Vendée Globe : tempête pour cette nuit

30 jours, c’est long et c’est court
En ce mardi 8 décembre, 30 jours après leur entrée en scène au large des Sables d’Olonne, la question leur était posée. Que leur inspire ce premier mois de mer ? Qu’ont-ils vécu, ressenti, appris ? Les réponses sont aussi variées que leur position sur la carte. De part et d’autre des 3800 milles qui séparent Charlie Dalin de Jérémie Beyou, et au sein des trois grands groupes répartis entre l’Atlantique Sud et l’océan Indien, les expériences et les sentiments diffèrent.
A 1000 milles du cap de Bonne-Espérance, Clément Giraud, 24e, décrit le plaisir, le stress et l’angoisse qui s’entremêlent pour créer des moments uniques. A l’entrée de l’Océan Indien, Armel Tripon, 14e, évoque son sentiment de plénitude physique et mentale, les instants de grâce devant la pureté du ciel.
Dans l’océan Indien, Isabelle Joschke, 9e, n’imaginait pas un début aussi difficile. Dans cette immensité hostile, elle se sens « une toute petite chose », fragile.
« Je me demande quand même ce que je fous là au milieu de nulle part sur cette mer démontée » s’interrogeait à son tour Benjamin Dutreux, 5e, malgré la satisfaction d’une course menée aux avant-postes.
38 % du parcours
Un mois, c’est théoriquement un peu moins de la moitié du temps de course. Mais en distance, les premiers n’ont réalisé que 38% du parcours. Ils sont au milieu de l’océan Indien, tandis qu’il y a quatre ans, Armel Le Cléac’h avait déjà passé la longitude du cap Leeuwin (au sud-ouest de l’Australie). Depuis le départ des côtes françaises, la météo n’a jamais vraiment favorisé une course rapide, notamment en Atlantique. Pas de glissades interminables dans les alizés et peu de situations adaptées à l’expression des foilers qui ont rarement profité de leurs grands appendices. Résultat : pas d’avantage technologique flagrant. En tout cas, pas pour l’instant.
Trois générations au coude à coude
« A ce niveau du Vendée Globe, au bout d’un mois de course, c’est assez incroyable d’avoir onze bateaux en 800 milles dans l’océan Indien, avec autant de disparité dans les générations » analysent les consultants météo Sébastien Josse et Christian Dumard. Entre LinkedOut (2e) et OMIA -Water Family (5e), deux bateaux qui ont 12 ans d’écart, il n’y a que 200 milles. C’est vraiment rien ! C’est moins d’une journée de nav’ ».
Vers une nuit dantesque pour Apivia et LinkedOut
Depuis 48 heures, tout ce groupe fait le dos rond de part et d’autre d’un front qui s’étend au Nord des Kerguelen. Joint ce midi pendant le Vendée Live, Yannick Bestaven, nouveau venu sur le podium, décrivait ses conditions de vie « animales » à l’intérieur de Maître CoQ IV. « J’ai rentré les foils tellement les chocs sont violents. Je fais des vols planés dans tous les sens. Je fais tout pour ne pas être en avance sur le routage, pour ne pas me jeter dans la gueule du loup ». La gueule du loup ? C’est cette dépression très creuse qui se forme à même le front. De Bestaven à Sorel (11e), ils sont 9 à avoir ralenti pour laisser cette dépression s’évacuer vers le Sud-Est.
Apivia et LinkedOut, eux, sont déjà trop en avance pour l’éviter. Cet après-midi, Charlie Dalin expérimentait déjà des conditions très dures : 40 nœuds de vent de travers, sous voilure ultra réduite ! Son bateau jaune n’avançait qu’à 10/12 nœuds. Plus au Nord, du côté de la petite île de d’Amsterdam, Thomas Ruyant sera mieux protégé des vents violents, mais il n’échappera pas à une nuit de tourmente.
Pour les deux hommes, ce 30e jour de mer sera sans doute un des plus rudes de ce début de tour du monde.