Slow travel maritime : ferries et voiliers, la tendance qui remplace l’avion cet été

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Cet été, le voyage prend le large. Face aux aéroports saturés, aux vols express et à l’envie croissante de vacances plus douces, ferries et voiliers séduisent une nouvelle génération de voyageurs en quête de temps, d’horizon et d’expérience. De la Corse aux Baléares, de la Croatie aux îles grecques, le trajet redevient une partie du séjour. Une manière de partir autrement, moins vite peut-être, mais avec le sentiment précieux d’avoir déjà commencé les vacances dès l’embarquement.

Prendre la mer plutôt que les airs 

Et si le vrai départ en vacances ne commençait plus à l’aéroport, entre files d’attente, contrôles de sécurité et valises cabines chronométrées, mais sur un quai, face à la mer, au moment où le ferry largue les amarres ou quand le voilier quitte doucement le port ? Cet été, une autre manière de voyager s’impose peu à peu dans les envies des vacanciers : le slow travel maritime. Moins pressé, plus sensoriel, souvent plus dépaysant, il remet le trajet au cœur de l’aventure.

La tendance n’est pas totalement nouvelle, mais elle prend une ampleur particulière en 2026. Le slow travel s’impose désormais comme une façon de voyager davantage tournée vers l’expérience, les séjours plus longs et la découverte progressive des territoires, loin du tourisme express et des itinéraires à cocher en quelques jours. Dans ce mouvement, la mer a une longueur d’avance. Elle impose naturellement son rythme. On ne traverse pas la Méditerranée comme on prend un vol intérieur. On regarde la côte s’éloigner, on sent le vent tourner, on voit la lumière changer. Le voyage n’est plus seulement un moyen d’arriver quelque part : il devient déjà une partie des vacances.

 

Le ferry, grand retour d’un voyage populaire et dépaysant

Longtemps perçu comme une solution pratique pour rejoindre la Corse, la Sardaigne, les Baléares, la Grèce ou les îles britanniques, le ferry retrouve une image beaucoup plus désirable. Il séduit à nouveau les familles, les voyageurs avec voiture, les cyclotouristes, mais aussi ceux qui veulent éviter l’avion sans renoncer aux horizons marins. Il faut dire que le ferry coche plusieurs cases très actuelles. Il permet d’embarquer avec davantage de bagages, parfois avec son véhicule, de voyager de nuit, de dormir en cabine, de prendre le temps d’une traversée et d’arriver directement sur une île ou dans un port. En Europe, le transport maritime de passagers reste d’ailleurs un acteur massif du tourisme : les ports de l’Union européenne ont comptabilisé 417,8 millions de passagers embarqués et débarqués en 2024.

Sur certaines lignes, cette dynamique se voit déjà. Brittany Ferries a par exemple transporté plus de 1,2 million de passagers entre juin et septembre 2025 sur ses routes, en hausse de 3 % par rapport à l’été précédent. Un signal intéressant : le ferry ne relève plus seulement du transport fonctionnel, il redevient un mode de vacances à part entière. À bord, l’imaginaire fonctionne immédiatement. Le pont extérieur au coucher du soleil, le petit déjeuner face au large, l’arrivée dans un port encore endormi, les enfants qui guettent la terre à l’horizon… Ce sont des détails simples, mais puissants. Là où l’avion comprime le voyage, le ferry le déroule.

 

Le voilier, version encore plus immersive du voyage lent

Plus confidentiel, mais de plus en plus recherché, le voyage à la voile pousse cette logique encore plus loin. Louer un voilier pour rejoindre plusieurs îles, embarquer avec skipper, participer à une croisière côtière, traverser une portion de littoral au rythme du vent : la voile donne au slow travel maritime sa version la plus pure.

Ici, impossible de tout contrôler. La météo décide, le vent impose ses choix, les mouillages remplacent les parkings d’hôtel et les escales se construisent au fil de l’eau. C’est précisément ce qui plaît à une nouvelle génération de voyageurs : vivre une expérience plus directe, plus sobre, plus proche des éléments.

La tendance gagne même les traversées entre pays. Entre Douvres et Boulogne-sur-Mer, la start-up britannique SailLink propose depuis 2025 une liaison transmanche à bord d’un catamaran à voile de 17 mètres, capable d’embarquer jusqu’à 12 passagers. La traversée dure environ 4 à 5 heures selon les conditions, avec une clientèle notamment composée de voyageurs à vélo et de personnes cherchant une alternative plus douce aux transports classiques. Ce type d’initiative reste encore marginal, mais il raconte bien l’époque. Le voilier n’est plus seulement associé au loisir ou à la croisière privée. Il redevient aussi, modestement, un moyen de déplacement. Une manière de relier deux rives autrement, en acceptant que la mer ne soit pas une simple ligne droite sur une carte.

 

Pourquoi l’avion perd un peu de son évidence

L’avion n’a évidemment pas disparu des vacances d’été. Il reste imbattable sur les longues distances, très compétitif sur certaines destinations et souvent plus simple à réserver. Mais il n’a plus tout à fait le même prestige. Entre les préoccupations environnementales, les aéroports saturés en haute saison, les bagages payants, les retards, les correspondances et l’envie de vacances moins stressantes, une partie des voyageurs cherche autre chose.

Le slow travel maritime répond à cette fatigue du voyage rapide. Il ne promet pas forcément d’aller moins cher ni plus vite. Il propose mieux : retrouver une forme de plaisir dans le déplacement. Là où l’avion transforme parfois le départ en épreuve logistique, le ferry ou le voilier réinstallent une continuité entre le trajet et le séjour. Cette évolution s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur le tourisme durable. L’Union européenne travaille actuellement sur une stratégie de tourisme durable visant notamment à mieux répartir les flux, soutenir les mobilités plus vertes et renforcer la résilience des destinations. Dans ce contexte, les itinéraires combinant train, ferry, vélo ou bateau de location trouvent naturellement leur place.

 

Une tendance, mais pas une solution miracle

Attention toutefois à ne pas idéaliser le sujet. Tous les ferries ne se valent pas sur le plan environnemental. La performance dépend du type de navire, de son âge, du carburant utilisé, du taux de remplissage, de la distance parcourue et du fait de voyager avec ou sans voiture. Les ferries restent aussi concernés par les émissions polluantes dans les villes portuaires, notamment lorsqu’ils utilisent des motorisations anciennes. Une analyse récente de Transport & Environment a d’ailleurs rappelé l’enjeu de modernisation et d’électrification des flottes européennes.

Le vrai changement se joue donc dans la manière de composer son voyage. Un trajet en train jusqu’au port, une traversée en ferry sans voiture, quelques jours à pied, à vélo ou en voilier une fois sur place : c’est cette combinaison qui donne tout son sens au slow travel maritime. Le bateau devient alors un maillon d’un voyage plus lent, plus cohérent, moins dépendant de l’avion et de la voiture individuelle. Pour les compagnies maritimes, le défi est clair : moderniser les navires, développer l’alimentation électrique à quai, proposer des horaires plus lisibles, faciliter les correspondances avec le train et mieux accueillir les voyageurs sans voiture. Pour les destinations, l’enjeu est tout aussi important : transformer l’arrivée par la mer en véritable expérience touristique, et pas seulement en débarquement.

 

Cet été, partir moins vite pour mieux arriver

Le succès du slow travel maritime tient finalement à une idée simple : les vacances ne commencent pas quand on arrive, mais quand on accepte de ralentir. Monter à bord d’un ferry pour la Corse, filer vers les Baléares, rejoindre la Grèce par la mer, louer un voilier en Croatie ou embarquer pour une traversée plus courte à la voile, c’est choisir une autre temporalité. On part peut-être moins vite, mais on arrive autrement. Avec le sentiment d’avoir traversé un espace, pas seulement une distance. Avec des images déjà plein la tête avant même la première baignade. Avec cette impression rare, presque oubliée, que le voyage a encore une épaisseur.

Cet été, le luxe n’est peut-être plus de gagner deux heures. Il est de les prendre. Sur le pont d’un ferry, dans le cockpit d’un voilier, face à l’horizon, le slow travel maritime rappelle une évidence : la mer n’est pas seulement une destination. C’est déjà le début de l’aventure.

 

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Crédit photo de couverture : Illustration AdobeStock - Goinyk

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.