
Quelle a été la première expérience en profondeur qui vous a convaincu ?
"C’est au cours de ma dernière année d’études, à l’université d’État des sports de Russie, que j’ai découvert l’apnée lorsqu’une amie m’a lancé le défi complètement fou de nager 25 mètres sous l’eau, sans palmes. Et j’ai réalisé 75 mètres ! Ça a été une vraie découverte qui a suscité chez moi beaucoup d’enthousiasme. Dès l’obtention de mon Master en sport spécialité natation, j’ai consacré tout mon temps libre à la pratique de l’apnée…"
Les apnéistes ont eu des difficultés à s’entraîner cette année… Comment avez-vous traversé cette saison 2021 ?
"Le début de l’année a été un peu compliqué. Les piscines étant fermées durant le confinement il m’a fallu me contenter d’une profondeur limitée à seulement 5 mètres. C’est peu pour les apnéistes, mais c’est déjà pas mal ! À cela s’ajoute quelques soucis personnels, une histoire douloureuse qui m’a rendu plus forte. J’ai débuté l’année sans logement, avec un budget extrêmement limité mais avec un grand rêve ; celui d’être la première française à dépasser la barre des 100 mètres de profondeur. Je suis tenace depuis le plus jeune âge (rires). Dès mon enfance j’ai su que si je désirais quelque chose, il me fallait travailler intensément pour l’obtenir. C’est ainsi que j’ai été éduqué par ma mère... Ça m’a donné un peu de caractère.

Même si l’année commençait plutôt mal, j’ai travaillé pour trouver mes sponsors. Et puis, j’ai pu commencé les entraînements profonds en mai, j’ai eu moins de deux mois pour me préparer aux championnats de France qui avaient lieu fin juin. J’ai participé aux deux épreuves monopalme et bipalme et j’ai remporté deux médailles d’or. Mais ça n’était que le début de la saison...
Fin août j’ai attend mon objectif de devenir la première française à dépasser les 100 mètres de profondeur en plongeant à 102 mètres ! Ce qui est vraiment intéressant puisqu’il n’y a que 5 femmes dans l’histoire, à avoir plongé au-delà de 100 mètres. C’est très différent de faire 100 mètres et plus de 100 mètres. Au-delà c’est beaucoup plus dur pour le corps, l’apnée est plus long."
Alors que la plupart des apnéistes s’efforcent de maîtriser une seule discipline, vous en dominez plusieurs, en profondeur et en piscine…
"Absolument ! La plupart des sportifs se focalisent sur une seule discipline. Ma force c’est de participer à toutes les épreuves. J’ai envie de multiplier les expériences en apnée et plus largement en natation sportive de haut niveau… L’apnée est un sport sans limite, il y a un nouveau record du monde chaque année ! C’est une pratique libératrice qui, pour 3 minutes, fait taire la petite voix dans ma tête qui parfois me décourage..."

De nouveaux objectifs ?
"Oui, un record du monde organisé en Méditerranée ! Un vrai challenge pour moi car c’est une épreuve plus complexe. En Méditerranée il existe un phénomène que l’on appelle le « thermocline » ; c’est une variation significative de la température avec la profondeur. Ça complexifie la compétition !
Et j’envisage également un record du monde en bipalme et de représenter la France aux championnats du monde en profondeur l’année prochaine ! Je veux remporter plus de médailles."
Athlète… et artiste ?
"Parallèlement à ma carrière sportive je travaille sur des projets artistiques sous-marins. J’ai envie de faire de ma discipline un art. Je glisse sous la glace, je danse autour d’épaves… J’aime transformer mes immersions en performances artistiques. Mettre mon talent, ma connexion étroite avec l’océan, au service des beautés du monde sous-marin."