Une microalgue tropicale gagne du terrain sur la côte basque : faut-il s'inquiéter ?
Les vacances d'été riment généralement avec baignade et embruns marins. Cette année, sur une partie de la côte basque, ils peuvent aussi transporter des toxines invisibles. Depuis la fin du mois de juin, plusieurs plages de Biarritz, Guéthary ou encore Bidart ont été placées sous surveillance, voire temporairement fermées, en raison de fortes concentrations d'Ostreopsis ovata, une microalgue microscopique capable d'affecter la santé humaine.
Originaire des zones tropicales et subtropicales, Ostreopsis ovata est apparue en Méditerranée il y a une vingtaine d'années avant de gagner progressivement le littoral atlantique. Sa première prolifération d'ampleur sur la côte basque remonte à l'été 2021. Depuis, les épisodes deviennent plus fréquents et plus intenses. Son développement est étroitement lié aux conditions environnementales. Cette microalgue affectionne les eaux calmes, les zones rocheuses et surtout les températures supérieures à 20 °C. Avec des printemps de plus en plus précoces et des étés toujours plus chauds, les conditions favorables à sa prolifération s'étendent dans le temps et dans l'espace.
Ce phénomène illustre une conséquence concrète du réchauffement climatique : certaines espèces marines, autrefois limitées aux latitudes plus chaudes, trouvent désormais sur les côtes françaises un environnement propice à leur installation.
Contrairement aux idées reçues, il n'est même pas nécessaire de se baigner pour être exposé. La principale voie de contamination est l'inhalation des embruns marins, dans lesquels les toxines produites par l'algue peuvent être transportées par le vent. Il suffit parfois de marcher sur la plage ou de pratiquer une activité nautique à proximité du rivage pour développer des symptômes. Les personnes exposées peuvent ressentir une irritation de la gorge, une toux, une gêne respiratoire, des écoulements nasaux, des maux de tête, de la fièvre, des douleurs musculaires ou encore des éruptions cutanées. Plus rarement, des saignements de nez ou des nausées peuvent apparaître. Les symptômes surviennent généralement dans les heures qui suivent l'exposition et disparaissent spontanément en quelques jours.
Les personnes souffrant d'asthme ou de maladies respiratoires sont les plus vulnérables, tout comme les sauveteurs, moniteurs de surf ou professionnels travaillant quotidiennement en bord de mer. Face à cette menace émergente, les collectivités locales ont considérablement renforcé leur dispositif de surveillance. Des prélèvements réguliers sont réalisés sur plusieurs plages afin de mesurer la concentration d'Ostreopsis. Lorsque certains seuils sont dépassés, des niveaux d'alerte sont déclenchés pouvant conduire à l'interdiction temporaire de la baignade ou de certaines activités nautiques.
La Communauté d'agglomération du Pays basque diffuse également en temps réel les niveaux de vigilance afin que les habitants et les vacanciers puissent adapter leurs activités.
En période de prolifération, les autorités recommandent d'éviter les zones rocheuses où l'algue se développe préférentiellement, de se doucher rapidement après la baignade et de consulter un médecin si les symptômes persistent plus de quelques jours. Par précaution, il est également déconseillé de récolter des coquillages ou des produits de la mer dans les secteurs concernés. Un indice peut parfois trahir la présence de cette microalgue : un goût métallique ressenti dans la bouche après une exposition aux embruns. Mais ce signe n'est ni systématique, ni suffisant pour évaluer le risque.
Au-delà des fermetures ponctuelles de plages, l'installation progressive d'Ostreopsis ovata témoigne des transformations en cours dans les écosystèmes marins français. L'augmentation de la température de l'eau favorise déjà le déplacement de nombreuses espèces vers le nord. Cette microalgue en est une illustration particulièrement visible, avec des conséquences directes sur la santé publique et les activités touristiques. Si les épisodes restent localisés et généralement sans gravité, leur répétition interroge sur l'évolution future du littoral français dans un contexte de réchauffement continu des océans. Un phénomène encore marginal il y a quelques années, mais qui pourrait devenir un rendez-vous estival de plus en plus fréquent.
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Crédit photo de couverture : Illustration AdobeStock - lamax