
Une même baleine à bosse a été identifiée à 22 ans d’écart entre le Brésil et l’Australie, révélant un déplacement d’au moins 15 100 km. Cette découverte, rendue possible par l’analyse de milliers de photos de nageoires caudales, bat un record pour l’espèce et montre que les routes migratoires des grands cétacés réservent encore bien des surprises.
Une baleine retrouvée à l’autre bout du monde
L’histoire commence en 2003, au large du Brésil, sur le banc d’Abrolhos, l’un des principaux sites de reproduction des baleines à bosse dans le pays. Une baleine y est photographiée parmi un groupe d’adultes. Puis, plus rien. L’animal disparaît des observations pendant 22 ans. En septembre 2025, cette même baleine est finalement identifiée dans la baie d’Hervey, au large du Queensland, en Australie. Entre les 2 zones, la distance minimale atteint 15 100 km. Il s’agit de la plus longue distance jamais confirmée entre 2 observations d’une même baleine à bosse.
Une enquête menée grâce aux photos de nageoires
Cette identification n’a pas été réalisée avec une balise, mais grâce à la photo-identification. Chez les baleines à bosse, la nageoire caudale fonctionne comme une empreinte digitale : ses marques, sa forme et ses cicatrices permettent de reconnaître un individu. Les chercheurs se sont appuyés sur 19 283 photos de nageoires collectées entre 1984 et 2025 en Australie orientale et en Amérique latine, notamment via la plateforme Happywhale, qui rassemble des images prises par des scientifiques et des citoyens. Un algorithme de reconnaissance a permis de repérer les correspondances, ensuite vérifiées manuellement.
2 voyages exceptionnels entre 2 océans
Le cas de cette baleine n’est pas isolé. Une seconde baleine à bosse a également été identifiée entre l’Australie et le Brésil. Photographiée dans la baie d’Hervey en 2007, puis revue au même endroit en 2013, elle a ensuite été observée au large de São Paulo en 2019. La distance minimale entre les 2 sites atteint environ 14 200 km. Ces trajets ne correspondent qu’à la ligne directe entre les points d’observation. La distance réellement parcourue est donc probablement plus importante, puisque les chercheurs ne connaissent pas l’itinéraire exact suivi par les animaux.
Ce que ces records disent des océans
Ces déplacements restent très rares. Sur plus de 40 ans de données et près de 20 000 individus identifiés, seuls 2 cas de ce type ont été confirmés, soit environ 0,01 % des baleines étudiées. Mais leur intérêt scientifique est majeur. Ils apportent les premières preuves d’échanges dans les 2 sens entre les populations de baleines à bosse du Brésil et de l’est de l’Australie. Les chercheurs y voient aussi un indice en faveur de l’hypothèse dite du « Southern Ocean Exchange » : certaines baleines issues de populations différentes pourraient se croiser dans les zones d’alimentation antarctiques, puis repartir vers une autre aire de reproduction. À terme, ces échanges pourraient jouer un rôle dans la diversité génétique des populations, mais aussi dans la circulation des chants, connus pour se transmettre entre groupes de baleines.
Cette découverte rappelle surtout que les migrations des grands cétacés restent encore incomplètement comprises. Alors que le réchauffement modifie la banquise, les écosystèmes de l’océan Austral et la distribution du krill, ces routes pourraient évoluer. Même chez une espèce aussi observée que la baleine à bosse, l’océan garde encore une part immense d’inconnu.
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