Réserve marine de Cerbère Banyuls : un projet d’extension qui change d’échelle
Une réserve emblématique face à de nouveaux enjeux
À Cerbère et Banyuls, la réserve marine fait partie du paysage depuis des décennies. Mais aujourd’hui, le sujet n’est plus seulement de conserver un périmètre historique. Il est de savoir si ce périmètre est encore à la hauteur des réalités écologiques du littoral. Le projet présenté dans le cadre de l’enquête publique part précisément de ce constat : les milieux à protéger, les espèces à préserver et la pression exercée sur cette portion de côte dépassent désormais les limites actuelles de la réserve. L’idée n’est donc pas d’ajouter quelques hectares de plus sur une carte. Elle consiste à repenser l’échelle de protection sur un secteur marin stratégique, entre le cap Béar, à Port Vendres, et le cap Cerbère, à l’extrême sud du littoral français avant l’Espagne.
De 650 à 1 680 hectares, un véritable changement de dimension
C’est le chiffre qui résume à lui seul l’ampleur du projet : la réserve passerait de 650 à 1 680 hectares, soit 1 030 hectares supplémentaires. L’extension envisagée concerne uniquement le milieu marin. Elle s’accompagne aussi de la création de 2 nouvelles zones de protection renforcée, l’une de 38 hectares au niveau du cap Oullestrell, l’autre de 32 hectares au niveau du cap Cerbère, en plus de la zone déjà existante.
Ce changement d’échelle n’a rien d’anecdotique. Il vise à mieux couvrir des habitats jugés majeurs sur cette façade méditerranéenne, notamment les herbiers de posidonie, le coralligène et les fonds rocheux. Le dossier met aussi en avant un enjeu très concret : permettre une amélioration de la diversité, de la densité et de la taille des individus dans les zones protégées, avec des effets attendus sur des espèces sensibles comme le mérou brun ou le corb.
Protéger plus, sans fermer uniformément la mer
C’est là que le dossier devient particulièrement scruté sur le terrain. Car cette extension ne signifie pas une interdiction générale de toutes les pratiques. Le principe retenu repose plutôt sur un niveau de protection modulé selon les secteurs. Les zones de protection renforcée resteraient les plus strictement encadrées, tandis que dans le périmètre élargi, plusieurs usages continueraient d’exister sous conditions. Cette logique cherche à concilier préservation du vivant et présence d’activités déjà bien installées sur la côte Vermeille.
Autrement dit, le projet ne dessine pas une mer mise sous cloche. Il cherche plutôt à mieux répartir les règles selon la sensibilité des espaces, dans une zone où cohabitent navigation, plongée, pêche de loisir, baignade et fréquentation touristique.
Une procédure entrée dans sa phase la plus concrète
Le projet n’en est plus au stade des intentions. Selon le Département, la démarche a été lancée en 2020 puis nourrie par une concertation menée entre janvier 2022 et juin 2023, avec l’appui des services de l’État, du Parc naturel marin du golfe du Lion, de l’Observatoire océanologique de Banyuls ainsi que des universités de Perpignan et de Montpellier. Le dossier a ensuite reçu un avis favorable du Conseil national de la protection de la nature en septembre 2024, avant d’entrer dans la phase d’enquête publique au printemps 2026.
Cette enquête publique se tient du 13 avril au 22 mai 2026. Le public peut consulter le dossier et formuler ses observations, une étape essentielle avant une éventuelle suite réglementaire. Une réunion publique est également prévue le 5 mai à Banyuls sur Mer. Le projet sort donc du cercle des études et des expertises pour entrer dans celui du débat ouvert.
Sur la côte Vermeille, une décision qui dépassera le seul périmètre de la réserve
Au fond, l’enjeu dépasse largement le tracé de futures limites marines. Ce qui se joue ici, c’est la manière de protéger un littoral déjà très connu, très observé et très sollicité, sans attendre que les équilibres se dégradent davantage. En s’alignant aussi sur l’objectif d’augmenter les zones de protection forte au sein du Parc naturel marin du golfe du Lion, le projet s’inscrit dans une évolution plus large des politiques de préservation en Méditerranée.
À Cerbère Banyuls, l’enquête publique ouvre donc une séquence décisive. Parce qu’elle pose une question de fond, simple en apparence mais essentielle sur le terrain : jusqu’où faut-il aller pour protéger durablement une mer que tout le monde veut continuer à fréquenter ?
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