El Niño : le Pacifique atteint des températures inédites et pourrait faire de 2026 l'année la plus chaude jamais enregistrée
Les chiffres donnent la mesure du phénomène. En septembre 2026, la température moyenne à la surface des océans, hors régions polaires, a atteint 21,05 °C, établissant un nouveau record pour ce mois. Le précédent, enregistré en septembre 2023, s'élevait à 20,92 °C.Mais c'est surtout dans le Pacifique tropical que les anomalies sont les plus spectaculaires. Dans la région dite « Niño 3.4 », une zone de référence située au centre de l'océan, la température de surface a grimpé jusqu'à 29,70 °C. Un niveau inédit, supérieur aux valeurs maximales relevées lors des puissants épisodes El Niño de 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016.
L'Agence météorologique japonaise (JMA) a également constaté une anomalie particulièrement importante, avec des eaux dépassant de 4 °C les normales saisonnières dans sa zone de référence. Un écart supérieur au précédent record de décembre 1997, établi à +3,6 °C. Ces observations témoignent de la puissance de l'épisode actuel, apparu en juin et qui pourrait encore s'intensifier au cours des prochains mois.
Et avant de partir en mer, ayez les bons réflexes en consultant la météo sur METEO CONSULT Marine et en téléchargeant l'application mobile gratuite Bloc Marine.
Derrière ces températures exceptionnelles se cache un mécanisme climatique bien connu des scientifiques. El Niño correspond à un réchauffement anormal des eaux de surface dans le centre et l'est du Pacifique équatorial, lié à une modification des vents et de la circulation océanique. Habituellement, les alizés poussent les eaux chaudes vers l'ouest du Pacifique, tandis que des eaux plus froides remontent des profondeurs près des côtes sud-américaines. Lors d'un épisode El Niño, ces vents s'affaiblissent, favorisant l'accumulation d'eaux chaudes dans le centre et l'est de l'océan.
Les conséquences dépassent largement les frontières du Pacifique. Ce bouleversement des échanges entre l'océan et l'atmosphère peut modifier les précipitations, accentuer certaines sécheresses, favoriser des pluies intenses et influencer les températures à l'échelle mondiale. L'épisode actuel pourrait figurer parmi les plus puissants jamais observés. Copernicus appelle toutefois à la prudence : les températures records ne suffisent pas, à elles seules, à établir qu'il s'agit du plus fort El Niño de l'histoire. Les scientifiques doivent également tenir compte du réchauffement de fond des océans, qui augmente les températures indépendamment de ce phénomène naturel.
L'inquiétude ne concerne pas uniquement les océans. El Niño contribue généralement à faire augmenter la température moyenne mondiale, avec un effet qui peut se prolonger plusieurs mois après son pic d'intensité. Selon l'Organisation météorologique mondiale (OMM), le phénomène pourrait atteindre son maximum en décembre. Mais ses effets pourraient déjà suffire à faire de 2026 une année historique. « Si nous suivons le schéma observé par le passé, nous pourrions connaître une année 2026 record, suivie d'une année 2027 record », a expliqué Carlo Buontempo, directeur du service Copernicus, à l'AFP. Cette perspective intervient alors que les températures mondiales restent particulièrement élevées. Septembre 2026 a été le deuxième mois de septembre le plus chaud jamais enregistré, avec une température moyenne supérieure de 1,63 °C à celle de la période préindustrielle.
Pour le deuxième mois consécutif, le réchauffement mondial a ainsi dépassé ponctuellement le seuil symbolique de 1,5 °C fixé comme objectif le plus ambitieux de l'Accord de Paris. Ce dépassement mensuel ne signifie pas que la limite climatique internationale a officiellement été franchie, celle-ci étant évaluée sur une période beaucoup plus longue. Il illustre néanmoins la rapidité avec laquelle la planète continue de se réchauffer.
Si le Pacifique concentre aujourd'hui les anomalies les plus impressionnantes, les conséquences du dérèglement climatique se font également sentir en Europe. Après un été particulièrement sec, le manque de précipitations s'est prolongé en septembre dans plusieurs régions du continent. La France, l'Italie, la péninsule ibérique, la Grèce et l'ouest des Balkans figurent parmi les territoires concernés.
Cette sécheresse persistante a provoqué une baisse exceptionnelle du débit de nombreux cours d'eau, compliquant directement les activités fluviales. En Allemagne, certaines portions du Rhin sont ainsi devenues quasiment impraticables à la navigation en raison de niveaux d'eau insuffisants. Une situation qui rappelle combien les variations climatiques peuvent affecter les transports maritimes et fluviaux, bien au-delà des seules régions tropicales.
Le précédent épisode El Niño avait déjà contribué aux températures exceptionnelles enregistrées en 2024, jusqu'alors l'année la plus chaude jamais observée. Avec le renforcement du phénomène actuel, les climatologues redoutent une nouvelle succession de records.
Mais El Niño n'explique pas, à lui seul, cette évolution. Il vient s'ajouter à une tendance de fond provoquée par les émissions humaines de gaz à effet de serre, qui réchauffent durablement l'atmosphère et les océans. Pour les écosystèmes marins, cette accumulation de chaleur constitue une pression supplémentaire. Les récifs coralliens, notamment, sont particulièrement sensibles aux températures élevées, tandis que les modifications des conditions océaniques peuvent perturber la répartition des espèces et les ressources halieutiques. Au-delà des records, c'est donc l'équilibre même des milieux marins qui est en jeu.
Pour Carlo Buontempo, le dépassement durable du seuil de 1,5 °C apparaît désormais comme « une question de temps ». Mais le directeur de Copernicus rappelle également que l'ampleur et la durée de ce dépassement dépendent encore des décisions prises pour limiter le réchauffement.
Alors que le Pacifique continue d'accumuler une chaleur exceptionnelle, les prochains mois seront déterminants pour mesurer la puissance réelle de cet épisode El Niño et son influence sur les températures mondiales de 2026 et 2027.