Vendée Globe : Le yo-yo des écarts

Par Figaronautisme.com

Dans le Vendée Globe, les écarts entre les bateaux ressemblent à un élastique versatile : ils s’étirent, se détendent et, parfois, claquent pile là où ça fait mal. Portés par les caprices des systèmes météo, les skippers vivent un yo-yo permanent. Tantôt regroupés comme des sardines dans une boîte, tantôt éparpillés aux quatre coins, ils subissent cette mécanique implacable. Et devinez quoi ? C’est toujours ceux de devant qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Enfin presque. Ce jeudi, Yoann Richomme a vu les 100 milles d’avance qu’il comptait hier sur Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance) s’évaporer aussi vite qu’une flaque en plein désert. Le skipper de PAPREC ARKÉA n’a en effet pas réussi à contourner l’anticyclone par l’Est et n’a de ce fait désormais plus d’autre choix que de le contourner par l’Ouest - et donc au près -, tout comme son adversaire direct. Derrière, le tableau est assez similaire. Chaque jour, les positions évoluent sans répit, ce qui est à la fois fascinant pour les observateurs et éprouvant pour les skippers.

On l’a tous déjà entendu, presque comme un refrain : « Ça part toujours par devant ! ». Les marins le savent bien, c’est la règle tacite de la course au large. À chaque regroupement, dès que l’occasion se présente, les leaders s’échappent à nouveau, laissant le reste de la flotte batailler pour ne pas se faire distancer. Un classique, certes, mais toujours aussi impitoyable. Et forcément, ça fait râler. Pourtant, malgré les protestations bien légitimes, personne ne lâche rien. Chacun s’accroche avec l’espoir qu’une nouvelle opportunité se présente. Après tout, dans une course comme celle-ci, l’espoir est parfois le seul moteur qui ne faiblit jamais ! « Sur toutes les situations, que ce soit à l’avant, au milieu ou à l’arrière de la flotte, ce n’est décidément pas idéal d’être derrière car l’avantage va toujours à ceux qui ouvrent la voie », a déploré Damien Seguin (Groupe APICIL) qui a passé son temps à grignoter son retard sur Romain Attanasio (Fortinet – Best Western) ces derniers jours, avant de voir la dynamique s’inverser ce matin. « Il y avait une petite molle derrière moi, mais elle a avancé plus vite que prévu. Du coup, j’ai ralenti un peu plus que ce que je pensais. C’est dommage », a ajouté le double champion paralympique. Le vent, fidèle à sa nature capricieuse, a clairement repris le parti de son concurrent de devant.


Tensions et détentes
« L’élastique se tend et se détend constamment. C’est difficile de concrétiser les choses jusqu’au bout avec les systèmes météo qu’on a actuellement », a constaté Damien tout en regrettant que les conditions prévues soient si souvent éloignées de la réalité sur le terrain, dans le Grand Sud. Frustrant, en effet, d’attendre un colis qui n’arrive jamais ! « Du coup, j’ai du mal à tenir mes routages », a ajouté le marin. La situation est similaire pour de nombreux autres concurrents, en particulier le groupe de sept à la poursuite de Thomas Ruyant (VULNERABLE). Ce dernier a réussi à reprendre 100 milles d’avance depuis hier et il devrait franchir le légendaire cap Horn demain en milieu de journée, avec environ une demi-journée de bonus sur ses plus sérieux poursuivants. « C’est drôle ces effets d’accordéon. Tout dépend vraiment des timings dans lesquels on passe », a relaté Paul Meilhat (Biotherm) qui sait que dans une course au large, l’élastique est une loi universelle. N’empêche : pour lui comme pour les autres, c'est une véritable torture mentale. Voir ses rivaux revenir au contact après des jours de navigation acharnée est un coup au moral difficile à encaisser. À l’inverse, réussir à recoller au groupe de tête donne un souffle d’espoir, immédiatement éclipsé par une nouvelle séparation inévitable.

La magie des écarts
Ce yo-yo émotionnel, exacerbé par la fatigue et l’isolement, met logiquement les nerfs en pelote. Cependant, ça joue serré partout. Ce qui frappe dans cette édition, c’est l’intelligence stratégique des marins, quel que soit leur positionnement. Chaque skipper, qu’il soit en tête ou en queue de peloton, mène sa propre régate, exploitant les forces de son bateau et les opportunités météo avec une précision chirurgicale. Les trajectoires se croisent, les options diffèrent, mais tous naviguent avec une lucidité impressionnante. Malgré tout, le peloton s’étire inexorablement. « Si plus de 7 000 milles séparent le premier du dernier à ce stade de la course, l’écart était finalement le même, il y a quatre ans », a toutefois rappelé Jacques Caraës, adjoint à la Direction de course. En résumé : la compétition, bien que féroce sur toute la flotte, met en lumière une dynamique où les leaders poussent sans cesse les limites, entraînant les autres dans leur sillage sans jamais leur laisser de répit. L’élastique des écarts, bien que frustrant pour les solitaires, est l’essence même de cette aventure humaine hors norme qu’est le Vendée Globe. C’est dans cette tension entre regroupements et séparations, dans cette lutte contre le temps et les éléments, que la magie de la course opère.


Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…