
Dans notre série de portraits sur la Marine nationale, nous vous présentons aujourd’hui le Commissaire en chef de 2e classe (CRC2) Jérôme Theillier, chef de la division action de l’Etat en mer à la Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Cherbourg).
Pour Jérôme Theillier, l’appel du large est venu sur le tard. « J’ai fait des études juridiques à Assas (Paris II). Je voulais devenir officier mais la Marine est venue par le biais d’amitiés, nous explique-t-il. Des amis sont entrés à l’Ecole Navale un ou deux ans avant moi. Ils m’ont parlé de leurs escales, de la vie en mer, de leur tour du monde sur la Jeanne d’Arc …Leurs récits m’ont donné envie de suivre leur voie ». En effet, les élèves officiers effectuent un tour du monde pendant six mois lors de leur dernière année de formation, afin de mettre en pratique ce qu’ils ont appris. De formation universitaire, c’est tout naturellement que Jérôme Theillier s’est tourné vers le concours du Commissariat de la Marine en 1994 après une prépa à Sciences Po. Un concours qui demande d’avoir les mêmes diplômes que pour celui de l’ENA. « En deux ans, on passe d’étudiant à «officier, administrateur et marin » : la formation est centrée sur le métier de commissaire et sur la vie embarquée, notamment au cours de la campagne Jeanne d’Arc. Et en 1996, j’ai été affecté comme commissaire de la frégate de surveillance « VENTOSE », basée à Fort-de-France. Le commissaire est membre de l’état-major, sous l’autorité du commandant. C’est une place un peu particulière : il participe à la conduite nautique du bateau en faisant du quart en passerelle mais il a surtout la tâche d’assurer tout le soutien logistique, financier, administratif et juridique à bord. C’est le seul officier du bord qui a une formation littéraire et juridique et non scientifique ».
A bord du VENTOSE, par exemple, il participe à la lutte contre les narcotrafiquants dans l’arc Caraïbes. Une mission à haut risques. « Dans le cadre de police en mer, le commissaire participe à l’équipe de visite, chargée de se rendre à bord du bateau suspecté d’infraction pour contrôler ses activités, l’équipage et la cargaison. J’ai fait aussi beaucoup de lutte contre la pêche illicite aux Kerguelen et différentes missions de représentation en Amérique du Nord et du Sud. La Marine a également une fonction de diplomatie navale ». Pour lui, la vie embarquée est malheureusement trop courte. « On vit ensemble, des choses fortes. La mer façonne les individus. Rapidement, une très grande unité se crée à bord. C’est ce qu’on appelle l’équipage. Pour un commissaire, cela dure quatre à cinq ans. Ensuite, on est affecté à terre, soit dans les services de soutien et les bases de Défense, soit au sein des états –majors, dans les ports militaire de métropole ou d’outre-mer, à Paris ou, à l’étranger au sein des organisations internationales comme l’OTAN ou l’UE ».
Un temps affecté en tant que professeur-instructeur à l’Ecole du Commissariat de la Marine (école qui n’existe plus NDLR. L’école interarmées se trouve aujourd’hui à Salon-de-Provence), Jérôme Theillier est aujourd’hui spécialisé dans l’action de l’Etat en Mer. « Nous avons des fonctions militaires mais intervenons également dans le champ maritime civil ». Une mission qui va de la protection de l’environnement marin à la sécurité des usagers de la mer, en passant par la lutte contre les activités illicites. « Ces missions demandent des moyens d’actions endurants et du personnel entrainé. La Marine n’agit pas seule mais en collaboration avec la douane, les affaires maritimes ou encore la Gendarmerie. Toutes ces entités agissent sous l’autorité unique de l’amiral Préfet maritime, qui est chargé de coordonner l’action des moyens pour la mise en œuvre des politiques publiques en mer ». Chef de la division « action de l’Etat en mer » de la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord, à Cherbourg, Jérôme Theillier a sous ses ordres plusieurs personnes issues des douanes, des affaires maritimes, de la gendarmerie et de la Marine nationale. Mais il travaille aussi avec les services déconcentrés de l’Etat, comme les DREAL - Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement ou les DDTM – direction départementales des territoires et de la mer. « Les espaces terrestres étant de plus en plus saturés, les hommes cherchent naturellement à étendre leurs activités en mer. Nous réglementons les usages de la mer, dans les eaux littorales comme au large et veillons à ce que chacun utilise la mer et ses ressources dans le respect de la réglementation. En mer, on pêche, on extrait des granulats, on pose des câbles, on construit des champs d’éoliennes et bientôt d’hydroliennes. Et il faut préserver l’environnement marin. Le rôle du préfet maritime est de veiller à cette co-activité et d’assurer la sécurité des personnes, des biens et de l’environnement ». Au gré de ses affectations, Jérôme Theillier est passé par Fort-De-France, Lorient, Toulon, Brest, la Nouvelle-Calédonie, la Réunion, Northwood (Etat-major européen implanté dans la banlieue de Londres et chargé de la direction de l’opération ATALANTE de lutte contre la piraterie en océan Indien) mais également par le Secrétariat Général de la Mer, qui assure la tutelle des préfets maritimes pour le compte du Premier Ministre et conduit la gouvernance de l’action de l’Etat en mer. Un poste qui lui a permis d’avoir une vision centrale sur tout le domaine maritime. Aujourd’hui, tous les commissaires, qu’ils soient de l’armée de terre, de l’air ou de la Marine sont regroupés dans le commissariat interarmées : après une première partie de carrière qui reste marquée par une « dominante d’armée (marine, terre ou air », les commissaires occupent des fonctions transverses, en milieu interarmées, où la couleur de l’uniforme perd de l’importance.