Vendée Globe : l’Océan Indien, une épreuve en solitaire
Trente jours, c’est le temps de gestation d’une lapine, la durée d’un préavis de résiliation de bail locatif, un cycle lunaire complet, ou encore la durée de vie d’un Monarque. On plaint donc celui sorti de sa chrysalide le 10 novembre à l’heure du départ de la dixième édition du Vendée Globe, et qui ne verra jamais l’issue de cette homérique bataille livrée par nos marins. Car voilà bien 30 jours qu’ils ont quitté les Sables d’Olonne, nos valeureux Ulysses, qui enchaînent les épreuves pour rallier au plus vite leur Ithaque vendéen. Et cette année, le sort qui leur est réservé dans l’Indien aurait inspiré bien des poètes antiques !
N'en jetez plus, c’était le moment « râlerie » pour Jérémie, mais tout va mieux une fois sorti ! Et l’expérimenté marin le sait bien d’ailleurs que « la route est encore longue », comme ils se le répètent tous à l’envi, jusqu’au moment où elle ne le deviendra plus assez, on les connaît nos compétiteurs…
Renverser le sort, revenir fort, c'est ce à quoi s'emploient en tous cas sans relâche la meute aux trousses de Charlie Dalin, déjà légèrement ralenti par un vent moins puissant en avant, et qui devrait voir son confortable écart se réduire bien trop rapidement à son goût. Depuis 24 heures, Yoann Richomme (PAPREC-ARKÉA, 3e) et Thomas Ruyant (VULNERABLE, 4e), bien positionnés dans un flux encore puissant et une mer à peu près organisée, ont repris une centaine de milles sur le leader.
Une nouvelle philosophie qui réjouit Sébastien Marsset (Foussier, 25e), actuellement presque « au repos » dans quatre mètres de houle, après les six mètres des derniers jours : " On n’est pas épargnés en termes de rugosité de l’Indien ! Le groupe dans lequel je suis, on zigzague pour trouver un chemin qui soit le moins cabossé possible. Je le vis bien, ça génère toujours un peu d’appréhension parce qu’on n’y va pas souvent, mais c’est aussi une des facettes qui nous attirent. Ça me fait vraiment kiffer de découvrir une nouvelle manière de naviguer. C’est ce qui me tient à la course au large depuis tant d’années, c’est que j’ai l’impression que c’est inépuisable comme sport, en termes d’apprentissages, de découvertes."
Dans ces moments-là, on se dit qu’au moins, ils devraient être épargnés des basses contingences de l’humanité. Que le café, par exemple, devrait avoir la décence de ne pas être soumis aux habituelles lois de la gravité, et éviter de se renverser. Mais non, tout est bien là, impitoyables petits tracas. Et ce week-end, le skipper de Foussier en a eu un désagréable rappel : "Je suis tombé malade ! Un coup de froid qui m’a obligé à consulter les supers médecins de l’AMCAL pour m’aider à me soigner. C’est l’affaire de quelques dizaines d’heures, mais voilà, j’étais malade, du coup j’ai passé pas mal d’heures à la bannette, ce qui explique un peu les contreperformances… je n’étais pas aussi enclin à manœuvrer que d’habitude !"
Un petit imprévu de plus, comme s’ils en manquaient ! Car c’est bien comme cela qu’on résumerait ces trente jours de course, une longue litanie de contretemps qui deviennent le temps lui-même. Un temps qui se tend et se détend. On a d’ailleurs posé la question à Sébastien Marsset, ce mois de mer est-il passé vite ou lentement ? Voilà son interprétation, qui vaut toute conclusion. "Ca dépend des jours ! Il y en a que tu ne vois pas passer, t’as beaucoup à manœuvré, t’as plein de météo, des fois il faut être pile poil à l’heure, d’autres où tu peux te permettre d’attendre un peu. Et puis t’as tous les imprévus, qui remplissent très très vite une journée. Le temps passe aussi en fonction de l’intensité de la course. Plus on est tirés par les autres, moins on voit le temps passer ! Et puis il y a un truc que j’aime bien aussi, c’est le sentiment d’être complètement en mer, les moments où tu te sens complètement déconnecté de ta vie terrestre. Il y en a de plus en plus, juste dans ton monde, dans ta bulle, sur le bateau. Je trouve ça agréable."
Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.