Invasion de physalies : ces méduses toxiques qui forcent la fermeture des plages françaises
Avec leurs reflets bleu-violet et leur flotteur translucide, les physalies continuent de perturber les baignades sur la côte aquitaine. Après le Pays basque, leur présence s’est particulièrement renforcée dans les Landes ces derniers jours. Lundi 3 août, plusieurs plages ont de nouveau hissé le drapeau rouge, notamment à Vieux-Boucau et à Soustons, tandis que des spécimens étaient également signalés sur le sable ou dans l’eau dans plusieurs communes du littoral. Certaines interdictions ont été décidées indépendamment des conditions de mer : le danger venait cette fois directement de ces organismes marins aux longs filaments extrêmement urticants.
Les nageurs-sauveteurs adaptent la situation au cas par cas, selon le nombre de physalies observées et les échouages constatés. À Vieux-Boucau, la baignade avait déjà été interdite dès le mercredi 29 juillet après leur retour à proximité du rivage. Même échouée et apparemment desséchée, une physalie reste dangereuse : ses filaments peuvent encore provoquer une brûlure intense au simple contact. Les promeneurs sont donc invités à ne pas les toucher et à tenir les enfants comme les animaux à distance.
Surfeurs, baigneurs et sauveteurs figurent parmi les personnes exposées. Les piqûres laissent généralement de longues marques rouges comparables à des coups de fouet et peuvent entraîner une douleur très vive, voire des réactions plus importantes chez certaines victimes. Lorsque plusieurs personnes doivent être prises en charge simultanément, la fermeture de la baignade permet aussi aux équipes de secours de se consacrer aux blessés sans compromettre la surveillance de l’océan.
La physalie n’est pas une méduse, mais une colonie de polypes marins spécialisée dans diverses fonctions : flottaison, nutrition, reproduction… Son flotteur gélatineux peut atteindre 30 cm, et ses tentacules, invisibles depuis la surface, s’étirent parfois jusqu’à 20 mètres. Ces filaments libèrent une toxine très urticante, capable de provoquer douleurs intenses, éruptions cutanées, voire dans certains cas une détresse respiratoire.
Selon le Dr Magali Oliva-Labadie, cheffe du centre antipoison du CHU de Bordeaux, 8 à 10 % des piqûres entraînent des complications sérieuses. « Sept patients sur dix décrivent une douleur extrêmement forte, parfois pire qu’une colique néphrétique », précise-t-elle. Ces dernières semaines, quatre à cinq cas graves ont été recensés sur le littoral aquitain.
• Ne pas rincer à l’eau douce : cela activerait encore plus les cellules urticantes.
• Utiliser de l’eau de mer pour nettoyer la zone touchée.
• Ne pas frotter : cela pourrait aggraver la lésion.
• Retirer les tentacules restants avec une pince ou une carte rigide (jamais à mains nues).
• Consulter un médecin en cas de douleur persistante, d’éruption cutanée ou de malaise.
En cas de réaction allergique (gonflement, gêne respiratoire, choc), appelez immédiatement les secours (15 ou 112).
La prolifération des physalies sur les plages françaises s’explique principalement par la combinaison de vents marins et de courants chauds venus du sud, qui les poussent vers les côtes. Leur arrivée n’est pas inédite – des épisodes similaires avaient été observés en 2022 ou en 2018 – mais leur concentration cette année impressionne les spécialistes. Les conditions météorologiques de la fin juillet ont facilité leur échouage massif, rendant certains secteurs littoraux particulièrement dangereux.
Les sauveteurs, qui redoublent de vigilance, n’ont pas hésité à hisser le drapeau rouge sur les plages concernées. La baignade est strictement interdite jusqu’à nouvel ordre. En cas de contact, les secours recommandent de ne pas rincer à l’eau douce, qui aggraverait la douleur, mais à l’eau de mer, et de consulter rapidement un médecin si les symptômes persistent.
Les physalies vivent habituellement dans les eaux tropicales des Caraïbes et du golfe du Mexique. Poussées par les vents et les courants chauds du Gulf Stream, elles s’échouent parfois sur nos côtes. L’épisode actuel concerne tout le sud du golfe de Gascogne, des Asturies au nord des Landes. « Ce n’est pas exceptionnel », nuance Elvire Antajan, chercheuse à l’Ifremer. « Ce sont les vents de fin juin à mi-juillet qui les ont rabattues. »
Le réchauffement climatique est-il en cause ? Trop tôt pour l’affirmer, selon la chercheuse : « Il faudrait davantage d’analyses sur la récurrence des vents et leur lien éventuel avec le climat. » L’apparition de nombreuses physalies juvéniles cette année interroge aussi les scientifiques, leur cycle de reproduction restant encore mal compris.
Bonne nouvelle toutefois : un changement de vent pourrait à nouveau les éloigner du littoral dans les prochains jours.
Spectaculaires mais redoutables, les physalies rappellent que la mer peut réserver quelques surprises, même en plein été. Alors que les vacanciers se pressent sur les plages, la vigilance reste de mise face à ce visiteur venu du large. Un phénomène aussi fascinant que piquant.
