En exclu : le dernier carnet de bord de Sam Davies avant son arrivée aux Sables imminente !

Mardi
J'ai enfin trouvé du vent stable et suffisamment arrière pour mettre mon J0. C'est tellement agréable de glisser doucement sur une mer calme (évidemment, il y a une houle de 3,5 m mais les vagues sont très espacées, donc Initiatives-Cœur roule juste dessus comme si c'était de simples bosses!).
Compte tenu de mes problèmes de voiles, il y a un grand écart et pas de juste milieu entre les configurations encore à ma disposition : je dois essentiellement passer de J3 et 2 ris dans la grande voile à J0 et 1 ris. C'est un changement énorme et assez énergivore car cela implique de hisser le J0, de secouer les ris, de changer les charges d'amure, de changer les réglages... C'est probablement une heure de travail du début à la fin une fois les cordes rangées dans le cockpit.
Je vais devoir changer de voile dans la nuit car il y a un dernier tronçon de travail au près avant de prendre le « train » et de m'accrocher au bord sud des immenses dépressions de l'Atlantique Nord pour me pousser vers le cap Finisterre.
Il fait encore chaud pour le moment mais je pense que les choses vont bientôt changer et demain je vais aller dans mon kit bag et trouver des thermiques, des chaussettes, des chapeaux et des vêtements chauds dont je suis sûr d'avoir besoin très bientôt.
Mercredi
C'est très lent ici – l’anticyclone est vaste et difficile à franchir. Heureusement, il fait beau temps et le ciel nous a offert des vues magnifiques.
J'essaie de me reposer pour me préparer aux derniers jours très venteux en direction des Sables. Hier soir, il était difficile de me reposer car je traversais une petite dépression avec beaucoup de grains - cela m'a occupée (d'autant plus que je ne peux pas risquer d'être prise avec mes grandes voiles maintenant que mon mât est légèrement moins bien soutenu).
Un jour de plus calme demain, puis les choses iront à l'autre extrême et je serai dans un vent fort pour le reste du chemin.
Jeudi
Il y’a enfin du vent d’ouest et je suis au portant dans des conditions sympas. Je profite parce que demain je vais avoir trop de vent à cause de la première dépression de l’Atlantique Nord que je vais rencontrer ce soir !
Vendredi
Une super journée au portant avec du beau temps et une mer lisse ! Le portant n’est pas facile avec la quille fixée dans l’axe - on a échangé avec Isa sur le sujet !
Après les dernières infos météo, on (Isa et moi) a décidé de ralentir ce soir pour éviter le vent plus fort demain. Le choix était soit de continuer vers l’Est (les Canaries) soit de ralentir et rester plus sur la route vers Cap Finisterre. Ralentir nous semble plus efficace pour avoir un meilleur angle au vent par la suite.... Du coup, juste après ce magnifique coucher de soleil, j’ai affalé mon J0, repris le deuxième ris, tout rangé, puis empanné. Maintenant je profite du calme pour me reposer.
Samedi
Le front était au rendez-vous ! Je crois je commence à retourner en hiver!!!
Dimanche
Un beau lever de soleil ce matin !
Les choses se sont calmées maintenant, même si je ne saurais mesurer le vent avec précision, les derniers instruments de mesure qu’il me restait ayant été noyés dans les énormes vagues de ces 2 derniers jours puisque la baguette à vent était montée trop bas, trop près des vagues déferlantes !
La mer donne l'impression de vivre dans une machine à laver ! C’est un peu frustrant tout de suite de devoir me passer de mon J2 ou A7 car ce sont précisément les voiles dont j'aurais besoin pour le moment.
J'essaie de sécher et de réparer mes instruments à vent, ce qui a le mérite de m’occuper l’esprit pour ne pas ressentir la frustration d’être un peu lente.
Mon ETA recule aussi car je risque de rater (ou de glisser!) le « train » des vents violents pour me rendre aux Sables... Je ne peux pas encore vraiment donner une ETA fiable!
Mais je n'ai jamais été plus proche. Deux étapes clés ont été franchies aujourd'hui : la première étant que j'ai croisé ma trajectoire aller et ai donc officiellement « bouclé » mon tour de la planète, et la seconde est la barre des 1000 miles me séparant des Sables-d'Olonne que je viens de passer.
Lundi
Je suis à 200 milles du Cap Finisterre et 600 milles des Sables-d’Olonne. Il ne me reste qu’une « FASTNET RACE ». Enfant, je me souviens en avoir regardé le départ et avoir été terrifiée en pensant à la longueur de la course. Aujourd’hui, cette distance marque le départ de mon compte à rebours avant mon arrivée aux Sables, après avoir parcouru une distance autrement plus longue.
Merci au Figaro Nautisme de m’avoir suivie pendant toute cet aventure, qui touche à sa fin, et à vous tou(te)s de m’avoir lue.