Vendée Globe : petites victoires sur l'immensité

Par Figaronautisme.com

Tous les skippers du Vendée Globe avancent à leur rythme. Pour la plupart, les mers du Sud restent leur décor quotidien?: hostiles, puissantes, imprévisibles. Pour une poignée d’autres, l’Atlantique amorce un retour progressif vers des conditions plus clémentes.

Partout, les petits bonheurs font leur chemin. Pour certains, ils prennent la forme de victoires éphémères sur les éléments : un moment de calme après des heures à lutter contre des vagues déchaînées, un rayon de soleil réchauffant un visage cinglé par le froid, ou un repas avalé sans alarme ni empannage d’urgence. Ici, chaque répit est un cadeau, une pause volée à un environnement implacable.

Pour d’autres, le bonheur a une saveur différente. La mer se fait plus docile, le vent plus doux. Dans ce calme relatif, certains savourent un luxe rare : une première toilette depuis des jours ou des semaines, ou la sensation inégalée de vêtements secs.

Ces plaisirs épars, perdus dans l’immensité de l’océan, rappellent que le Vendée Globe n’est pas qu’une lutte. C’est aussi un apprentissage : celui de déceler des instants de joie et de réconfort là où d’autres ne verraient que l’adversité.

Dans un Vendée Globe, les instants de répit, si précieux soient-ils, restent rares et fragiles. Pour les skippers encore plongés dans les latitudes infernales, chaque moment de calme est vite balayé par la réalité des mers du Sud. Une déferlante inattendue, des matériels qui cèdent sous la pression, ou un albatros curieux qui vient rappeler à quel point ces eaux appartiennent à un autre monde. Mais les marins, tenaces et résilients, savent s’adapter. Ils savourent ces petits moments comme des parenthèses précieuses. « J’étais content de retrouver un peu de molle hier et il se trouve que mon alarme de réveil ne s’est pas enclenchée. Du coup, j’ai dormi exactement trois heures d’affilée : un truc de ouf ! Ça m’a fait le plus grand bien. Je suis assez content d’avoir récupéré un peu d’énergie parce que la dépression qui s’est transformée en tempête entre la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande m’a quand même drôlement malmené », a commenté Antoine Cornic (Human Immobilier), qui a affronté des rafales flirtant avec les 80 nœuds sur une mer énorme, presque caricaturale, du genre à faire passer un film catastrophe pour une balade tranquille en barque. « J’ai déjà connu deux ou trois tempêtes dans ma vie de marin, mais là, c’était vraiment du très, très lourd. On se demande franchement comment on gère si quelque chose casse à ce moment-là ! Quand on atteint ce niveau de violence, on ne contrôle plus rien, on subit. Heureusement, nos bateaux sont incroyablement robustes dans ces conditions, même si, franchement, ce ne sont pas des moments qu’on qualifierait de plaisants », a ajouté le Rétais que, dans un tel moment, même croiser une sirène en pleine chorégraphie aurait à peine fait lever un sourcil.

Quand prendre soin de soi devient stratégique
Il le sait, la lutte ne va pas tarder à reprendre de plus belle mais lorsqu’une accalmie se présente, même brève, elle prend parfois la forme d’un petit miracle : un simple instant où l’on peut relâcher les épaules, observer la mer sans avoir à la combattre, avaler un repas chaud sans crainte de le voir se renverser ou même enfiler une paire de chaussettes propres. Et surtout, pour s’accorder enfin un moment essentiel : bichonner sa monture et prendre soin de soi.

" Hier, j’ai enfin réussi à me changer pour la première fois depuis mon arrivée dans le Grand Sud. Les lingettes ont fait leur boulot, ça fait du bien ! En revanche, j’ai un souci avec les chaussettes étanches : mes pieds ne respirent pas assez. Je dois vraiment me forcer à les enlever quand je suis à l’intérieur, sinon je risque de finir avec des pieds en compote. "
Ce genre de moment, aussi trivial qu’il puisse paraître, est crucial pour tenir le coup face à l’intensité de la course. En mer, où tout est une question de compromis entre survie et performance, chaque geste visant à améliorer le confort ou préserver la santé devient stratégique. Pour le skipper de Human Immobilier, il s’agit autant de prolonger la vie de son bateau que celle de ses petons !

Petits gestes, grandes victoires
Mais tous les skippers ne vivent pas ces moments de la même manière. Ceux qui remontent l’Atlantique redécouvrent une autre facette de leur aventure : celle où le corps, malmené par des semaines de course, commence à retrouver un semblant de confort. Une mer plus clémente permet enfin de penser à autre chose qu’à la survie immédiate. Ils retrouvent des gestes ou des plaisirs simples mais oubliés.
"Ça fait du bien de retrouver un rythme de navigation un peu moins engagé. Un rythme un peu classique, plus similaire à celui d’une transat où on a l’impression de prendre un peu soin du bateau. C’est ce qui manque un peu dans les mers du Sud : pouvoir être à jour dans la job-list et ne pas laisser des choses traîner. "
Ces conditions plus douces permettent (enfin) de se concentrer sur d’autres aspects de la vie à bord : ranger, réparer, faire attention à soi. Une toilette sommaire ou un changement de vêtements n’ont jamais eu autant de valeur. Ce sont ces gestes, si anodins à terre, qui redonnent aux solitaires un sentiment d’humanité, presque de normalité, dans un environnement qui, jusqu’alors, semblait tout sauf accueillant. « La première douche avec l’eau chaude quand ce sera un peu plus tropical va faire plaisir ! », a assuré la Suissesse dont le dernier shampoing remonte à presque un mois.

Quand le froid sublime les petits instants
« Dans les mers du Sud, je me suis quand même changée régulièrement car si c’est glacial et qu’on n’a pas envie de se déshabiller, on transpire quand même toujours beaucoup dans les manœuvres. C’est vrai aussi que passé un certain stade et vu qu’il fait froid, on ne se sent pas si sale, mais j’avoue que oui, j’ai hâte que ça se réchauffe un petit peu pour pouvoir me laver autrement qu’avec des lingettes. Aujourd’hui, il y avait du soleil et c’était déjà super agréable », a-t-elle ajouté. Ces petits bonheurs ne sont pas spectaculaires, mais ils s’additionnent pour créer un équilibre subtil. Ils permettent de compenser la fatigue accumulée, de supporter les blessures parfois invisibles du quotidien en mer, et surtout de maintenir cette étincelle de détermination qui pousse chaque skipper à continuer, jour après jour. Car si l’aventure est faite de grandes vagues et de défis monumentaux, elle se construit aussi sur ces instants fugaces comme un moment de calme, une trouée de ciel bleu, une nuit où le sommeil est un peu moins fragmenté. Ainsi, qu’ils soient encore dans les griffes des mers du Sud ou qu’ils commencent à retrouver des conditions plus clémentes, tous partagent cette vérité fondamentale : ce sont ces petits plaisirs simples, dénichés dans les creux du chaos, qui transforment une course impitoyable en une aventure profondément humaine… même si elle reste parfois un peu collante.

Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe et suivez les skippers en direct grâce à la cartographie.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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