Le Groupe Beneteau accélère sur l’électrique, le recyclage et les nouveaux usages nautiques

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Avec une baisse de 26 % de l’intensité de ses émissions de CO₂ depuis 2022, le Groupe Beneteau avance sur plusieurs fronts : électrification, matériaux plus durables, recyclage des composites, refit, services partagés et transmission des savoir-faire. Son rapport d’activité 2025 confirme une stratégie qui cherche à transformer les engagements RSE en réponses concrètes pour toute la filière nautique.

 

Dans le nautisme, la transition environnementale ne peut pas se limiter à une promesse de long terme. Elle suppose de revoir les bateaux, les matériaux, les procédés industriels, mais aussi les services qui accompagnent les plaisanciers avant, pendant et après la navigation. C’est tout l’enjeu du rapport d’activité 2025 publié par le Groupe Beneteau, qui présente une série d’avancées concrètes autour de l’électrification, du recyclage, du refit et des nouveaux usages.

Acteur majeur de la plaisance mondiale, avec 16 sites de production, plus de 6 200 collaborateurs, 9 marques et plus de 135 modèles, le groupe revendique une baisse de 26 % de l’intensité de ses émissions de CO2 depuis 2022, rapportée à son chiffre d’affaires. Son objectif reste fixé à 30 % de réduction à horizon 2030. Au delà du chiffre, Beneteau cherche surtout à montrer que cette trajectoire passe désormais par des solutions industrielles déjà engagées.

« Nous avançons sur les propulsions, les matériaux, le cycle de vie des bateaux et les services, avec une même ambition : transformer nos engagements en solutions concrètes et déployables. Sur ces sujets, nous faisons le choix d’agir, d’expérimenter et de nous associer à nos partenaires pour faire évoluer la filière », souligne Bruno Thivoyon, Président du Directoire du Groupe Beneteau.

L’électrique doit changer d’échelle

La propulsion reste l’un des grands sujets de transformation du nautisme. En 2025, le Groupe Beneteau proposait 13 modèles dotés de propulsions alternatives, contre 10 en 2024. La progression illustre une évolution encore progressive, mais désormais structurée autour d’une ambition plus large que le seul lancement de modèles isolés.

La création d’E-LEKTRA MARINE, alliance menée avec le Groupe Fountaine Pajot, marque une étape importante. Cette initiative rassemble 7 marques représentant près de 60 % du marché mondial de la voile. L’objectif consiste à développer un standard ouvert de propulsion électrique et de gestion intelligente de l’énergie à bord, afin de faciliter l’intégration, l’entretien et le déploiement de ces solutions.

L’enjeu est central pour la filière. L’électrique ne pourra réellement s’imposer que si les constructeurs parviennent à mutualiser les volumes, à simplifier la maintenance et à offrir aux plaisanciers une expérience suffisamment fiable et lisible. Beneteau et Fountaine Pajot visent ainsi 10 à 15 % d’adoption de l’électrique sur le marché mondial de la voile d’ici 2030, soit plusieurs centaines de bateaux par an.

Les matériaux deviennent un levier stratégique

L’autre chantier majeur concerne les composites. Longtemps considérés comme indispensables à la construction nautique pour leur résistance et leur durée de vie, ces matériaux posent une question complexe lorsqu’il s’agit de limiter l’usage de ressources fossiles ou d’organiser leur recyclage. Beneteau travaille donc sur plusieurs fronts. En 2025, ses sites ont produit 4 400 pièces en fibres de chanvre, à partir de 5 500 kg de fibres issues d’une filière vendéenne. Associée à une résine intégrant 35 % de matières biosourcées, cette solution permet de réduire de 24 % les émissions de gaz à effet de serre des pièces concernées et de 35 % leur consommation de ressources fossiles. Le groupe estime à 11 tonnes la quantité de CO₂ évitée grâce à ces développements.

Le déploiement de la résine recyclable Elium constitue une autre avancée notable. Beneteau indique avoir déjà utilisé 12,6 tonnes de cette résine, ainsi que 14 tonnes de fibres recyclées ou naturelles. En avril 2026, la marque EXCESS a présenté l’Excess 11, premier multicoque au monde fabriqué en résine recyclable Elium. Ce lancement donne une portée industrielle à des recherches longtemps cantonnées à l’expérimentation.

Pour aller plus loin, le groupe s’appuie sur une alliance réunissant Arkema, Composite Recycling, Owens Corning, Chomarat et Veolia. L’ambition est de structurer une boucle complète, depuis la collecte des chutes de production jusqu’à la réutilisation des fibres et des résines dans de nouveaux bateaux, avant d’étendre cette logique aux unités en fin de vie.

Rénover les bateaux, une autre manière de réduire l’impact

La transition du nautisme ne concerne pas uniquement les bateaux neufs. Le prolongement de la durée de vie des unités devient lui aussi un axe de développement. Le programme de refit du Groupe Beneteau vise à rénover 30 à 40 bateaux par an, avec un renforcement de cette activité grâce à l’acquisition de BMS Shipyard, à Canet en Roussillon.

Cette orientation répond à une évolution profonde du marché. Dans un contexte où les plaisanciers cherchent davantage de services, de suivi et de solutions adaptées à leur pratique, la rénovation permet de valoriser l’existant plutôt que de miser uniquement sur le renouvellement. Elle permet aussi d’accompagner les propriétaires dans la durée, avec une approche plus globale du cycle de vie du bateau.

Le groupe développe également des modèles d’usage plus ouverts. En 2025, 110 bateaux étaient disponibles en libre service via Wiziboat, pour 1 010 abonnés. Cette formule correspond à environ 1 bateau pour 9 utilisateurs. Elle traduit une autre manière d’accéder à la mer, moins centrée sur la propriété et davantage tournée vers l’usage.

Le numérique suit la même logique d’accompagnement. Près de 15 000 bateaux étaient équipés de l’application Seanapps en 2025, contre 10 000 en 2024. Cette progression de 50 % montre l’importance croissante des outils connectés dans le suivi, l’entretien et la relation entre le propriétaire, le bateau et le réseau de services.

Les compétences au cœur de la transformation

Derrière les innovations techniques, la mutation du nautisme repose aussi sur les savoir faire industriels. Nouveaux matériaux, propulsion électrique, procédés de production, maintenance connectée : ces évolutions transforment les métiers et imposent un effort de formation important.

En 2025, plus de 92 000 heures de formation ont été dispensées aux collaborateurs du Groupe Beneteau. Le compagnonnage a également mobilisé 715 duos sur 43 métiers industriels, pour un total de 32 400 heures de formation de terrain. Dans un marché nautique soumis à des cycles d’activité marqués, la transmission des compétences devient un enjeu aussi stratégique que technologique.

Le groupe met aussi en avant plusieurs indicateurs sociaux. Le taux de fréquence des accidents du travail est passé de 15 à 12,3, soit une baisse de 18 %. La part des femmes dans les effectifs atteint 32,5 %, avec un objectif fixé à 40 % en 2030. La note EcoVadis progresse elle aussi, à 70 sur 100, contre 55 sur 100 en 2022.

Une transition encore exigeante, mais déjà engagée

Le rapport 2025 du Groupe Beneteau montre une industrie nautique en pleine recomposition. L’électrification doit encore trouver son rythme, le recyclage des composites reste un défi complexe et les nouveaux modèles d’usage devront confirmer leur équilibre économique. Mais les initiatives se multiplient et dessinent une transformation plus concrète qu’il y a encore quelques années.

En travaillant à la fois sur les propulsions, les matériaux, le refit, le partage des bateaux, les services connectés et la formation, Beneteau cherche à faire évoluer l’ensemble de sa chaîne de valeur. Pour la plaisance, l’enjeu est clair : continuer à donner accès à la mer, tout en concevant des bateaux et des services mieux adaptés aux attentes environnementales, industrielles et sociales de demain.

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.
Nouveau
Hors-Série
Lire le magazine