Après plus de cinquante ans d’histoire en monocoque, la Solitaire du Figaro s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre. À partir de 2028, l’épreuve, propriété du groupe Figaro et organisée par OC Sport, ne se fera plus en Figaro Bénéteau mais en Ocean Fifty. Une évolution majeure, pensée pour renforcer l’attractivité de la course, assurer sa pérennité et lui permettre de continuer à séduire les skippers, les partenaires, les territoires et le public. Si le support change, l’ambition reste la même : préserver les valeurs, l’exigence sportive et l’ancrage territorial qui ont fait de la Solitaire du Figaro un rendez-vous incontournable de la course au large.

Hervé Favre, président d’OC Sport, revient sur les raisons de cette évolution, le choix des Ocean Fifty, les conséquences pour la filière Figaro et la nécessité de préserver l’attractivité de l’épreuve auprès du public, des partenaires et des territoires.
Le Figaro Nautisme : Pourquoi avoir décidé de faire évoluer la Solitaire du Figaro après plus de cinquante ans d’histoire ?
Hervé Favre : "La Solitaire du Figaro est une référence de la course au large. Mais les choses évoluent. Le public change, tout comme les attentes des partenaires, des médias et des territoires qui accueillent l’événement.
Nous nous sommes rendu compte qu’aujourd’hui, nous faisions face à un modèle économique et évènementiel devenu beaucoup plus fragile. Cela concerne notamment les villes d’accueil, mais également les partenaires privés et les médias, qui sont moins nombreux à suivre la course ou qui ont aujourd’hui des attentes différentes.
Notre responsabilité est de faire en sorte que la Solitaire soit pérenne et qu’elle puisse poursuivre son histoire pendant encore cinquante ans. Nous devions donc lui donner les moyens de continuer à exister, à se développer et à rester une référence de la course au large.
Or, depuis plusieurs éditions, l'événement fait face à une attractivité plus fragile, notamment auprès des partenaires privés, des villes d'accueil et des médias. Dans un environnement qui a profondément évolué, nous devions prendre les décisions qui permettront à cette course de continuer à exister, à rayonner et à demeurer l'un des grands rendez-vous de la course au large française.
C’est à partir de ce constat que nous avons réfléchi à ce que nous devions mettre en place pour assurer sa pérennité. Le changement de support nous est apparu comme le levier le plus pertinent pour faire évoluer l’événement. Nous avons ensuite défini un certain nombre de critères et discuté avec plusieurs classes de course au large. La classe Ocean Fifty est ressortie assez nettement comme celle qui répondait le mieux à ces critères."
Le Figaro Nautisme : Cette décision répond-elle d’abord à un enjeu d’image et d’attractivité ou est-elle principalement économique ?
Hervé Favre : "L’économie de l’événement est évidemment l’un des éléments à prendre en considération. Mais nous nous inscrivons avant tout dans une réflexion plus large et de long terme.
Pour rester une course au large de référence, votre événement doit être attractif pour le public, pour les partenaires, pour les médias et pour les territoires. Tous ces éléments sont liés. Si votre événement n’est plus suffisamment attractif, vous aurez davantage de difficultés à attirer des partenaires privés. Cela finit nécessairement par créer un problème économique.
La question fondamentale qui nous a guidés était donc principalement stratégique . Nous nous sommes surtout demandé quelles étaient les conditions nécessaires pour que la Solitaire du Figaro puisse continuer à connaître le succès qu’elle a rencontré pendant toutes ces années et nous avons analysé plusieurs critères : préserver un niveau d’exigence sportive reconnu, proposer une expérience renouvelée aux territoires d’accueil, renforcer l’attractivité de l'événement auprès du grand public, développer les opportunités offertes aux partenaires et accroître le rayonnement médiatique de l’épreuve.
Le changement de support s’inscrit dans cette logique. Nous ne changeons pas pour changer. Nous faisons évoluer la course parce que nous estimons que c’est nécessaire pour assurer son avenir, renouveler son attractivité sans renoncer à ce qui fait son identité et ses fondamentaux et continuer à intéresser l’ensemble de son écosystème."
Le Figaro Nautisme : Vous avez échangé avec plusieurs classes de course au large. Comment cette réflexion s’est-elle déroulée ?
Hervé Favre : "Dans le cadre d’une réflexion engagée depuis 2025, nous avons d’abord évidemment beaucoup échangé avec la classe Figaro afin de voir s’il était possible de faire évoluer les choses tout en restant sur le support actuel. Nous n’avons pas réussi à trouver un point d’accord sur ce sujet.
Nous avons donc élargi notre réflexion et engagé des discussions avec d’autres classes. Nous n’avons pas beaucoup échangé avec la classe IMOCA ou la classe Ultim, car nous avons assez rapidement considéré que ces bateaux étaient trop grands pour le format de la Solitaire.
Nous nous sommes principalement concentrés sur trois possibilités : la classe Figaro, la Class40 et la classe Ocean Fifty. Cette dernière s’est dégagée comme la meilleure solution pour assurer le futur de la Solitaire du Figaro.Par son potentiel sportif, médiatique et événementiel, c’est la classe qui correspondait le mieux à la vision que nous avions de l’évolution de l’événement et aux attentes des publics et des parties prenantes."
Le Figaro Nautisme : Le choix des Ocean Fifty peut néanmoins surprendre. La classe compte actuellement onze bateaux, alors que la Solitaire réunit traditionnellement un plateau beaucoup plus important. Cette réduction du nombre de participants ne risque-t-elle pas de modifier profondément la compétition ?
Hervé Favre : "Nous avons évidemment beaucoup discuté de cette question. Elle fait partie des sujets que nous avons examinés avec attention avant de prendre notre décision.
La Solitaire du Figaro réunit aujourd’hui un plateau plus important. Historiquement, la course est aussi connue pour ses nombreux retournements de situation, pour les faibles écarts entre les concurrents et pour les batailles très serrées qui se déroulent à chaque étape.
Avec les Ocean Fifty, l'expérience sera différente et offrira de nouvelles possibilités pour raconter des aventures sportives de premier plan, engager les territoires, les partenaires et le public.
À nos yeux, l’ADN de la Solitaire repose avant tout sur une compétition sportive de très grande qualité et sur l’existence d’un véritable enjeu sportif. Avec les onze bateaux que compte actuellement la classe Ocean Fifty, nous considérons qu'il s'agit d'un plateau sportif de grande qualité, parfaitement cohérent avec les ambitions de l'épreuve.
Les courses disputées aujourd’hui par les Ocean Fifty montrent qu’il existe une réelle compétition entre les bateaux. Le nombre de concurrents ne suffit pas, à lui seul, à définir la qualité ou l’intensité sportive d’une épreuve."
Le Figaro Nautisme : Le passage d’un monocoque de 10 mètres à un trimaran de 15 mètres va pourtant complètement transformer la manière de naviguer et le spectacle proposé. Les fondamentaux de la Solitaire resteront-ils les mêmes ?
Hervé Favre : "Oui, les fondamentaux resteront les mêmes et c’est ce qui a présidé à l’ensemble de nos réflexions et travaux.
La relation avec les villes de départ et d’arrivée, les escales et la proximité avec le public resteront au cœur du projet. Nous souhaitons conserver cette identité territoriale forte, qui fait partie de l’histoire et de la singularité de la Solitaire.
En revanche, il ne faut pas résumer l’évolution à l’idée que nous allons simplement retirer les Figaro Bénéteau, mettre des Ocean Fifty à leur place et conserver exactement les mêmes parcours. Ce ne serait pas réaliste.
Les parcours seront évidemment adaptés aux caractéristiques et aux performances des Ocean Fifty tout en conservant les fondamentaux qui font l'identité de La Solitaire : une course en solitaire, disputée par étapes et au temps. Ces bateaux sont beaucoup plus rapides et naviguent différemment. Il faudra donc imaginer des itinéraires cohérents avec leur potentiel, tout en conservant l’esprit de la course."
Le Figaro Nautisme : Le choix de ces trimarans doit-il également permettre de renouveler l’expérience proposée aux villes d’accueil et au public ?
Hervé Favre : "Absolument et c’est une des forces de ce projet.
Les Ocean Fifty proposent davantage de spectacles nautiques avec des bateaux évoluant près des côtes et au plus près des villes qui accueilleront la course. Les Ocean Fifty sont des bateaux visuellement très impressionnants. Leur vitesse, leur taille et leur capacité à naviguer rapidement à proximité du public peuvent créer une dimension spectaculaire supplémentaire.
Ce sont par ailleurs des bateaux qui permettent d’organiser de nombreuses opérations de relations publiques avec des invités à bord. Cette possibilité est importante pour les partenaires et pour les territoires.
Cela doit permettre de renforcer l’attractivité de l’événement dans son ensemble pour les villes et les territoires, mais aussi pour le public et les médias."
Le Figaro Nautisme : Comprenez-vous que certains figaristes puissent vivre cette décision comme une rupture, voire comme un abandon après plus de cinquante ans d’histoire commune ?
Hervé Favre : "Oui nous l'entendons et nous avons une haute conscience des enjeux de cette décision pour notre écosystème
Nous savons que cette décision peut être difficile à accepter pour les marins, les équipes ou les propriétaires de bateaux qui sont directement engagés dans la classe Figaro et qui ont construit leur projet autour de la Solitaire.
Mais il faut bien comprendre que cette décision a été prise pour assurer l’avenir de la course. Nous agissons dans l’intérêt de la Solitaire du Figaro et dans celui de l’événement.
Notre rôle est de défendre les intérêts de l’événement. Nous ne sommes pas là pour défendre les intérêts particuliers d’une classe. Notre responsabilité consiste à nous assurer que la Solitaire du Figaro puisse continuer à exister, à se développer et à rester une grande course au large. Notre responsabilité est avant tout de défendre l'intérêt général de La Solitaire du Figaro et de préparer son avenir."
Le Figaro Nautisme : Cette décision signifie-t-elle que le Figaro Bénéteau ou les figaristes ne font plus rêver le public et les partenaires ?
Hervé Favre : "Il ne faut pas opposer les classes les unes aux autres. Notre décision n’a pas pour objectif de dire que la classe Figaro n’est plus intéressante ou qu’une autre classe serait intrinsèquement meilleure. Nous sommes arrivés à un constat concernant la Solitaire du Figaro comme événement.
Nous avons considéré qu’il fallait changer et faire évoluer l’événement pour lui garantir un avenir. C’est une décision qui concerne la course et le projet que nous souhaitons construire pour les prochaines décennies.
Notre choix pour la classe Ocean Fifty a principalement pour objectif de proposer une réponse globale à l’événement sur ses piliers événementiel, médiatique, hospitalités et sportif."
Le Figaro Nautisme : La Solitaire occupait également une place particulière dans le parcours des navigateurs. Pour beaucoup, elle représentait une première grande expérience en solitaire et une école avant les transatlantiques ou les tours du monde. Craignez-vous que ce changement ait un impact sur la formation des marins ?
Hervé Favre : "Je ne nie pas que cette évolution puisse avoir un impact.
La Solitaire du Figaro et le circuit Figaro ont effectivement joué un rôle important dans la formation de nombreux navigateurs. Beaucoup de grands marins sont passés par cette course avant de poursuivre leur carrière en Class40, en IMOCA ou sur d’autres supports.
Mais il faut également comprendre que la formation des marins repose sur tout un écosystème. Plusieurs classes participent à cette formation et permettent aux navigateurs de progresser.
Il existe notamment la classe Mini, la Class40 et d’autres circuits. La Solitaire et la classe Figaro occupent une place importante dans ce parcours, mais elles ne constituent pas la seule voie possible.
Il ne faut donc pas résumer toute la filière de formation des marins à la seule classe Figaro. Les parcours sont aujourd’hui diversifiés. Les skippers peuvent passer par différents supports, différentes courses et différents projets avant d’atteindre le plus haut niveau de la course au large."
Le Figaro Nautisme : La course continuera-t-elle à s’appeler la Solitaire du Figaro ?
Hervé Favre : "Oui, absolument. La course continuera à s’appeler la Solitaire du Figaro. Nous ne préparons pas une nouvelle course qui viendrait remplacer l’ancienne. Nous poursuivons l’histoire de la même épreuve, créée en 1970. Le Figaro, dans le nom de la course, ne désigne pas uniquement le bateau. Il renvoie à l’identité de l’événement, à son propriétaire Le Groupe Figaro, à son histoire et à tout ce qui a été construit depuis plus de cinquante ans. Il s’agit donc bien de la Solitaire du Figaro, avec une évolution de son support à partir de 2028."
Le Figaro Nautisme : OC Sport va-t-il malgré tout continuer à organiser des courses en Figaro Bénéteau ?
Hervé Favre : "L'évolution vers les Ocean Fifty interviendra à compter de 2028 afin de laisser à l'ensemble des acteurs le temps de préparer ce nouveau chapitre. L'édition 2027 de La Solitaire du Figaro Paprec se disputera en Figaro Bénéteau 3.
OC Sport reste engagé auprès de la filière Figaro. Nous organisons notamment en 2027 la Transat Paprec, qui relie Concarneau à Saint-Barthélemy et qui se dispute en Figaro Bénéteau, en double mixte. La prochaine édition est prévue l’année prochaine, au mois d’avril."
Le Figaro Nautisme : Que pourriez vous dire à ceux qui craigne de voir disparaître La Solitaire qu’ils ont connu ?
Hervé Favre : "Je leur dirais que cette évolution est précisément la condition pour permettre à La Solitaire du Figaro de poursuivre son histoire. Notre objectif n'a jamais été de tourner une page ou de renoncer à ce qui fait son identité. Au contraire, nous avons fait ce choix parce que nous sommes convaincus que c'est le meilleur moyen de préserver cette grande institution de la course au large française. Les fondamentaux demeurent inchangés : une course en solitaire, disputée par étapes et au temps, exigeante sportivement et profondément ancrée dans les territoires. En s'appuyant sur les Ocean Fifty, nous voulons lui donner les moyens de proposer un spectacle sportif, médiatique et populaire de tout premier plan, et de réinstaller durablement La Solitaire parmi les grands rendez-vous incontournables de la voile océanique pour les décennies à venir."
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