
Une association de passionnés d'archéologie sous-marine a remonté au large de la Nouvelle-Calédonie, une "cuisine-distillatoire" provenant de l'épave de "La Seine", navire de la Marine royale française qui a fait naufrage en 1846.
Le 3 septembre 1845, "La Seine" part du port de Brest direction la Nouvelle-Calédonie. Le roi Louis-Philippe a chargé le capitaine de corvette François Leconte d'une mission secrète pour apaiser les tensions avec les anglais dans le Pacifique.
Cependant, le bateau échoue le 3 juillet 1846 : l'équipage arrive à rejoindre le rivage mais "La Seine" sombre au fond de l'océan.
Aujourd'hui, l'Association Fortunes de mer a fait remonté de l'épave de 40 mètres de long, qui se trouve à proximité du village de Pouébo, dans le Nord de la Nouvelle-Calédonie, une "cuisine-distillatoire". Cet appareil de 1,2 tonne permettait aux équipages des navires long-courriers de cuisiner et d'avoir à disposition de l'eau douce, tout le temps du voyage. Visuellement, c'est un gros cube en cuivre avec des robinets et des cavités pour les marmites.
Cet appareil a été inventé fin 19ème siècle par Peyre et Rocher, respectivement chimiste et constructeur de machines à vapeur. Marie Arnautou, conservatrice-restauratrice explique que "les aliments cuisaient dans les fours, allumés au bois. En même temps, de l'eau de mer était pompée pour chauffer les marmites à la vapeur, laquelle était refroidie et transformée en eau potable".
Cette pièce est actuellement en train de subir un traitement électrochimique au Musée maritime de Nouméa afin d'arrêter la corrosion et enlever la croûte de calcaire. Cette "cuisine-distillatoire" est probablement unique au monde comme l'explique Philippe Houdret, président de l'Association : "Nous avons contacté de nombreux musées et il semble qu'il s'agisse du dernier exemplaire au monde de cette cuisine-distillatoire". Elle n'a été repéré qu'en septembre 2015 et sorti de l'eau en décembre avec l'aide d'un bateau des Phares et Balises
D'autres objets ont pu être remontés à la surface et exposés au Musée maritime : des sabres, des boulets de canon, de la vaisselle... "Nous avons même trouvé des flacons d'eau de vie avec les prunes encore à l'intérieur ainsi que des éléments de colliers de chefs de Wallis et Futuna taillés dans des dents de cachalot", a déclaré Philippe Houdret.
Pour la petite histoire...
Après le naufrage de "La Seine", le commandant a remis à Monseigneur Douarre, évêque de la mission, la lettre confidentielle du ministre de la Marine et des Colonies détaillant les raisons de ce voyage. Y est expliqué que la France a décidé de "n'exercer aucune part de souveraineté sur ce pays" et annule la déclaration de souveraineté conclue en 1844 entre un commandant de la Marine royale et des chefs locaux.
Suite à cela, la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France est "annulée". Les Anglais ne sont pas intéressés par cette terre. Ce n'est qu'en septembre 1853 que l'empereur Napoléon III prendra officiellement possession de la Nouvelle-Calédonie.