
Il tire son nom de l’explorateur anglais Sir Francis Drake, qui, bien qu’il ne l’ait pas traversé directement, a révélé son existence au XVIe siècle en naviguant dans ses eaux tumultueuses. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que les navigateurs hollandais Schouten et Le Maire l’ont officiellement cartographié, ouvrant la voie aux explorations antarctiques et aux échanges commerciaux.Pourquoi le Drake est-il si redouté ?
Ce passage est célèbre pour ses conditions extrêmes. Loin de toute masse terrestre qui pourrait freiner les vents, le Drake est une arène où s’affrontent les forces de la nature. Les eaux froides de l’océan Austral y rencontrent celles, plus tempérées, des océans Atlantique et Pacifique. Cette interaction alimente de puissants courants, tels que le courant circumpolaire antarctique, qui transporte des milliards de tonnes d’eau dans une spirale incessante. Les vagues, sans obstacle pour les limiter, atteignent souvent plus de 10 mètres, et les vents des "Furious Fifties", soufflant régulièrement à plus de 55 nœuds, ajoutent une intensité sans pareille à cette traversée. Ces conditions, conjuguées à un climat glacial et à la présence fréquentes de glaces dérivantes, en font un défi pour les marins les plus aguerris.Au fil des siècles, le passage de Drake a vu défiler de nombreuses épopées et tragédies. Les baleiniers et les navires marchands qui empruntaient cette route pour contourner l’Amérique du Sud ont payé un lourd tribut à ces eaux hostiles. Le passage est également lié aux grandes explorations de l’Antarctique, notamment celle d’Ernest Shackleton. En 1916, son extraordinaire traversée en canot jusqu’à la Géorgie du Sud, après un naufrage dans les glaces, a marqué l’histoire maritime d’une empreinte indélébile.

Les skippers du Vendée Globe à la porte du DrakeAujourd’hui, bien que le passage de Drake ne figure pas sur la route officielle du Vendée Globe, il demeure une référence pour les skippers de course au large. En passant au large du cap Horn, à environ 56° de latitude sud, ils s’aventurent à la porte de cette région mythique. Le contournement du cap Horn est souvent perçu comme un sommet symbolique de leur parcours. Les témoignages de marins, comme Jean Le Cam, évoquent un endroit où la mer n’a aucune pitié, où chaque décision devient cruciale pour préserver son bateau et soi-même. Si les navigateurs modernes bénéficient des progrès de la météo et des matériaux, les conditions restent tout aussi impitoyables.
Une météo imprévisible et redoutable
Traverser le Drake, même aujourd’hui, exige une préparation méticuleuse. Les vents catabatiques, générés par les glaciers de l’Antarctique, se mêlent aux dépressions océaniques, créant un cocktail météorologique explosif. Les températures avoisinent souvent zéro, même en été austral, et le froid est intensifié par la violence des vents. Les glaces flottantes, parfois invisibles à l’œil nu, ajoutent une menace sournoise, surtout dans l’obscurité. Il est recommandé aux plaisanciers et aux expéditions touristiques de choisir une fenêtre météo clémente, espérant le fameux "Drake Lake", ce moment rare où la mer s’apaise. Mais cette accalmie peut basculer en quelques heures dans le "Drake Shake", un enfer de vagues croisées et de vents furieux.

Une porte d’entrée vers l’Antarctique
Malgré sa dangerosité, le passage de Drake conserve une aura fascinante. Porte d’entrée de l’Antarctique, il attire des scientifiques, des aventuriers et des touristes avides de découvrir un des derniers sanctuaires naturels de la planète. Il reste aussi un mythe vivant pour les marins, une zone où l’océan impose son règne et où chaque traversée devient une épreuve initiatique. Plus qu’un simple passage, le Drake est une rencontre brute avec la nature dans toute sa puissance, un défi qui, même pour les navigateurs les plus expérimentés, inspire humilité et respect.