Sea Expandary : le constructeur chinois qui veut bouleverser le marché des bateaux électriques

Par Le Figaro Nautisme

Encore inconnue il y a quelques mois, l’entreprise Sea Expandary s’impose déjà comme l’un des projets industriels les plus ambitieux du nautisme international. Soutenue par des investissements massifs et portée par une vision inspirée de l’industrie automobile, cette nouvelle société chinoise entend produire des bateaux électriques en grande série et à des coûts nettement réduits. Un pari qui pourrait, à terme, transformer profondément l’économie de la plaisance et redessiner les équilibres d’un secteur historiquement dominé par une production artisanale.

Une entreprise récente portée par un projet industriel hors norme

L’apparition de Sea Expandary sur la scène nautique mondiale ne relève pas d’un simple lancement de marque. L’entreprise, officiellement créée au début de l’année 2026, s’inscrit dans une stratégie industrielle de grande ampleur, pensée dès l’origine pour fonctionner à une échelle internationale. Derrière cette initiative se trouve l’entrepreneur chinois Richard Liu, figure majeure du commerce numérique en Asie et fondateur du groupe JD.com, l’un des leaders mondiaux du e-commerce.
Fort de son expérience dans la logistique, la distribution et les technologies numériques, il souhaite désormais appliquer ces savoir-faire à un secteur qui, malgré sa croissance, reste encore marqué par des méthodes de fabrication relativement traditionnelles. Le financement initial du projet est estimé à environ 5 milliards de yuans, soit près de 700 millions de dollars, un montant qui permet d’engager simultanément la construction d’infrastructures industrielles, le recrutement d’équipes d’ingénierie et le développement de nouveaux modèles de bateaux. Cette approche globale témoigne d’une ambition clairement affichée : ne pas se limiter à la création d’un chantier naval supplémentaire, mais structurer une nouvelle filière industrielle capable de produire en volume et de s’imposer rapidement sur les marchés internationaux.

 

Un site industriel stratégique au cœur du sud de la Chine

Le développement de Sea Expandary repose sur la mise en place d’un complexe industriel majeur dans la région de Zhuhai, au sud de la Chine, au sein du delta de la Rivière des Perles. Ce territoire figure aujourd’hui parmi les zones économiques les plus dynamiques du pays, avec une concentration importante d’entreprises spécialisées dans l’électronique, la robotique et les technologies énergétiques. Le choix de cette implantation n’est pas anodin. Il permet à l’entreprise de bénéficier d’un environnement industriel déjà structuré, capable de fournir rapidement les composants nécessaires à la fabrication de bateaux modernes, notamment dans le domaine des batteries, des systèmes électroniques et des solutions numériques embarquées. L’usine en cours de développement doit fonctionner selon une logique de production continue, inspirée des méthodes utilisées dans l’industrie automobile. Cette organisation vise à réduire les délais de fabrication tout en garantissant une qualité constante, un enjeu essentiel pour un constructeur qui souhaite produire en volumes importants.
Dans un secteur où la construction d’un bateau peut encore nécessiter plusieurs mois de travail, cette évolution pourrait modifier en profondeur les standards de production et accélérer la transformation du marché.

 

Le pari technologique de l’électrique

La stratégie de Sea Expandary repose largement sur la propulsion électrique, considérée comme l’une des évolutions majeures du nautisme dans les prochaines décennies. L’entreprise a fait le choix de concentrer ses investissements sur cette technologie afin de répondre à la fois aux enjeux environnementaux et aux attentes d’une clientèle de plus en plus sensible aux coûts d’exploitation. Les futurs modèles développés par le constructeur doivent intégrer des systèmes de motorisation électrique associés à des batteries de nouvelle génération, capables d’offrir une autonomie adaptée à une utilisation de plaisance côtière ou fluviale. Cette orientation technologique s’inscrit dans un mouvement global, déjà visible en Europe et en Amérique du Nord, où les réglementations environnementales évoluent progressivement vers une réduction des émissions polluantes. Au-delà de la dimension écologique, la propulsion électrique présente également des avantages pratiques pour les utilisateurs. Le fonctionnement plus silencieux améliore le confort à bord, tandis que la mécanique simplifiée permet de limiter les opérations d’entretien. Pour un constructeur qui cherche à rendre la navigation plus accessible, ces caractéristiques constituent des arguments décisifs.

 

Une stratégie assumée pour démocratiser la plaisance
L’objectif affiché par Sea Expandary dépasse largement la simple innovation technologique. L’entreprise entend s’attaquer à l’un des principaux freins au développement du nautisme dans de nombreux pays : le coût d’accès à la navigation de plaisance.
Dans sa vision, la production en série doit permettre de réduire significativement les prix de vente des bateaux, en s’appuyant sur une standardisation des modèles et une optimisation des processus industriels. Cette logique s’inspire directement de l’évolution de l’industrie automobile au cours des dernières décennies, où l’industrialisation a permis de rendre des technologies autrefois coûteuses accessibles à un public beaucoup plus large. Certains responsables du projet évoquent même, à moyen terme, la possibilité de proposer des unités à des tarifs comparables à ceux d’une voiture familiale, une perspective qui, si elle se concrétise, pourrait ouvrir la navigation à des millions de nouveaux utilisateurs. Une telle évolution représenterait un changement profond pour l’ensemble de la filière nautique, depuis les constructeurs jusqu’aux infrastructures portuaires.

 

Un projet observé avec attention par toute l’industrie nautique

L’arrivée de Sea Expandary ne passe pas inaperçue auprès des professionnels du secteur. En Europe comme aux États Unis, de nombreux acteurs suivent de près l’évolution de cette entreprise, conscients que son modèle industriel pourrait influencer l’équilibre du marché dans les années à venir. Le contexte international renforce cette attention. Le marché chinois de la plaisance connaît une croissance rapide, portée par l’augmentation du niveau de vie et par le développement d’infrastructures nautiques modernes. De nouveaux ports de plaisance sont construits chaque année, tandis que les autorités locales encouragent la création d’activités liées au tourisme maritime. Dans ce cadre, l’émergence d’un constructeur capable de produire des bateaux en grande quantité pourrait accélérer la structuration de ce marché et favoriser l’apparition d’une nouvelle génération de plaisanciers.

 

Une révolution industrielle encore en phase de lancement

Malgré ses ambitions et ses moyens financiers, Sea Expandary reste aujourd’hui un projet en construction. Les premiers modèles doivent encore démontrer leur fiabilité sur le long terme, et l’entreprise devra relever plusieurs défis techniques et commerciaux avant de s’imposer durablement. La performance réelle des batteries, la qualité des finitions, la capacité à développer un réseau de distribution international et l’acceptation du public seront autant d’éléments déterminants pour la réussite du projet. Mais une chose apparaît déjà clairement. L’arrivée de Sea Expandary illustre une évolution profonde du nautisme mondial, où l’industrialisation, l’électrification et les technologies numériques pourraient progressivement redéfinir la manière dont les bateaux sont conçus, fabriqués et utilisés.
Et si cette stratégie aboutit, elle pourrait marquer le début d’une nouvelle ère pour la plaisance, comparable à celle qu’a connue l’automobile au début du XXe siècle.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.