Quand l’Avator 110e passe du loisir à l’innovation : l’aventure d’Electra Tide au Monaco Energy Boat Challenge
La propulsion électrique n’est plus seulement une technologie que l’industrie nautique observe à distance. Elle s’expérimente désormais sur l’eau, dans des conditions où chaque kilowattheure, chaque kilogramme et chaque choix technique peuvent faire la différence. C’est précisément tout l’intérêt du Monaco Energy Boat Challenge, rendez-vous organisé chaque année par le Yacht Club de Monaco et devenu un laboratoire grandeur nature pour les nouvelles générations de propulsion maritime. Universités, écoles d’ingénieurs et industriels venus du monde entier y confrontent leurs solutions au travers d’épreuves de vitesse, d’endurance, d’efficacité énergétique et d’innovation. En 2026, l’EIGSI La Rochelle y faisait ses débuts avec Electra Tide, une équipe d’étudiants partie d’une feuille presque blanche quelques mois auparavant.
Pour accompagner cette première aventure, Mercury Marine France a mis à leur disposition un Avator 110e, le modèle le plus puissant de sa gamme de hors-bord électriques, ainsi que les équipements nécessaires à son intégration. Mais installer un moteur conçu à l’origine comme une solution complète pour la plaisance sur un catamaran destiné à la compétition nécessitait bien davantage qu’un simple montage sur le tableau arrière.
« L’Avator 110e est pensé comme un ensemble clé en main pour la plaisance. Sur un catamaran de compétition, l’essentiel du travail a porté sur l’intégration de ce système spécifique au regard du règlement de l’Energy Class, l’ajustement de l’ensemble des pièces liées à la performance jusqu’au moteur, avec toute la sécurité nécessaire, tout en le liant au développement de notre propre pack batterie », explique Jules Gobert, président d’Electra Tide. La partie mécanique du projet s’est finalement révélée relativement directe. Le véritable chantier se trouvait ailleurs : dans l’électronique, la circulation de l’énergie et la capacité à faire fonctionner ensemble des éléments qui n’avaient pas nécessairement été imaginés, à l’origine, pour cette configuration.
« Le montage mécanique du moteur est resté relativement direct. Ce sont l’électronique et l’énergie qui ont concentré nos efforts », résume Jules Gobert.
Un travail d’autant plus intense que l’équipe disposait de très peu de temps. Entre la conception, la fabrication et la mise au point, six mois seulement se sont écoulés avant le rendez-vous monégasque. « Le défi central a été de finir le bateau dans les temps pour la compétition. Nous avons conçu puis réalisé notre prototype en seulement six mois. À Monaco, deux principales contraintes particulièrement exigeantes se sont imposées : la maîtrise de la masse et la gestion de l’énergie, avec un budget plafonné à 10 kWh. »
Cette limitation énergétique est justement l’un des éléments qui rendent le Monaco Energy Boat Challenge particulièrement intéressant. Il ne s’agit pas simplement d’installer le moteur le plus puissant possible, mais de trouver le meilleur compromis entre vitesse, poids, rendement et endurance. Avec une dizaine de kilowattheures disponibles pour certaines épreuves, la manière dont l’énergie est utilisée devient aussi importante que la puissance maximale du système. Pour Electra Tide, cette première confrontation avec la compétition a rapidement permis d’identifier les forces, mais aussi les limites, du prototype. Sur un point, le bilan est particulièrement positif : la fiabilité du Mercury Avator 110e.
« Sur la fiabilité, l’Avator 110e a été exemplaire. Les quatre courses terminées sans la moindre défaillance moteur, cela n’a rien d’évident pour une équipe débutante. Notre satisfaction est justement d’avoir réussi à intégrer cette technologie de pointe », souligne Jules Gobert.
La performance pure a, en revanche, révélé des marges de progression. Certaines équipes engagées depuis plusieurs années avaient fait des choix d’architecture différents, permettant d’obtenir davantage de vitesse. Electra Tide a néanmoins découvert un autre atout de son prototype : sa capacité à gérer efficacement l’énergie sur la durée. « La puissance n’a pas été notre qualité principale comparée à certaines équipes qui avaient opté pour des choix d’assemblage différents des nôtres. Néanmoins, l’endurance nous a permis de progresser dans notre gestion de l’énergie, davantage que ce que nous avions prévu à partir de nos données. Avec une dizaine de kWh à répartir sur trois heures, l’efficacité énergétique devient le cœur du problème. C’est précisément cet aspect qui nous a permis de développer le plus de compétences dans la réalisation de ce type de projet. »
Pour cette première participation, l’objectif fixé par les étudiants était d’abord pragmatique : construire un bateau fonctionnel, arriver à Monaco et aller au bout des différentes épreuves. Mission accomplie. L’équipe a notamment décroché une 11e place lors de l’épreuve de vitesse ainsi qu’en qualification, avant de terminer 15e sur 21 au classement final, selon le bilan communiqué par Electra Tide. « Pour une première participation, l’objectif premier était de terminer toutes les épreuves : c’est fait. Décrocher la 11e place en vitesse, ainsi qu’en qualification, avec un bateau conçu en si peu de temps par des étudiants montre que les fondations sont saines. Nous lisons ce résultat final, 15e sur 21, comme le point de départ d’un futur accomplissement plus ambitieux. Nous savons maintenant précisément où nous situer et sur quels leviers progresser. À en croire la détermination et la motivation de toute l’équipe, l’avenir s’annonce pétillant. »
Derrière le classement, c’est probablement là que se trouve le principal enseignement de cette première saison : disposer désormais de données réelles et d’une première expérience complète pour développer le prochain prototype.
Pour Mercury Marine France, l’intérêt du partenariat dépassait lui aussi la simple mise à disposition d'un moteur. Utilisé dans un environnement très éloigné de son usage classique, l’Avator 110e devenait une base technologique à partir de laquelle les étudiants pouvaient expérimenter leurs propres solutions. Intégration d’un pack batterie développé par l’équipe, gestion énergétique, communication entre les systèmes, analyse des performances, optimisation de l’autonomie : autant de problématiques auxquelles sont aujourd’hui confrontés les ingénieurs travaillant sur l’électrification du nautisme.
« En mettant un Avator 110e à disposition de l’équipe Electra Tide, Mercury Marine ne fournit pas seulement un moteur. Nous donnons à de jeunes ingénieurs l’opportunité d’expérimenter, d’innover et de repousser les limites de la propulsion électrique dans un environnement où la performance, l’efficacité énergétique et la créativité sont au cœur de chaque décision », souligne Yann Diquerreau, Marketing Manager Mercury Marine France.
Une manière, également, de rapprocher l’industrie des établissements qui forment les ingénieurs de demain. « Ce type de collaboration nous permet également d’accompagner l’émergence des technologies et des talents qui façonneront le nautisme de demain », poursuit-il. Pendant la compétition, le moteur a d’ailleurs suscité de nombreux échanges auprès des visiteurs, étudiants et équipes concurrentes, autour de son intégration mais aussi, plus largement, de la place que pourra prendre l’électrique dans les différentes pratiques nautiques.
Modèle le plus puissant de la gamme électrique Avator, le Mercury Avator 110e a initialement été développé pour proposer une navigation simple, silencieuse et intuitive. Dans le cadre d’Electra Tide, sa fonction s’est sensiblement élargie. Pendant plusieurs mois, les étudiants ont pu analyser son comportement, adapter son intégration et l’associer à leur propre architecture énergétique. Le projet illustre ainsi la manière dont une technologie commercialisée pour la plaisance peut également devenir un support de recherche appliquée lorsqu’elle est placée entre les mains d’une équipe d’ingénieurs en formation.
Cette expérimentation s’inscrit aussi dans une évolution plus large de la propulsion nautique. L’électrique ne constitue pas nécessairement une réponse unique à tous les usages, mais ouvre des perspectives particulièrement intéressantes lorsque le silence de fonctionnement, le confort ou l’absence d’émissions locales sont recherchés. Aux côtés des motorisations thermiques à haut rendement, il participe désormais à une diversification progressive des solutions disponibles.
À peine cette première édition terminée, Electra Tide regarde déjà vers la suivante. Et le prototype 2027 devrait être profondément différent de celui engagé cette année à Monaco. L’analyse menée après la compétition a fait ressortir trois priorités : réduire la masse, améliorer le rendement de la chaîne propulsive et affiner encore la gestion énergétique.
« D’abord, la réduction de la masse est de loin le paramètre le plus déterminant concernant notre régime de navigation. Ensuite, l’optimisation de la chaîne propulsive, en particulier le rendement de l’hélice, nous est apparue comme un axe important à améliorer. Enfin, la gestion de l’énergie, indispensable à la performance en endurance, devra être plus fine si nous voulons rivaliser avec les meilleurs prototypes », détaille Jules Gobert.
L’équipe repartira donc sur une architecture largement repensée, mais avec un avantage précieux : l’expérience accumulée pendant ces six mois de conception et cette première semaine de compétition. « L’apprentissage, qu’il soit technique, logistique ou relationnel, qui a été le nôtre durant cette première année de participation nous permettra à coup sûr de gagner en efficacité et en temps précieux. L’ambition est simple et assumée : améliorer notre classement et aligner un bateau nettement plus compétitif pour 2027. » De la plaisance au laboratoire étudiant, l’Avator 110e aura donc changé de rôle le temps d’une compétition. Pour Electra Tide, Monaco 2026 n’était surtout qu’une première étape : celle où un projet construit en six mois est devenu un véritable programme de développement.
Le Mercury Avator 110e sera présenté au Cannes Yachting Festival, du 8 au 13 septembre 2026, puis au Grand Pavois de La Rochelle, du 22 au 27 septembre 2026.


