Êtes-vous plutôt hard-top ou bimini souple sur votre voilier ?

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Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Longtemps cantonné aux catamarans et aux voiliers de grand voyage, le hard-top gagne désormais les monocoques de croisière. Derrière cette évolution se cache bien davantage qu’une affaire de style : protection du cockpit, surface disponible pour les panneaux solaires et réponse aux besoins électriques croissants à bord. Mais entre le poids, le prix et les conséquences sur le comportement du bateau, faut-il vraiment céder à cette nouvelle tendance ?

Le grand retour du hard-top sur les voiliers de croisière : effet de mode ou vraie révolution ?

Il suffit de parcourir les pontons des derniers grands salons nautiques pour constater que quelque chose est en train de changer au-dessus de nos têtes. Longtemps réservé aux catamarans, à quelques voiliers de grand voyage et aux unités semi-custom, le hard-top gagne désormais les monocoques de croisière de grande série. Sur les nouvelles générations de 45, 50 pieds et plus, le traditionnel bimini en toile se voit ainsi concurrencé par de véritables toits rigides parfaitement intégrés au dessin du bateau. La tendance pourrait sembler essentiellement esthétique. Les monocoques adoptent depuis quelques années certains codes qui ont largement contribué au succès des catamarans : immenses cockpits, cuisines extérieures, vastes plateformes de baignade, circulation simplifiée entre les espaces et désormais toits rigides. Mais derrière cette évolution du design se cache une transformation beaucoup plus profonde de notre manière de vivre en croisière. Car le hard-top ne sert plus seulement à faire de l’ombre. Il devient une pièce essentielle de l'autonomie du bateau, notamment grâce aux panneaux solaires qu’il peut accueillir. 

Une idée ancienne remise au goût du jour

Le principe n’a pourtant rien de révolutionnaire. Depuis des décennies, les navigateurs au long cours bricolent portiques et protections rigides au-dessus du cockpit. Dans les mouillages des Antilles ou du Pacifique, il est fréquent de rencontrer des voiliers de vingt ou trente ans transformés au fil des voyages, avec un solide portique arrière supportant panneaux solaires, antennes, éolienne et parfois bossoirs pour l’annexe. Ce qui change aujourd’hui, c’est l’intégration. Le hard-top n’est plus un équipement rapporté après quelques années de navigation. Il est dessiné en même temps que le bateau et participe pleinement à sa silhouette. Sur plusieurs croiseurs récents, la structure prolonge naturellement le roof et vient couvrir une grande partie du cockpit. Certaines possèdent même une large ouverture ouvrante permettant de retrouver le soleil et une vue directe sur la grand-voile lorsque les conditions s’y prêtent… Cette évolution accompagne surtout celle de nos habitudes. Le cockpit n’est plus seulement l’endroit où l’équipage manœuvre. Il est devenu le principal espace de vie du bateau. Et quand on vit dehors, disposer d’un toit devient rapidement intéressant.

Un toit pour vivre davantage dehors

Posez la question à un plaisancier naviguant trois semaines par an en Bretagne et à un équipage passant six mois sur son bateau en Méditerranée : vous obtiendrez probablement deux réponses différentes. Pour le premier, le plaisir de la voile passe aussi par le contact avec les éléments et le cockpit largement ouvert. Pour le second, après plusieurs semaines au mouillage en juillet ou en août, l’ombre devient presque aussi précieuse que l’eau douce. En croisière, et plus encore en voyage, nous passons finalement beaucoup plus de temps arrêtés qu’en navigation. Le bateau doit donc être agréable à vivre au mouillage. C’est là que le hard-top marque des points.

Sous le soleil méditerranéen ou tropical, il permet de déjeuner dans le cockpit sans transformer la table en plancha. Sous une pluie tropicale, plus besoin de se précipiter pour tendre un taud. En navigation, il offre également une protection appréciable contre les embruns et les intempéries. Des fermetures latérales peuvent même transformer le cockpit en véritable espace protégé lorsque les conditions se dégradent. Encore faut-il que sa conception préserve une bonne visibilité depuis les postes de barre et permette de surveiller facilement la grand-voile, ce qui est loin d’être un détail quand on aligne les milles sous voile.

La véritable révolution est sur le toit

Mais réduire le hard-top à une simple recherche de confort serait passer à côté de l’essentiel. Car le véritable intérêt de ces mètres carrés supplémentaires se trouve souvent au-dessus : les panneaux solaires. Nos voiliers sont devenus extraordinairement gourmands en électricité. Pilote automatique, réfrigérateur, congélateur, électronique de navigation, ordinateurs, tablettes, téléphones, dessalinisateur, pompes diverses, guindeau, propulseurs et winches électriques réclament de l’énergie. Ajoutez une plaque à induction, une machine à café ou une propulsion électrique ou hybride et le bilan énergétique grimpe encore. Produire cette énergie sans faire tourner quotidiennement le moteur ou un groupe électrogène est devenu l’un des grands enjeux du bateau de voyage moderne. Or, sur un monocoque, les mètres carrés disponibles sont rares. Le roof est encombré par les panneaux ouvrants, les bouts et autres manœuvres. Les passavants doivent rester praticables. L’avant subit régulièrement l’ombre du mât et des voiles. Quant au traditionnel portique arrière, il peut rapidement prendre des proportions trop importantes. Le hard-top apporte une réponse presque idéale : plusieurs mètres carrés d’une surface dégagée sur laquelle installer des panneaux photovoltaïques. Sur certaines grandes unités actuelles, les installations approchent désormais 1 300 W. Il y a encore quelques années, beaucoup de voiliers de voyage se contentaient de quelques centaines de watts installés sur un portique. Le changement d’échelle est considérable.

Que peut-on réellement faire avec 1 300 W de solaire ?

Attention toutefois à ne pas confondre puissance théorique et production réelle. Un panneau annoncé pour 400 W ne produit évidemment pas 400 W vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Saison, latitude, orientation du bateau, température des cellules, nébulosité et surtout ombres provoquées par le gréement influencent fortement son rendement. Mais avec une installation approchant 1,3 kW, un voilier peut produire plusieurs kilowattheures pendant une belle journée estivale. De quoi changer sérieusement l’équation énergétique à bord. Cela ne permettra pas forcément de faire fonctionner une climatisation toute la nuit sans réfléchir à sa consommation. En revanche, le réfrigérateur, le congélateur, l’électronique, les pompes et une bonne partie des besoins quotidiens deviennent beaucoup plus faciles à absorber. Associée à un parc de batteries lithium correctement dimensionné, une importante installation photovoltaïque permet surtout de réduire considérablement les heures de moteur consacrées uniquement à la recharge. C’est l’un des points forts du hard-top, en ce sens où il permet de vous protéger ET de produire cette énergie devenue si indispensable à bord !

Près de 40 000 euros pour avoir un toit ?

Reste à parler d’un sujet moins agréable : le prix. Sur un grand croiseur d’environ 15 mètres dont nous avons étudié le tarif 2026, le hard-top en polyester équipé de son pare-brise et de bossoirs représente un surcoût d’environ 26 000 euros hors taxes. L’installation photovoltaïque d’environ 1 300 W ajoute près de 13 500 euros hors taxes… Nous approchons donc 40 000 euros hors taxes pour l’ensemble. À ce niveau de prix, impossible de considérer le hard-top comme un simple accessoire. Il devient un véritable poste dans le budget d’achat du bateau ! Un bimini traditionnel coûte évidemment beaucoup moins cher et remplit correctement sa mission première : créer de l’ombre. Pour un propriétaire naviguant quelques semaines chaque été et passant régulièrement ses nuits dans les ports, investir plusieurs dizaines de milliers d’euros dans un hard-top et une importante production solaire ne présente pas forcément beaucoup d’intérêt…

Le raisonnement change totalement pour celui qui souhaite vivre plusieurs mois par an au mouillage. Comme souvent en matière d’équipement nautique, il n’existe donc pas une bonne solution universelle. Il existe surtout une solution adaptée à son programme de navigation.

Et le poids dans tout cela ?

Le poids est l’autre revers de la médaille : sur un voilier, tout ce que l’on ajoute finit par peser. Et dans le cas du hard-top, ce poids est placé relativement haut. Structure composite, mécanisme d’ouverture éventuel, panneaux photovoltaïques, câblage, éclairage et accessoires représentent une masse supplémentaire. Quelques dizaines ou centaines de kilos peuvent sembler anecdotiques sur un croiseur déplaçant 12 ou 15 tonnes, mais leur emplacement compte presque autant que leur masse. Un poids installé dans les fonds n’a pas les mêmes conséquences qu’une masse située plusieurs mètres au-dessus de la flottaison. Plus on ajoute de poids en hauteur, plus on remonte le centre de gravité du bateau, avec des conséquences potentielles sur sa stabilité et son comportement. Cela ne signifie évidemment pas qu’un voilier équipé d’origine d’un hard-top soit mal conçu. Lorsque cet équipement est prévu dès la conception, son poids est intégré aux calculs de l’architecte. La question mérite davantage d’attention dans le cas d’une installation réalisée après coup.

En seconde monte, attention aux mauvaises surprises

Transformer un bimini en hard-top quelques années après l’achat peut être séduisant. On conserve son bateau tout en gagnant en confort et en surface disponible pour produire de l’électricité. Mais installer plusieurs mètres carrés de structure rigide n’a rien à voir avec le remplacement d’un traceur. Il faut étudier les reprises d’efforts, le poids total, la prise au vent, la visibilité depuis les postes de barre, l’accès à la bôme et la circulation des écoutes. Et gare à l’escalade : une fois le hard-top installé arrivent les panneaux solaires, les antennes, l’éclairage et parfois d’autres équipements. Les kilos s’additionnent rapidement. Sur un bateau qui n’a pas été conçu pour recevoir cette structure, mieux vaut donc faire valider le projet par un professionnel compétent et, lorsque cela est possible, se rapprocher de l’architecte ou du constructeur… 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.