Le phénomène des vagues scélérates

Carnet de voyage
Mercredi 27 octobre 2021 à 15h39

Dangereuses, inattendues et meurtrières, voilà les mots utilisés pour décrire les vagues scélérates. Longtemps imputées à la simple imagination des marins, les vagues scélérates existent pourtant bel et bien. Retour sur un phénomène pas si rare et aux conséquences dramatiques.

©Pixabay
Dangereuses, inattendues et meurtrières, voilà les mots utilisés pour décrire les vagues scélérates. Longtemps imputées à la simple imagination des marins, les vagues scélérates existent pourtant bel et bien. Retour sur un phénomène pas si rare et aux conséquences dramatiques.

Elles se dressent soudainement au milieu des océans lors des tempêtes, véritables murs d’eau culminant jusqu’à parfois plus de 34 mètres de hauteur, engloutissant les malheureux navires se trouvant sur leur passage, avant de disparaitre aussitôt. Ce sont les vagues scélérates, « rogue wave » ou « freak wave » en anglais.

«Un immense mur d’eau… on aurait dit que nous foncions tout droit dans les falaises blanches de Douvres», décrivait ainsi en 1995 le capitaine du Queen Elizabeth II, la vague de 29 mètres de hauteur que son équipage et lui aperçurent au large de Terre-Neuve.

La définition d’un vague scélérate est assez imprécise. En général, une vague est dite scélérate lorsqu’elle dépasse un certain seuil, et qu’elle est environ 2 à 2,2 fois plus haute que les autres vagues qui l’entourent. Ainsi, si au milieu d’une tempête vous êtes entouré de vagues de 12 mètres de haut, la vague sera qualifiée de scélérate si elle mesure dans les 24 mètres de hauteur. Elles ne doivent pas être confondues avec les tsunamis, qui contrairement aux vagues scélérates, commencent à s’élever à partir du moment où ils s’approchent des côtes, et ont une longueur d’onde bien plus importante. Surtout, contrairement aux vagues scélérates, les tsunamis sont prévisibles. En effet, les vagues scélérates bien qu’effrayant les marins et les navigateurs depuis des années, n’ont toujours pas pu être expliquées par les scientifiques. Il est ainsi impossible de prévoir quand et où une telle vague va s’abattre, ce qui les rend encore plus dangereuses.

Longtemps considérées comme une légende maritime, nous savons aujourd’hui que ces vagues existent. Même si on a longtemps imputés aux vagues scélérates des naufrages célèbres comme celui du minéralier MV Derbyshire en 1980 ou bien du cargo allemand München (1972), navires pourtant réputés comme particulièrement sûrs, c’est seulement en 1995 que la première vague scélérate fut mesurée à l’aide d’instruments de mesures scientifiques. Au bord de la plateforme pétrolière de Draupner en mer du Nord, une vague de presque 26 mètres de haut est enregistrée au milieu d’une mer de hauteur moyenne d’environ 11 mètres ! Elle est surnommée la vague du nouvel an car elle a été détectée un 1er janvier. Aujourd’hui des vidéos attestent de ces « freak waves ».

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La Grande Vague de Kanagawa de l'artiste japonais Hokusai, présentée à tort comme un tsunami,est en réalité une vague scélérate© Wikimedia

L’une des théories avancées pour expliquer la formation des vagues scélérates serait qu’elles se formeraient les jours de tempête à des endroits bien précis où des vagues de différentes directions se croisent, en accumulant les ondes des houles.

D'une force considérable, elles sont très meurtrières et il est rare d’en sortir complétement indemne, que ce soit physiquement ou matériellement. En 2010, deux personnes ont trouvé la mort après que trois vagues scélérates se soient abattues sur bateau de croisière au large de l’Espagne, le Louis Majesty. Il n’y a pas de données précises sur la régularité du phénomène mais elles sont moins rares que l’on ne pense. Michel Olagnon, ingénieur à l’Ifremer, estime néanmoins dans une interview pour le journal Le Temps, qu’en un endroit donné, il ne s’en forme à peu près qu’une tous les 10 000 ans.

Aujourd’hui, l’enjeu des scientifiques et des ingénieurs est de développer des mécanismes d’alertes et de prévisions avec l’aide de météorologues notamment. Récemment, un projet de navire spécialement conçu pour la recherche et l’étude de vagues scélérates a émergé : le Rogue Hunter de SVP Design. En forme de perce-vague et long de 57 mètres, il serait capable de traverser ces vagues criminelles sans se renverser ou couler.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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