Le plancton, petite créature océanique à l'impact colossal

Carnet de voyage
Mardi 26 octobre 2021 à 6h39

L'océan est une galaxie où chaque goutte grouille de vie. Jusqu'à présent, la protection de l'environnement s'est concentrée sur des créatures comme les baleines, les tortues ou encore la morue. Mais tout dépend du plancton, minuscule et pourtant visible depuis l'espace lors de ces efflorescences, aussi appelées "blooms", qui donnent à la mer cette couleur émeraude ou bleu électrique.

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L'océan est une galaxie où chaque goutte grouille de vie. Jusqu'à présent, la protection de l'environnement s'est concentrée sur des créatures comme les baleines, les tortues ou encore la morue. Mais tout dépend du plancton, minuscule et pourtant visible depuis l'espace lors de ces efflorescences, aussi appelées "blooms", qui donnent à la mer cette couleur émeraude ou bleu électrique.

L'engin ramené des eaux sur le pont du navire, au large de Plymouth en Grande-Bretagne, a des airs de petit vaisseau spatial dessiné par un enfant: c'est un appareil qui recueille du plancton en continu, un Continuous Plankton Recorder (CPR). Depuis 90 ans, navires marchands et bateaux de pêche en trainent sur leurs routes maritimes pour rapporter aux chercheurs des échantillons de cette fluorescence verte si caractéristique de l'une des créatures les plus essentielles sur Terre : le plancton.

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L'engin ramené des eaux sur le pont du navire, au large de Plymouth en Grande-Bretagne, a des airs de petit vaisseau spatial dessiné par un enfant.© Wiki Média

Le plancton est à la base de la chaine alimentaire marine mais il produit aussi une grande partie de l'oxygène que nous respirons et joue un rôle essentiel dans le cycle du carbone.

"Ce que nous constatons principalement c'est que le réchauffement climatique a aussi un impact sur cette petite créature", explique Clare Ostle, coordinatrice du programme CPR pour le Pacifique. Alors même que les courants marins se modifient et que les zones de répartition de la vie marine se transforment, les échantillons récupérés par le CPR montrent une nette évolution du plancton ces dernières décennies. Des planctons vivant dans des eaux plus chaudes remplacent ceux des eaux froides, avec souvent des cycles saisonniers différents, obligeant les espèces qui s'en nourrissent à s'adapter ou à partir.

"La grande inquiétude c'est quand le changement se fait si rapidement que l'écosystème ne peut s'en remettre", poursuit Clare Oster.

Les hausses de température des océans peuvent entraîner "l'effondrement de pêcheries entières", dit-elle "alors que près de la moitié de l'humanité dépend des poissons pour leurs apports en protéines".

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Le plancton rassemble les espèces aquatiques entraînées par le courant, animales comme des méduses pour le zooplancton et végétales comme les algues pour le phytoplancton, ainsi que des bactéries et des virus© Figaro Nautisme

Le plancton rassemble les espèces aquatiques entraînées par le courant, animales comme des méduses pour le zooplancton et végétales comme les algues pour le phytoplancton, ainsi que des bactéries et des virus. Grâce au processus de photosynthèse, qui utilise les rayons solaires pour transformer le dioxyde de carbone (CO2), le phytoplancton permet aux océans de produire environ la moitié de l'oxygène sur Terre, estiment les scientifiques. Il permet aussi de stocker au moins un quart du CO2 émis par les énergies fossiles brûlées par les humains. Le phytoplancton est consommé par le zooplancton, lui-même avalé par des prédateurs, des oiseaux aux baleines. Quand le phytoplanction et ses prédateurs meurent et coulent au fond des mers, ils emportent avec eux le carbone qu'ils ont stocké. C'est la "pompe à carbone biologique".

Mais les chercheurs avertissent que le changement climatique met sous tension l'écosystème: avec l'augmentation de la température des océans, moins de nutriments venus du fond remontent à la surface et le niveau d'acidification des eaux augmente. Le réchauffement "expose les écosystèmes océaniques et côtiers à des conditions sans précédent depuis des siècles et des millénaires, avec des conséquences pour les plantes et les animaux vivants dans les océans à travers le monde", écrivent les experts de l'ONU sur le climat, le Giec, dans un projet de rapport qui sera publié en 2022. Ils mettent en garde contre des "impacts grandissants sur la vie marine" et estiment que la détérioration des conditions océaniques entraînera au court du siècle un déclin du phytoplancton.

La biomasse moyenne totale du phytoplancton - qui se mesure en poids ou en quantité - devrait chuter de 1,8 à 6% en fonction du niveau d'émissions. Même une réduction modeste peut affecter la chaine alimentaire et entraîner potentiellement une réduction de 5 à 17% de la vie marine.

Une pêche durable, une réduction des polluants, notamment agricoles, et une diminution des émissions de CO2 font partie de la solution.Comme les plantes terrestres, le phytoplancton a besoin de nitrates, de phosphates et de fer pour grandir.Mais un excès de nutriments peut conduire à des catastrophes environnementales, comme l'été dernier en Turquie quand les côtes ont été envahies par de la "morve de mer". Un phénomène qui peut empoisonner ou bloquer la lumière du soleil privant la flore et la faune sous-marines d'oxygène.

Les "blooms" peuvent aussi être nourris par des nutriments véhiculés à la faveur de tempêtes de sables ou d'éruptions volcaniques. Ce phénomène naturel a inspiré David King, fondateur du Centre for Climate Repair à Cambridge, qui veut fertiliser les efflorescences planctoniques en dispersant du fer à la surface de l'eau.

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Une pêche durable, une réduction des polluants, notamment agricoles, et une diminution des émissions de CO2 font partie de la solution.© Illustration Adobe Stock

En théorie, cela devrait permettre de stocker plus de CO2 et aussi d'augmenter la vie sous-marine, jusqu'aux populations de baleines décimées par la chasse. Plus de baleines signifie davantage de leurs fèces, riches en nutriments utiles au plancton. David King, qui doit tester cette technique dans la mer d'Oman dans un espace clôturé, espère ainsi rétablir "une économie circulaire vertueuse" même si le procédé fait débat.

Il aura fallu attendre les années 1980 pour que les chercheurs nomment la bactérie planctonique prochlorococcus, principale source de photosynthèse au monde. Ils ont pu voir que certains vagabondent, que d'autres vivent en communauté.

Quand des planctons quittent les coraux en raison du réchauffement, ces derniers se décolorent. Quand d'autres s'associent aux algues, ils les transforment en générateurs d'énergie... Les scientifiques les ont utilisés pour suivre les changements climatiques ou reconnaître la présence de plastique dans les mers.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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