Après trois étapes particulièrement disputées entre Perros-Guirec, Vigo, Pornichet et Le Havre, la 57e Solitaire du Figaro Paprec a livré son verdict. Une édition marquée par une densité exceptionnelle, des conditions souvent exigeantes, des rebondissements permanents et un scénario final totalement relancé dans les dernières heures de course. Retour sur les principaux faits marquants de cette Solitaire 2026.

Nicolas Lunven, l’expérience l’emporte
Neuf ans après sa dernière participation, Nicolas Lunven a signé un retour remarquable. Toujours placé, jamais véritablement distancé, le skipper de PRB a fait parler son expérience pour décrocher un troisième succès dans l'épreuve après ses victoires de 2009 et 2017. Dans une course où chaque erreur se payait immédiatement, il a su rester dans le match jusqu'au bout avant de profiter du coup de théâtre de la dernière étape pour s'emparer définitivement du maillot jaune. À 42 ans, il rejoint le cercle très fermé des triples vainqueurs de La Solitaire.
Une bataille jusqu’au bout du suspens
Rarement le classement général aura semblé aussi ouvert. À l'issue de la deuxième étape, plusieurs skippers pouvaient encore prétendre à la victoire finale. Alexis Thomas (Wings of the Ocean), Paul Morvan (Foricher-French Touch), Loïs Berrehar (Banque Populaire), Tom Dolan (Kingspan) ou encore Nicolas Lunven (PRB) se sont rendus coup pour coup pendant près de deux semaines, offrant un suspense permanent aux suiveurs de la course.
Paul Morvan récompensé de sa régularité
Troisième du classement général, Paul Morvan a conclu sa Solitaire de la plus belle des manières en remportant la troisième et dernière étape au Havre. Souvent placé ces dernières saisons sans parvenir à concrétiser, le skipper de Foricher – French Touch décroche enfin sa première victoire d'étape et confirme son statut parmi les meilleurs figaristes de sa génération.
Paul Loiseau, révélation chez les bizuths
Pour sa première participation, Paul Loiseau (Région Bretagne - CMB Espoir) a impressionné par sa maturité. Premier bizuth et quatrième du classement général, il a régulièrement navigué au contact des meilleurs et s'impose déjà comme l'un des grands espoirs de la filière Figaro. En franchissant en première position la ligne d’arrivée au terme d’un incroyable match-race avec Nicolas Lunven, Paul Loiseau signe sa première victoire d’étape. Une prestation unique pour le jeune homme qui a désormais sur les épaules un titre d’outsider qu’il faudra concrétiser dans les prochaines années.
Désillusions
L'abandon cruel de Tom Dolan
C'est évidemment l'image forte de cette édition. Vainqueur de la première étape, leader du classement général avant l'ultime manche et encore en position de contrôler la course en arrivant à la chaussée de Sein, Tom Dolan a vu ses espoirs de doublé s'envoler après un échouement au large de l'île de Sein, entraînant son abandon. Un coup du sort qui a totalement rebattu les cartes du classement général alors qu'il semblait tenir son destin entre les mains.
Une hécatombe dans la dernière étape
La troisième manche entre Pornichet et Le Havre s'est révélée particulièrement éprouvante. Fatigue accumulée, longues heures de barre au près, sommeil quasi inexistant et conditions musclées ont eu raison de nombreux concurrents. Plusieurs abandons sont venus réduire la flotte dans une étape unanimement décrite comme l'une des plus difficiles de ces dernières années. De nombreux problèmes de voiles sont venus gâcher les espoirs de certains qui ont malheureusement été dans l’incapacité de réparer en mer. Dès la première étape, l’image forte est très certainement le démâtage de Marin Carnot (Fondation Jérôme Lejeune) au pied de Wolf Rock. Le talonnage de Paul Cousin (Région Normandie) au large de la côte espagnole et le démâtage d’Edouard Golbery (SOS Villages d’Enfants) viennent s’ajouter à la liste.
Des écarts parfois impossibles à combler
Dans une flotte extrêmement homogène, certains favoris ont payé très cher quelques mauvais placements stratégiques. Avec des écarts souvent réduits à quelques minutes, la moindre erreur tactique ou le moindre retard dû à un changement de voile a pu coûter plusieurs places au classement général. Une preuve supplémentaire du niveau exceptionnel affiché cette année.
Une édition qui restera dans les mémoires
Cette Solitaire du Figaro Paprec 2026 restera comme l'une des plus ouvertes et des plus exigeantes de la décennie. Entre le retour gagnant de Nicolas Lunven, le drame sportif vécu par Tom Dolan, la montée en puissance de la nouvelle génération et un suspense entretenu jusqu'aux derniers milles vers Le Havre, tous les ingrédients étaient réunis pour écrire une page marquante de l'histoire de l'épreuve.
Les derniers mots des marins
Oliver Hill (Nautica by Ollie Hill racing), Vainqueur du Trophée Vivi de l’étape 3 qui récompense le premier marin étranger
“ Je me sentais enfin très bien sur la première partie de la dernière étape. Le bateau avançait bien et j’ai retrouvé de la vitesse et de la confiance.Vers Starpoint je suis malheureusement parti au tas dans un grain, le bateau était couché, je suis resté dans cette position pas mal de temps, c'était le grand bazar à bord. Le vent devenait de plus en plus fort, ça ne s'arrêtait jamais. La Solitaire est vraiment difficile, le sommeil impératif et quand tu ne barres pas, la performance n’est plus aussi bonne que cela. Il faut être dessus tout le temps”.
Arthur Meurisse (Kiloutou)
“Elle n’ a pas été simple cette Solitaire. Beau départ de Pornichet puis nous avons été bloqués dans la dorsale avec des vents erratiques. J’ai opté pour une trajectoire qui n’était pas la bonne et j’ai eu un bon wagon de retard. Il a ensuite fallu cravacher pour revenir. J’ai pu recoller au raz de Sein et j’étais plutôt à l’aise sous spi jusqu’aux problèmes, une cocotte dans le grand spi, puis j’ai tardé à envoyer le petit spi et le gennaker ensuite. J’ai réussi à le tenir assez longtemps mais je sentais bien que le bateau souffrait. J’ai voulu naviguer en bon marin, il a fallu que j’affale mais nous avons eu un bon grain à 40 nœuds au niveau d’Eddystone avec un mer dantesque. J’ai pris mon courage à deux mains quitte à perdre le spi et j’ai affalé tout ça. Il y avait vraiment urgence et quelques minutes après j’ai entendu le démâtage d’Edouard. J’ai ensuite préféré naviguer en bon marin et préserver le bateau en préservant mon gennaker qui était troué. Je souhaitais vraiment faire mieux sur cette solitaire. Mon moral a été touché mais demain sera meilleur. Toujours est-il que le chemin est encore long pour aller jouer devant. Je vais prendre du recul et revenir encore plus fort”.
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