Réserve marine du Cap San Antonio : ce que la réglementation impose aux plaisanciers

Par Le Figaro Nautisme avec Bloc Marine

Entre Dénia et Xàbia, sur la côte nord d’Alicante, la réserve naturelle marine du Cap San Antonio attire plaisanciers, plongeurs, kayakistes et baigneurs. Mais derrière ses falaises spectaculaires et ses eaux limpides, le site est avant tout un espace protégé, où la navigation, le mouillage, la pêche et la plongée obéissent à des règles strictes. Ici, profiter de la mer commence par connaître la réglementation.

Un joyau méditerranéen… très encadré

À première vue, le Cap San Antonio a tout de la carte postale : falaises calcaires plongeant dans la Méditerranée, criques rocheuses, herbiers de posidonie, fonds clairs et reliefs sous-marins spectaculaires. Mais cette beauté n’est pas seulement un décor de vacances. C’est aussi un écosystème fragile, reconnu pour son intérêt écologique, scientifique, paysager et récréatif. La zone protégée couvre environ 900 hectares entre Dénia et Xàbia. Elle englobe notamment les fonds marins du Cap San Antonio, les abords des Rotes et plusieurs secteurs particulièrement sensibles. À l’intérieur de ce périmètre existe aussi une réserve marine d’intérêt halieutique, plus restreinte, d’environ 252 hectares, où les règles sont encore plus strictes, notamment pour la pêche. 

C’est toute la logique du site : autoriser la découverte, mais éviter la pression excessive. La réserve n’est pas un espace interdit, c’est un espace organisé. On peut s’y baigner, y naviguer dans certaines conditions, y pratiquer le kayak ou le paddle, y plonger avec autorisation. Mais on ne peut pas y faire n’importe quoi.

 

Pêche : l’interdiction qui surprend souvent les visiteurs

C’est sans doute le point le plus important à retenir : dans la réserve marine d’intérêt halieutique du Cap San Antonio, la pêche récréative est interdite sous toutes ses formes. La règle est clairement rappelée dans la documentation de la réserve : « toute modalité de pêche récréative » y est prohibée. Pour les plaisanciers français habitués à sortir une ligne au mouillage ou à pêcher quelques poissons depuis une embarcation, le piège est évident. Le cadre idyllique donne envie, mais la réserve n’est pas une zone de pêche loisir. Elle a précisément été créée pour protéger les habitats, favoriser la régénération des ressources et limiter les prélèvements dans un secteur très fréquenté.

Autrement dit : même une pêche “occasionnelle”, même une ligne jetée quelques minutes, même une prise relâchée, peuvent poser problème si l’on se trouve dans le périmètre concerné. Avant toute sortie, mieux vaut donc vérifier les limites exactes de la réserve et se référer aux bouées, cartes locales et panneaux d’information.

 

Mouillage : l’ancre n’est pas la bienvenue

Autre règle essentielle : l’usage de l’ancre est interdit dans l’ensemble de l’espace protégé. Là encore, la mesure vise d’abord les fonds marins. Un mouillage mal placé peut arracher des herbiers de posidonie, abîmer les habitats rocheux et laisser des traces durables sur un milieu qui se régénère lentement.  La posidonie n’est pas une simple “algue” que l’on peut froisser sans conséquence : c’est une plante marine, véritable nurserie pour de nombreux poissons, mollusques et crustacés. Elle produit de l’oxygène, stocke du carbone, protège les plages de l’érosion et contribue à la transparence de l’eau. Sa présence est un marqueur de bonne santé écologique.

Pour les bateaux autorisés à stationner, la solution passe donc par les bouées d’amarrage prévues à cet effet. La réserve indique également une vitesse d’approche limitée à 3 nœuds près des bouées. Ce n’est pas un détail : à proximité des zones de baignade, des plongeurs ou des petites embarcations, la lenteur devient une règle de sécurité autant qu’un geste de protection.

Navigation : vitesse réduite et jet-skis interdits

La réserve n’est pas fermée à toute navigation, mais celle-ci est encadrée. La limite de vitesse maximale indiquée est de 6 nœuds dans les secteurs concernés. L’objectif est simple : réduire le dérangement de la faune, limiter les risques pour les usagers et éviter que la réserve ne se transforme en zone de passage rapide.  Les jet-skis, eux, sont interdits dans la réserve. C’est une règle importante à rappeler en été, lorsque la fréquentation nautique augmente fortement autour de Dénia et Xàbia. Le Cap San Antonio n’est pas un terrain de jeu motorisé : c’est un espace naturel protégé, où la priorité va aux usages doux, à la sécurité et au respect du milieu. Les embarcations non motorisées, comme les kayaks ou les paddles, sont davantage compatibles avec l’esprit du site, à condition de rester dans les zones autorisées, de ne pas débarquer n’importe où et de ne pas perturber la faune. Là encore, la règle n’est pas de “consommer” le paysage, mais de le traverser avec précaution.

 

Plongée : une expérience exceptionnelle, mais pas en accès libre

Le Cap San Antonio est réputé pour ses fonds marins : reliefs rocheux, posidonies, coraux, gorgones, mérous et autres espèces méditerranéennes y trouvent des habitats précieux. C’est justement pour cette raison que la plongée y est réglementée.

La pratique de la plongée récréative est limitée et nécessite une autorisation préalable. La procédure officielle de la Generalitat Valenciana encadre les activités subaquatiques de loisir dans les réserves marines d’intérêt halieutique. Elle s’adresse aux particuliers, aux clubs, aux centres de plongée et aux autres structures concernées. Pour un particulier, plusieurs conditions sont demandées : disposer d’un titre de plongée reconnu, d’une assurance accident et responsabilité civile en vigueur, pouvoir justifier d’une expérience minimale de 25 plongées, dont au moins une réalisée dans les 12 mois précédant la demande, et fournir les informations sur les plongeurs du groupe. Les centres et clubs doivent également présenter leurs autorisations, assurances et justificatifs. Même l’utilisation de lampes ou de phares doit être expressément demandée dans la demande d’autorisation. Ce niveau de détail peut sembler administratif, mais il répond à une réalité : dans un espace protégé, la plongée n’est pas seulement une activité sportive, c’est une présence humaine dans un milieu sensible.

 

Une réglementation aussi pour la faune visible en surface

La réserve ne protège pas seulement ce qui se trouve sous l’eau. Le secteur peut aussi être fréquenté par des espèces remarquables, comme le rorqual commun ou la tortue caouanne. La documentation locale rappelle une consigne très claire en cas d’observation d’un rorqual : ne jamais s’approcher à moins de 300 mètres avec une embarcation, réduire sa vitesse et ne jamais couper sa trajectoire. Même prudence pour les tortues marines. Si une tortue est observée sur une plage, il ne faut ni la déranger ni l’éclairer. En cas de trace ou de nid, le réflexe indiqué est d’appeler le 112. Ces règles relèvent du bon sens, mais elles sont essentielles : une mauvaise approche, une lumière, un bruit ou une manœuvre trop proche peuvent suffire à perturber un animal protégé.

 

Cova Tallada : un autre accès réglementé

La Cova Tallada, située dans les falaises du Cap San Antonio, fait aussi partie des lieux emblématiques du secteur. Mais sa fréquentation est réglementée en raison de la surpopulation touristique. Là encore, le message est le même : l’accès à un site naturel remarquable ne peut plus être pensé comme un droit illimité, surtout lorsque la pression estivale menace l’équilibre du lieu. Pour les visiteurs, cela implique d’anticiper, de vérifier les conditions d’accès et de respecter les périodes ou modalités de réservation lorsqu’elles s’appliquent. Le Cap San Antonio se découvre mieux quand on accepte son rythme : moins de précipitation, plus d’attention.

 

Ce qu’il faut retenir avant d’y aller

Au Cap San Antonio, la réglementation n’est pas un détail administratif : c’est la condition même de la préservation du site. Pas d’ancre dans la réserve, pas de pêche récréative dans la réserve marine d’intérêt halieutique, pas de jet-ski, vitesse limitée, plongée sur autorisation, respect strict de la faune et utilisation des bouées prévues. Ce cadre peut sembler contraignant au premier abord. En réalité, il permet de maintenir l’équilibre entre tourisme, nautisme et protection de la Méditerranée. Car si le Cap San Antonio reste aujourd’hui l’un des plus beaux secteurs naturels de la côte d’Alicante, c’est précisément parce qu’il n’est pas laissé en libre-service.

Ici, la mer se mérite un peu. On vient pour la beauté des falaises, la transparence de l’eau, le calme des fonds et la richesse du vivant. Mais on repart aussi avec une évidence : dans une réserve marine, la meilleure façon de profiter du paysage, c’est encore de ne pas y laisser de trace.

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Crédit photo de couverture : Illustration AdobeStock -  Josie Elias

 

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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.