Voies navigables de France - Céline Le Toux : « Nancy peut devenir la locomotive de toute la boucle de la Moselle »

Par Charline David

À la croisée du canal de la Marne au Rhin Est et de la boucle de la Moselle, Nancy entend prendre une nouvelle dimension dans le tourisme fluvial. Refonte du port de plaisance, nouveaux services, diversification des activités et montée en puissance d’un itinéraire encore trop discret : pour Voies navigables de France, la métropole lorraine dispose d’atouts rares pour s’imposer comme une destination de référence. Céline Le Toux, responsable adjointe du canal de la Marne au Rhin Est chez Voies navigables de France, détaille les ambitions portées autour de ce site stratégique.

Le Figaro Nautisme : Le port de plaisance de Nancy entre dans une phase décisive. Pourquoi ce site fait-il aujourd’hui l’objet d’une attention particulière ?

Céline Le Toux : "Le port de plaisance de Nancy est géré depuis au moins 20 ou 30 ans par la collectivité territoriale et la Métropole, dans le cadre d’une concession qui arrive aujourd’hui à son terme. Cela nous a amenés, avec les collectivités, à engager une réflexion de fond sur le devenir du site.
Mais ce qui rend cette réflexion particulièrement intéressante, c’est que Nancy n’est pas un port comme les autres. Nous sommes sur un site charnière, entre le canal de la Marne au Rhin Est et ce que l’on appelle la boucle de la Moselle. Or des boucles de navigation en France, il n’y en a pas tant que cela. Et des boucles de navigation adossées à une métropole avec un patrimoine architectural, historique, Art nouveau, et des sites UNESCO, il n’y en a pas. C’est ce qui donne à Nancy une portée toute particulière."

Le Figaro Nautisme : Vous insistez sur cette notion de boucle. En quoi est-ce un argument fort pour les plaisanciers ?

Céline Le Toux : "C’est un vrai atout, parce qu’un navigant ne fait pas un aller-retour classique. Il suit un itinéraire, découvre plusieurs paysages et plusieurs ambiances, sans repasser par le même endroit. Cela change profondément l’expérience.
Cette boucle peut se parcourir en quelques jours, autour de 6 jours dans une logique de découverte, même si tout dépend bien sûr du temps que l’on prend pour les escales. L’idée n’est pas d’enchaîner les kilomètres, mais de profiter du rythme propre au fluvial, de naviguer, de s’arrêter, de visiter, puis de repartir. C’est cette logique de slow tourisme qui donne toute sa valeur à l’itinéraire."
 

 

© Florent Mayaud

 

Le Figaro Nautisme : Nancy semble donc appelée à jouer un rôle moteur dans cet ensemble. Quelle place peut-elle prendre à l’échelle de l’itinéraire ?

Céline Le Toux : "Nancy a vocation à devenir la locomotive de toute la boucle de la Moselle. Il faut un point fort, une escale repère, une destination capable d’incarner l’ensemble de l’itinéraire. Nancy a tous les ingrédients pour jouer ce rôle.
Le site bénéficie déjà d’une clientèle venue du Luxembourg, de Belgique et d’Allemagne, des pays où la culture de la navigation est souvent plus installée qu’en France. L’enjeu, maintenant, est de mieux faire connaître cette destination auprès de ces publics, mais aussi auprès des plaisanciers français. Il y a un potentiel réel, et il est déjà perceptible."

Le Figaro Nautisme : Qu’est-ce qui distingue Nancy des autres escales fluviales françaises ?

Céline Le Toux : "La première singularité, c’est la proximité immédiate entre le port et la ville. Le port de plaisance se situe à 10 minutes à pied de la place Stanislas. C’est un argument très fort. Faire escale ici, ce n’est pas seulement s’arrêter sur l’eau, c’est aussi accéder presque instantanément à une grande ville patrimoniale, vivante, animée, avec une offre culturelle et gastronomique de premier plan. Il y a aussi Nancy Thermal, de nombreux restaurants, une vie culturelle estivale particulièrement riche, sans oublier toute la dimension patrimoniale liée à l’Art nouveau et aux sites classés. On peut vraiment parler d’une destination fluviale urbaine, ce qui reste rare à cette échelle." 

 

© Florent Mayaud

 

Le Figaro Nautisme : Le projet ne se limite pas à la rénovation du port actuel. Quelle transformation est envisagée sur le site ?

Céline Le Toux : "Nous avons souhaité travailler avec la collectivité sur un projet global. Aujourd’hui, le port de plaisance occupe essentiellement un bassin, mais un second bassin se trouve juste à côté. Cela ouvre des perspectives beaucoup plus larges.
La partie actuellement dédiée à l’accueil de la plaisance va rester une zone d’accueil de plaisance. Elle dispose déjà d’une aire de camping-cars en complément, et le site est aussi labellisé accueil vélo. Cette base va être modernisée, avec le remplacement complet des pontons et plusieurs aménagements paysagers destinés à améliorer la qualité du site. Mais nous voulons aussi enrichir l’ensemble avec des activités de loisirs, de restauration, des propositions culturelles, bref une offre plus complète autour de l’escale.
Plusieurs appels à projets sont en cours. L’un concerne l’installation d’un hébergement touristique insolite flottant à proximité des pontons. Un autre porte sur l’implantation d’un bateau restaurant sur le bassin voisin. Un projet de base de location de bateaux électriques de promenade est également à l’étude.
Le site accueille déjà un bateau qui propose des concerts de jazz, ce qui montre que cette diversification a déjà commencé. Et tout récemment, un appel à projets a aussi permis de faire émerger l’idée d’une école de navigation. Celle-ci pourra former de nouveaux pratiquants, mais aussi proposer des services utiles aux plaisanciers, par exemple pour les aider dans leurs manœuvres ou leur donner quelques repères techniques lorsqu’ils naviguent de manière occasionnelle. Le nouveau concessionnaire doit être accueilli d’ici la fin de l’année, et l’ensemble de ces projets doit pouvoir se déployer à l’horizon de la haute saison 2027."

Le Figaro Nautisme : Au-delà du seul port de Nancy, quel visage dessine aujourd’hui la boucle de la Moselle ?

Céline Le Toux : "C’est un itinéraire très riche, notamment pour les amateurs de patrimoine. Il y a Toul et sa cathédrale, Liverdun et sa position en hauteur qui surplombe la Moselle, Saint Nicolas de Port et sa basilique, sans oublier Pont à Mousson et son abbaye, accessible avec un petit détour.
On y trouve aussi une grande variété de formats d’escales, entre ports de plaisance, haltes fluviales et sites plus bucoliques. Cette diversité est importante, parce qu’elle permet de passer d’ambiances très naturelles à des étapes plus urbaines, dans un même voyage. C’est précisément ce qui donne du relief à la boucle."

Le Figaro Nautisme : Cette dynamique passe aussi par la mise en valeur de sites ou d’initiatives plus originales le long du parcours. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

Céline Le Toux : "Oui, bien sûr. Nous travaillons avec plusieurs collectivités situées sur l’itinéraire pour construire une vision commune et donner davantage de visibilité à cette destination fluviale. Cela a notamment permis de réaliser, avec la communauté de communes de Sarrebourg et la ville de Réchicourt, une fresque monumentale sur le fronton de la grande écluse de Réchicourt.
C’est un ouvrage impressionnant, dans un environnement naturel préservé, au cœur d’un secteur qui relève aussi du parc naturel régional. Cette fresque, qui atteint environ 15 mètres de haut pour près de 400 m², constitue une porte d’entrée très forte sur l’itinéraire. Elle illustre bien cette volonté de créer une vraie expérience touristique, qui ne se limite pas aux seuls équipements portuaires." 

 

Écluse de Richecourt
Écluse de Richecourt

 

Le Figaro Nautisme : Comment les attentes des voyageurs évoluent elles aujourd’hui, et en quoi le fluvial répond-il à ces nouvelles envies ?

Céline Le Toux : "Le tourisme fluvial répond à une aspiration très forte à voyager autrement. Ce n’est pas du tout le même rapport au déplacement que dans un tourisme plus rapide ou plus standardisé. Ici, le voyage compte autant que la destination. On prend le temps, on choisit son rythme, on peut alterner navigation, balades à vélo, découvertes patrimoniales et moments de pause.
Ce n’est pas non plus un tourisme de masse. Il y a une forme de calme, de contemplation, de déconnexion, que recherchent beaucoup de voyageurs aujourd’hui. On le voit aussi avec les pratiques qui se développent sur nos canaux, notamment le cyclotourisme, qui peut très bien se combiner avec le bateau. Certains groupes alternent déjà entre navigation et vélo, et cela correspond bien à l’esprit du lieu.
Même si la fréquentation reste globalement stable et revenue à ses niveaux d’avant Covid, on sent un regain d’intérêt très clair pour ce type de tourisme. Ce que nous observons surtout, c’est une diversification des publics.
Les clientèles rajeunissent. On n’est plus seulement face à l’image un peu classique d’une clientèle retraitée venue du nord de l’Europe. De plus en plus de voyageurs plus jeunes s’intéressent à ces expériences, souvent avec l’idée de ne pas prendre systématiquement l’avion, de privilégier une forme de proximité, de qualité, de déconnexion et de circuit plus local. Il y a un vrai changement de regard sur le voyage."

Le Figaro Nautisme : Cette évolution se ressent elle aussi chez les professionnels du secteur ?

Céline Le Toux : " Oui, et c’est un signal très encourageant. Des loueurs fréquentent déjà Nancy, comme Le Boat ou Navig France, et l’objectif est bien de renforcer encore l’attractivité de la boucle de la Moselle et du port de Nancy pour ces opérateurs.
Nous constatons également un intérêt croissant de la part de sociétés qui réfléchissent à développer des produits de croisière sur le petit gabarit. Ce ne sont pas de grands paquebots, bien sûr, mais des bateaux à passagers adaptés au réseau, autour de 40 mètres. Une nouvelle société doit d’ailleurs expérimenter une première croisière à l’occasion de la Saint Nicolas à Nancy, avant une poursuite envisagée aux beaux jours de 2027. Dans le futur projet du port, un espace est prévu pour accueillir ces unités dans de bonnes conditions."

 

© Florent Mayaud

 

Le Figaro Nautisme : Que manque-t-il encore, selon vous, pour que cet itinéraire s’impose davantage dans l’esprit du public ?

Céline Le Toux : "Il faut continuer à faire connaître cette destination et à en affirmer l’identité. Aujourd’hui, lorsqu’on pense spontanément au tourisme fluvial en France, on cite souvent le Canal du Midi ou Strasbourg. L’enjeu, pour nous, est justement de faire émerger une alternative crédible, attractive et désirable. Cela passe par la qualité des équipements, mais aussi par une vraie cohérence d’ensemble, par le travail avec les collectivités, par la valorisation du patrimoine, des paysages et des expériences proposées tout au long de la boucle. Il faut que les plaisanciers puissent se dire naturellement : nous avons déjà navigué sur les grands itinéraires connus, pourquoi ne pas venir découvrir maintenant la Lorraine, Nancy et la boucle de la Moselle ?"

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.