
Figaro Nautisme : La saison reprend bientôt à Porquerolles ! Comment s’annonce-t-elle pour le Yacht Club ?Aurélie Lhuillier : Cette année, c’est une configuration très dense qui nous attend. Pour la première fois depuis longtemps, nos trois régates historiques vont s’enchaîner sans interruption, dans un format très resserré. Cela commence avec la Porquerolle’s Race, du 28 mai au 1er juin, puis la Porquerolle’s Cup les 7 et 8 juin, et enfin la Porquerolle’s Classic du 12 au 15 juin. Le calendrier de l’Ascension et de la Pentecôte nous permet cet enchaînement très compact. C’est à la fois un challenge organisationnel et une opportunité formidable : pendant presque trois semaines, l’île va vibrer au rythme de la voile sous toutes ses formes.
Figaro Nautisme : Commençons par la Porquerolle’s Race. Quelle est l’identité de cette régate ?Aurélie Lhuillier : C’est l’épreuve la plus sportive de notre calendrier, taillée pour les régatiers expérimentés. Elle rassemble les bateaux IRC dans le cadre du championnat Méditerranée, mais aussi plusieurs séries très techniques et performantes. Cette année, nous accueillerons une flotte importante de Cap 31 — une série récente, extrêmement dynamique et internationale — ainsi que des Class40, présents chez nous pour la troisième année consécutive. Ce sont des bateaux conçus pour le large, avec une technicité qui impose un haut niveau d’exigence sur l’eau. Nous aurons aussi des 12 MJI, anciens bateaux de l’America’s Cup, qui viennent en nombre après le championnat du monde que nous avons organisé l’an dernier. Tout cela donne lieu à des parcours très disputés, avec une cinquantaine de bateaux engagés, dans une ambiance de compétition relevée mais toujours très conviviale.

Figaro Nautisme : La Porquerolle’s Cup a un tout autre visage…Aurélie Lhuillier : Oui, cette régate est volontairement orientée vers la voile loisir. Elle s’adresse à un public différent, avec une volonté d’accessibilité et de plaisir avant tout. Sa grande originalité, c’est son départ depuis la plage : tous les équipiers sont alignés à terre et doivent rejoindre leur bateau à la nage une fois le signal donné. C’est un moment très attendu, à la fois sportif et joyeux. Le tour de l’île se fait ensuite dans un sens déterminé la veille au soir, à l’occasion du briefing, soit par l’est, soit par l’ouest. Cela crée une forme d’improvisation collective et donne à l’événement une atmosphère unique, presque ludique. C’est une manière de faire de la régate autrement, de remettre l’humain et la rencontre au centre.
Figaro Nautisme : Et la Porquerolle’s Classic clôturera cette séquence ?Aurélie Lhuillier : Exactement. Du 12 au 15 juin, ce sont les yachts de tradition qui seront à l’honneur. C’est notre grande épreuve de yachts de tradition. Elle réunit chaque année une cinquantaine de bateaux, dont certains sont centenaires. Ce sont des joyaux du patrimoine maritime, magnifiquement entretenus, qui viennent régater dans un décor à leur mesure. L’an dernier, nous avons dû refuser des inscriptions faute de place au port, et cette année, plusieurs semaines avant l’événement, nous étions déjà à plus de quarante bateaux inscrits. La Classic fait partie intégrante du circuit des classiques en Méditerranée, entre Antibes, Marseille ou Cassis, et attire des équipages fidèles, passionnés, qui participent aussi à la vie de l’île et du club. C’est une régate à part, où l’élégance des bateaux dialogue avec l’exigence du sport. C’est un rendez-vous très attendu par les équipages, dont beaucoup reviennent chaque année.

Figaro Nautisme : Voyez-vous une évolution dans l’engouement autour de ces événements ?Aurélie Lhuillier : Oui, et c’est très encourageant. Nous constatons depuis quelques années une montée progressive de la demande, tant du côté des équipages que du public. Cela tient à plusieurs facteurs : d’abord, la constance de nos événements dans les grands circuits de régate, qui en fait des rendez-vous incontournables. Ensuite, la qualité de l’accueil que nous mettons en place. Nous avons une exigence très forte sur l’organisation technique, la sécurité, la précision des parcours. Mais nous avons aussi à cœur de recevoir chaque participant comme un invité, avec une attention sincère à la convivialité. Cette alchimie fonctionne, et elle se renforce d’année en année. En parallèle, nous accueillons chaque année de nouveaux participants, notamment grâce aux classes invitées comme les Cap 31 ou les 12 MJI. Cela renouvelle les dynamiques et enrichit les échanges sur l’eau comme à terre.
Figaro Nautisme : Justement, au-delà des régates, qu’est-ce qui fait la magie de ces rassemblements ?Aurélie Lhuillier : C’est d’abord le lieu. Porquerolles, par son insularité, crée une atmosphère unique. C’est un facteur clé. L’insularité crée un dépaysement immédiat, une sorte de coupure bénéfique. Quand on vient ici régater, on vient aussi vivre une parenthèse. Il y a moins de dispersion, les gens restent sur place, partagent davantage. Chaque soir, nous organisons des rendez-vous à terre pour que les équipages puissent se retrouver, échanger, refaire la course du jour autour d’un verre. Cette dimension humaine est centrale pour nous. Naviguer, oui, mais partager surtout. C’est l’ADN du club, et je crois que c’est ce qui donne cette atmosphère particulière aux régates de Porquerolles.

Figaro Nautisme : Y a-t-il des temps forts ou des nouveautés que vous souhaitez particulièrement mettre en avant cette année ?Aurélie Lhuillier : La grande nouveauté cette année, c’est la densité exceptionnelle de la Porquerolle’s Race. Avec quinze Cap 31 attendus, une série très compétitive et dynamique, et le retour confirmé des Class40, nous avons une épreuve au profil très international, avec un mélange de professionnels et d’amateurs de haut niveau. Ce croisement des univers est passionnant : il stimule la compétition, pousse chacun à donner le meilleur de lui-même, et crée une vraie émulation. Côté Classic, la montée en puissance des demandes est également un signe fort. Cela nous oblige à nous renouveler sans cesse pour maintenir le niveau de qualité, mais c’est un bonheur d’avoir à gérer cette dynamique plutôt qu’une baisse de fréquentation.
Figaro Nautisme : Si vous deviez donner envie à quelqu’un qui n’a jamais assisté à ces régates de venir cette année, que lui diriez-vous ?Aurélie Lhuillier : Je lui dirais simplement : venez voir. Que vous soyez marin ou pas, ces événements sont l’occasion de découvrir la voile autrement. Il y a la beauté des bateaux, bien sûr, mais aussi l’intensité des manœuvres, la précision des parcours, l’énergie humaine qui se dégage de ces rassemblements. Et puis il y a l’île, ce décor naturel exceptionnel qui donne à tout cela une saveur unique. Quand on a goûté à Porquerolles sous les voiles, on a envie d’y revenir.