Depuis mercredi, les Figaro Beneteau 3 occupent les pontons du Port Chantereyne de Cherbourg-en-Cotentin. Contrôles, briefings et derniers réglages rythment les journées, mais tous les regards sont déjà tournés vers demain matin. Le temps des préparatifs touche à sa fin. Celui de la compétition est sur le point de commencer. À 11 heures, le premier signal de départ du Grand Prix du Cotentin donnera officiellement le coup d'envoi du Tour Voile. Neuf équipages, 90 marins et trois jours de compétition attendent désormais la flotte en rade. Entre trois ou quatre parcours construits et un côtier figurent au programme de cette première journée. Autant dire que cette 47e édition ne semble pas avoir prévu de commencer sur la pointe des pieds.

Une entrée en matière qui promet
La rade devrait offrir un joli terrain de jeu pour lancer ce Grand Prix du Cotentin. Un flux d'est à sud-est soufflant entre 12 et 15 nœuds est attendu sur le plan d'eau. De quoi laisser de nombreuses options à la direction de course pour construire son programme. Une opportunité d'autant plus précieuse que la journée de samedi s'annonce beaucoup plus incertaine, avec un vent susceptible de jouer à cache-cache avec les concurrents. « Les conditions annoncées pour vendredi sont vraiment intéressantes », explique Yann Chateau, directeur de course. « Nous avons la possibilité d'enchaîner plusieurs belles manches. Nous allons essayer de profiter pleinement de cette fenêtre. » Les premiers points pourraient donc tomber rapidement. Et sur le Tour Voile, ils ont rarement une valeur anodine. Dans une flotte aussi homogène, quelques longueurs concédées dès les premières manches peuvent peser bien plus lourd qu'on ne l'imagine. Un peu comme ce caillou glissé dans une chaussure au départ d'une randonnée : insignifiant sur les premiers mètres, beaucoup moins après plusieurs kilomètres.
Jouer à domicile
Parmi les équipages qui piaffent d'impatience à l'idée d'en découdre, Le Cotentin Normandy Inshore Program occupe une place à part. Pour les Normands, le Tour Voile débute à domicile. Cinq membres de l'équipage sont cherbourgeois : Pierrick Letouzé, Ethan Vilain, Jeanne Le Corre, Florine Bourit et Noa Geoffroy. Une bonne partie du groupe navigue ici toute l'année et connaît les subtilités de la rade mieux que quiconque. Une rade où les courants et les effets de site récompensent souvent ceux qui savent les apprivoiser et rappellent régulièrement aux visiteurs qu'ils jouent à l'extérieur. « Commencer ici, c'est forcément particulier », sourit Pierrick Letouzé. « Plusieurs d’entre nous naviguent ici toute l'année. On connaît les courants, les effets de site, les petits pièges, les endroits où il vaut mieux être bien placé et ceux où il vaut mieux éviter de traîner. Forcément, on espère que cette connaissance du terrain pourra nous aider. » Mais le skipper normand sait aussi que les connaissances locales ne remplacent jamais la vitesse, la précision et les bonnes décisions. D'autant que la concurrence s'annonce particulièrement relevée. « On a clairement la niaque de commencer chez nous », poursuit-il. « Mais on sait aussi que le niveau est très élevé. Il y a beaucoup de Figaristes et de très beaux équipages. Ça va se jouer à peu de choses et il faudra être juste partout. »
Le poids du numéro 1
Les Normands ne débarquent pas seulement à domicile. Ils arrivent aussi avec un statut particulier. L'an dernier, une partie du team avait inscrit son nom au palmarès du Tour Voile. Une réussite qui nourrit forcément quelques ambitions, même si personne à bord ne se risque à faire des plans sur la comète. « On a un titre à défendre », reconnaît Pierrick Letouzé. « Si un podium est à aller chercher, on ira le chercher. Mais on sait aussi que le combat sera acharné du début à la fin. » Le Grand Prix du Cotentin ne scellera aucun destin, mais il commencera assurément à révéler les premières forces en présence. Dans une flotte aussi dense, chaque manche promet de raconter déjà quelque chose. Demain matin, les courants seront les mêmes que d'habitude. Les pièges également. La différence, c'est que cette fois, neuf équipages seront là pour tenter d'en tirer le meilleur parti. Et après deux jours à regarder les bateaux depuis le quai, personne ne semble disposé à perdre beaucoup de temps avant de rentrer dans le match.
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