone de Sainte Hélène est peut-être le passage le moins stressant, même s’il faut rester vigilant pour choisir le bon moment avant de modifier sa route vers l’Est. Une fois attrapé une des nombreuses dépressions qui tournent autour de l’Antarctique il s’agit de rester devant le plus longtemps possible, pour passer le cap de Bonne Espérance d’abord, puis Leeuwin ensuite. Lors d’un record, les marins sont libres de leur route et peuvent couper au plus court en descendant très bas en latitude. En course, pour limiter les risques de rencontre avec des glaces dérivantes, les organisateurs posent désormais des « limites de glace » en-deçà desquelles les skippers ne doivent pas s’aventurer. Mais au niveau du très redouté Cap Horn, aucune alternative possible, le passage se situe par 56 degrés Sud. Une fois revenu dans l’Atlantique, la pression souvent retombe, pourtant le parcours est loin d’être terminé et sera semé d’embuches jusqu’au bout, puisque les dépressions hivernales balaient encore l’Europe.

Nautisme Article
Le Manureva d'Alain Colas© AFP -DR

Ils ne sont qu’une poignée

Pour remporter l’Arkéa Ultim Challenge Brest, comme pour battre le record absolu il ne faudra un enchaînement météorologique parfait et ne pas faire escale. Seuls quatre navigateurs ont réussi l’exploit de tourner autour de la planète en multicoque sans s’arrêter. Le détenteur du record François Gabart donc, en 42 jours, 16 heures et 40 minutes qui a effacé des tablettes l’opiniâtre Thomas Coville (49 jours en 2016), la Britannique Ellen MacArthur (71 jours en 2005) et le légendaire Francis Joyon (72 jours en 2004). Mais le premier temps de référence en multicoque est bien à mettre au crédit de l’iconoclaste et regretté Alain Colas qui en 1973 avait 169 jours pour faire le tour. Il avait réalisé une escale mais son fidèle Manureva ex Pen Duick IV est entré dans la légende. En 1988 Philippe Monnet améliore le temps de 40 jours malgré ses deux escales (en Afrique du Sud et en Nouvelle Zélande) sur son trimaran Kriter, un trimaran de 60 pieds qui était passé entre les mains d’Olivier de Kersauson. Son record ne tiendra qu’un an puisque ce même Olivier de Kersauson, qui s’est arrêté deux fois lui aussi (à Cape Town et à Mar Del Plata), ne mettait que 125 jours pour revenir à Brest sur « Un autre regard ». Tout de rose vêtu, le très élégant plan VPLP construit chez CDK entre dans la légende et il y restera longtemps. Le bateau de 25m ne pesait à l’époque que 10.5 tonnes, à rapporter aux 15 tonnes pour 32 mètres des Ultims actuels.

Rendez-vous en 2024

Pour connaître, peut-être, le successeur de ces marins déjà entrés au panthéon de la voile, il faudra patienter jusqu’en 2024. Le départ de l’Arkéa Ultim Challenge – Brest est prévu le 7 janvier 2024. Tous les bateaux de la classe Ultims devraient être au départ, soit à ce jour : Gitana, Sodebo, Banque Populaire, Ultim Sailing (loué par Eric Péron) et Actual. Comme vient de l’annoncer Yves Le Blevec, c’est Anthony Marchand qui sera à la barre. Est-ce que le trimaran SVR-Lazartigue aura résolu son conflit avec la classe et sera au départ ? Est-ce que François Gabart sera à la barre ? Il faudra attendre pour savoir…

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…