Christine Petr spécialiste du comportement des touristes « il n'y aura pas de retour à la normale avant 2022 »

Carnet de voyage
Mardi 5 mai 2020 à 12h30

Christine Petr, professeure agrégée à l'Université de Bretagne Sud en Sciences de Gestion et spécialiste du comportement des touristes nous explique comment la crise sanitaire va modifier la façon de consommer des Français en vacances cet été et sur le long terme.

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Christine Petr, professeure agrégée à l'Université de Bretagne Sud en Sciences de Gestion et spécialiste du comportement des touristes nous explique comment la crise sanitaire va modifier la façon de consommer des Français en vacances cet été et sur le long terme.

Considérant la crise sanitaire actuelle, les Français partiront-ils en vacances cet été ?

« Beaucoup de scénarios peuvent être engagés et les décisions des Français seront certainement prises au regard de l’évolution de la contamination. Je pense que malgré tout, les gens vont avoir envie de sortir et d’être dehors. Il y a une certaine ambivalence avec ce désir de grands extérieurs auquel s’ajoute la crainte des lieux bondés. Les gens vont sûrement préférer aller dans un camping où un espace spécifique leur est dédié. Vraisemblablement il y aura beaucoup de crainte et ceux qui sont très inquiets ne partiront pas ou iront visiter leur famille ou leur maison secondaire plutôt que d’aller dans des espaces partagés. »

Qu’en est-il des plages, seront-elles toujours fréquentées par les Français cet été ?

« Je me demande si la tendance naturelle des vacanciers ne va pas être d’éviter le sud de la France et la Côte d’Azur qui sont généralement prisés par les touristes en été, pour aller passer leurs vacances dans des endroits un peu plus cachés. Je pense que les Français préféreront se tourner vers les lacs ou les rivières. La plage est un endroit qui est difficilement sécurisable et d’eux-mêmes les Français iront chercher des zones où les espaces sont larges mais moins fréquentés. Si on prend la Côte d’Azur, par exemple à Nice ou à Cassis, où les plages sont petites, l’espace va poser un véritable problème et les gens vont être dans une inquiétude constante. »

Cette inquiétude que vous mentionnez, sera-t-elle toujours présente lors des voyages ?

« Toute proportion gardée, nous pouvons comparer cette inquiétude à celle que les Français ressentaient au moment des attaques terroristes. Au début les gens étaient très attentifs et vigilants et puis avec le temps ils baissent leur garde et la vie reprend le dessus. Vraisemblablement il y aura un relâchement de la part des vacanciers qui seront moins regardants vis-à-vis des règles de distanciation ou de sécurité. Cependant, je pense que l’argument sanitaire deviendra un argument de vente et de distinction pour les différentes structures liées au tourisme. Avant, il n’a jamais été question d’insécurité sanitaire, c’est une découverte dans notre monde moderne. Il va y avoir des choses qui vont se mettre en place par rapport à ça et il y aura surement une numérisation du voyage avec des applications qui permettront de contrôler le flux de passage dans les espaces libres. Cet été c’est sûrement trop tôt pour voir ce type de gadget entrer dans notre quotidien, cependant la logique de consommation des touristes sera moins spontanée. »

Comment se présente le futur du tourisme international ?

« Cette notion sanitaire n’était pas du tout intégrée dans les réflexions des touristes, or, aujourd’hui, elle entre dans leur questionnement et dans leur prise de décision. Cela fera partie des argumentations que devront mettre en avant les structures touristiques pour accueillir les voyageurs. De plus, il y a plein de pays dans lesquelles les Français ne vont pas être les bienvenus cet été. À mon sens les voyages internationaux cette année vont être très limités. Pour les années à venir, certaines compagnies aériennes vont sûrement devoir élever leurs tarifs. Proposer une place sur deux avec le mètre de distanciation de rigueur, ce n’est pas rentable pour les compagnies aériennes et il vaut mieux que l’avion reste au sol s’il est à moitié vide ou alors le billet d’avion sera multiplié par deux. C’est aussi une piste de ce à quoi peut ressembler le futur du voyage. Les personnes qui partiront devront acheter une place qui correspondra en fait à 3 places et coûtera le prix de 3 billets d’avion pour respecter ce mètre de distanciation. Il faudra plus d’argent pour voyager et tout le monde ne pourra plus partir en vacances. Il y aura certainement de l’exclusion sociale. »

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À mon sens les voyages internationaux cette année vont être très limités.© Pixabay

Quand pouvons-nous espérer un retour à la normale dans le secteur du voyage ?

« Tout va dépendre de l’évolution de l’épidémie et des pics qui pourraient apparaître mais déjà nous savons que cet été la saison de vacances sera très courte. L’année 2021 sera une année de récupération pour le secteur du tourisme. À mon avis l’année prochaine sera une année d’adaptation et d’invention de nouvelles options pour voyager malgré le virus donc il n’y aura pas de retour à la normale avant 2022, sous réserve de l'accès à un vaccin.»

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.