Saint-Pierre : la ville du vent de La Réunion

Carnet de voyage
Lundi 14 février 2022 à 12h32

Tout au sud de l’île intense, les alizés de sud-est soufflent avec une régularité de métronome. Grâce à ce « ventilateur » naturel permanent, dans la seconde ville du département, la chaleur se fait moins oppressante. Si Saint-Pierre est un lieu de villégiature très prisé des Réunionnais, son port l’est tout autant des plaisanciers. Moins connu que celui de la Pointe des Galets, plus difficile d’accès et plus éloigné de toutes les commodités offertes par la capitale-rivale St Denis, il recèle bien d’autres charmes. Si vous passez par l’Océan Indien, le temps d’une escale ou d’un séjour prolongé, il serait regrettable de ne pas y pointer l’étrave.

Port de St Pierre ©MULTImedia
Tout au sud de l’île intense, les alizés de sud-est soufflent avec une régularité de métronome. Grâce à ce « ventilateur » naturel permanent, dans la seconde ville du département, la chaleur se fait moins oppressante. Si Saint-Pierre est un lieu de villégiature très prisé des Réunionnais, son port l’est tout autant des plaisanciers. Moins connu que celui de la Pointe des Galets, plus difficile d’accès et plus éloigné de toutes les commodités offertes par la capitale-rivale St Denis, il recèle bien d’autres charmes. Si vous passez par l’Océan Indien, le temps d’une escale ou d’un séjour prolongé, il serait regrettable de ne pas y pointer l’étrave.

A l’origine il était d’une petite rade paisible, à l’embouchure de la rivière d’Abord. Elle a immédiatement séduit les premiers arrivants, au début du XVIIIème siècle. La prospérité apportée par la culture de la canne à sucre a longtemps fait espérer l’établissement d’un vrai port de commerce qui viendrait rivaliser avec le port du Nord, dit de la Pointe des Galets. Le XXème siècle a eu raison de cette ambition et c’est aujourd’hui un port de plaisance moderne qui participe à l’ambiance station balnéaire de la ville, qui tient elle-même son nom de son premier gouverneur : Pierre Benoît Dumas.

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© MULTImedia

Si l’entrée du port se fait toujours dans l’axe de la rivière d’Abord, son approche demande un minimum d’attention. Il faut d’abord viser plein Nord* pour se tenir éloigné des rouleaux de la longue houle qui déferlent dans l’ouest. Surtout ne pas se laisser distraire par les quelques surfeurs impétueux qui semblent braver aussi bien la hauteur des vagues que le risque requin. Portés par l’alizé, les embruns recouvrent tout le littoral d’un brouillard humide et salé. Agréable comme un brumisateur quand on ne fait que passer, il est terrible pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à du métal, et rend tout travail de peinture extérieure sur un bateau totalement vain.

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Entrée du Port de St Pierre depuis Terre Sainte© MULTImedia

Une fois l’entrée ouverte sur votre tribord, il s’agit de bien arrondir la jetée Est et les rochers affleurants qui lui lèchent les pieds, avant d’entamer le droite-gauche en chicane qui vous mènera définitivement à l’abri du port. Attention, le tirant-d’eau est limité autour de 2 mètres selon les conditions barométriques et les derniers évènements climatiques. Une semaine après le passage du cyclone Batsiraï, ses importantes précipitations ont drainé la rivière et encombré encore un peu plus le chenal. Les monocoques avec 1m90 de tirant d’eau qui sortaient en gitant, doivent encore s’armer de patience. Les quelques multicoques présents eux n’ont pas ce souci. C’est le cas d’Eric et de sonjoli plan Briand, un trimaran de 42 pieds calant seulement 80 cm sous la flottaison. Il l’a ramené du Brésil en solitaire et en seulement 26 jours. Pour ressortir, il devra cependant tenir compte lui aussi du marnage, qui peut aller jusqu’à 1 mètre, mais varie plus souvent entre 60 et 80 cm.

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Port de St Pierre © MULTImedia

Dans le prolongement de la capitainerie qui, sur tribord surplombe le bassin, un quai longe la ville et donne l’ambiance avec ses multiples restaurants. De l’autre côté 4 grands pontons peuvent accueillir jusqu’à 400 bateaux. La grande majorité d’entre eux est constituée de barques de pêche de 6 à 8mètres, mais une véritable activité plaisance co-existe. En début d’après-midi, le First Class 8 rouge et blanc de l’école de voile disparaissait entre chaque train de houle. Les 10 à 15 nœuds d’alizés lui permettent d’allonger la foulée malgré tout. La zone technique qui occupe les suqias Nord et Sud est équipée d’un travel-lift de 20 tonnes. Quelques jolis monocoques de grand voyage ont d’ailleurs établi leurs quartiers ici pour un temps encore indéterminé. Il faut dire que l’endroit forme un excellent havre de repos après un passage du cap de Bonne Espérance, moment toujours un peu stressant lors d’un tour du monde d’Ouest en Est. Mais dans l’autre sens, le port réunionnais peut aussi s’avérer une salvatrice respiration après une longue traversée de l’Océan Indien depuis l’Australie, avant de sauter le pas pour rejoindre l’Afrique du Sud, et son redouté cap des Aiguilles. Durban est à moins de 1500 milles, mais Cape Town, paradis des plaisanciers avec ses nombreux chantiers et voileries est à près de 2 200 milles. Plus proche voisin, l’île Maurice est à seulement 132 milles plus au Nord. Quant aux Seychelles, distantes de moins de 1000 milles, 982 exactement, elles constituaient une escale paradisiaque de choix lorsqu’un retour vers l’Europe via la Mer Rouge n’était pas aussi déconseillé.

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Entrée du port de St Pierre - La Réunion © MULTImedia sur fond Google Maps

Une fois bien amarré, la ville s’offre à vous avec deux rives, deux ambiances. A l’Ouest de la rivière d’Abord, les commerces, les restaurants, les hôtels… Tout au bout de la plage, à seulement 20 minutes à pied depuis le port, il ne faut pas manquer, l’un des marchés forains les plus réputés de l’île. Avant même 6h, « grand matin » comme disent les réunionnais, les étals de fruits et de légumes sont pris d’assaut. Les artisans et autres vendeurs de souvenirs sont encore en cours d’installation, le touriste n’est pas aussi matinal que les locaux. Il a tort car la chaleur monte vite et l’ambiance matutinale est inégalable. Sur l’autre rive, le vieux quartier de Terre Sainte, se cache derrière ses immenses bagnans qui balancent leurs racines-lianes dans l’eau. Il faut se promener dans les ruelles, monter le chemin de croix qui s’y cache. Pêcheurs et familles de pêcheurs s’y recueillent depuis des générations. Le port s’y révèle dans le soleil couchant, flouté par son halo d’embruns, plus paisible que jamais, comme loin de l’agitation de la ville qui n’est pourtant que quelques mètres plus bas. Mystique.

*Seules font loi les INSTRUCTIONS NAUTIQUES du Service Hydrographique

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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