Les coquillages, ces architectes discrets qui font respirer les écosystèmes marins

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Souvent réduits à leur intérêt gastronomique ou à leur présence sur l’estran, les coquillages jouent pourtant un rôle écologique majeur dans les mers et les zones côtières. Huîtres, moules, palourdes, coques ou coquilles Saint-Jacques filtrent l’eau, stabilisent les fonds, nourrissent de nombreuses espèces et participent à l’équilibre fragile des écosystèmes marins.

Souvent réduits à leur intérêt gastronomique ou à leur présence sur l’estran, les coquillages jouent pourtant un rôle écologique majeur dans les mers et les zones côtières. Huîtres, moules, palourdes, coques ou coquilles Saint-Jacques filtrent l’eau, stabilisent les fonds, nourrissent de nombreuses espèces et participent à l’équilibre fragile des écosystèmes marins.

© AdobeStock

Des filtres vivants au cœur des eaux côtières

Dans les baies, les estuaires, les lagunes et les zones rocheuses, les coquillages ne se contentent pas d’occuper l’espace. Ils travaillent en permanence. Les bivalves, comme les huîtres, les moules, les coques ou les palourdes, se nourrissent en filtrant l’eau. En captant le phytoplancton, les particules organiques et certains éléments en suspension, ils contribuent à clarifier le milieu. Ce rôle de filtration est essentiel dans les zones côtières, souvent soumises aux apports des fleuves, aux ruissellements agricoles, aux rejets urbains et à la pression touristique. Une eau moins chargée laisse davantage passer la lumière, ce qui favorise le développement des herbiers marins et d’autres végétaux aquatiques. Ces habitats servent ensuite de refuge, de nurserie et de garde-manger à une multitude d’espèces.
Les coquillages ne « nettoient » pas la mer au sens magique du terme. Ils ne remplacent ni l’assainissement, ni la réduction des pollutions à la source. Mais ils participent à une mécanique naturelle de régulation, surtout lorsque les populations sont abondantes et les milieux encore en bon état.


Des habitats pour toute une vie marine

Certains coquillages sont de véritables bâtisseurs. Les récifs d’huîtres ou les bancs de moules créent des structures en relief dans des milieux parfois dominés par le sable ou la vase. Cette architecture change tout. Là où le fond était plat, un enchevêtrement de coquilles, d’anfractuosités et de surfaces dures apparaît. De petits crustacés, des vers marins, des poissons juvéniles, des algues et de nombreux invertébrés viennent s’y installer. Ces récifs jouent un rôle comparable, dans les eaux tempérées, à celui d’autres habitats structurants. Ils augmentent la complexité du fond marin et offrent des abris contre les prédateurs ou les courants. Pour beaucoup d’espèces, ces zones deviennent des lieux de croissance avant de rejoindre des milieux plus ouverts.
La coquille vide garde elle aussi une valeur écologique. Même après la mort de l’animal, elle peut servir de support à de nouvelles larves, de refuge à de petits organismes ou de matériau naturel qui stabilise le sédiment. Dans un écosystème marin, rien ne disparaît vraiment : chaque coquille peut devenir une pièce d’un habitat plus vaste.


Un maillon important de la chaîne alimentaire

Les coquillages occupent une place centrale dans la chaîne alimentaire. Ils consomment des particules microscopiques et rendent cette énergie disponible pour des animaux plus grands. Crabes, étoiles de mer, poissons, oiseaux marins et mammifères côtiers peuvent s’en nourrir directement ou profiter des espèces qui vivent autour de leurs bancs. Ce rôle de relais est précieux. Les coquillages transforment une partie de la production microscopique de l’océan en biomasse accessible à de nombreux prédateurs. Ils relient ainsi le monde invisible du plancton à celui des espèces plus visibles des côtes et des petits fonds.
Dans les estuaires et les baies, cette fonction est particulièrement importante, car ces milieux sont parmi les plus productifs de la planète. Ils concentrent les nutriments, les juvéniles de poissons, les oiseaux migrateurs et de nombreux usages humains. Lorsque les coquillages disparaissent, c’est une partie de cette organisation biologique qui se défait.


Des alliés contre l’érosion et les excès de nutriments

Les récifs de coquillages peuvent aussi jouer un rôle physique. En formant des reliefs naturels, certains bancs d’huîtres ou de moules atténuent l’énergie des vagues et des courants. Ils ne constituent pas une digue, mais ils peuvent participer à la protection des rivages, limiter l’érosion locale et favoriser le dépôt de sédiments dans certaines zones abritées.
Leur rôle dans le cycle des nutriments est tout aussi important. En filtrant l’eau puis en rejetant des biodépôts vers le fond, les bivalves déplacent une partie de la matière organique de la colonne d’eau vers les sédiments. Ce processus influence l’azote, le phosphore et le carbone. Dans certains milieux trop enrichis, les coquillages peuvent donc contribuer à réduire les déséquilibres qui favorisent les proliférations d’algues.
Il faut toutefois rester précis. Les coquillages ne sont pas une solution miracle face à l’eutrophisation, ni un outil capable d’absorber n’importe quel excès. Leur efficacité dépend de la densité des populations, de la circulation de l’eau, de la qualité du milieu, de la température et de la pression humaine. Bien gérés, ils peuvent renforcer la résilience d’un écosystème. Mal compris, ils risquent au contraire d’être surestimés.


Des sentinelles de l’état de la mer

Parce qu’ils filtrent l’eau et restent souvent fixés ou peu mobiles, les coquillages sont aussi de précieux indicateurs de l’état du milieu marin. Leur croissance, leur mortalité, leur reproduction ou leur contamination révèlent beaucoup de choses sur la qualité de l’eau, la présence de polluants, les variations de salinité ou les effets des épisodes de chaleur marine.
Cette fonction de sentinelle explique pourquoi les coquillages sont suivis de près dans de nombreuses zones littorales. Une mortalité inhabituelle, une baisse du recrutement des jeunes individus ou une accumulation de contaminants peuvent signaler un déséquilibre plus large. Leur fragilité devient alors un message envoyé par l’écosystème.
Avec le réchauffement des eaux, l’acidification, les maladies, les espèces invasives et la pression sur les habitats côtiers, ce message devient de plus en plus important. Les coquillages vivent précisément dans les zones où la mer et les activités humaines se rencontrent le plus intensément.


Des écosystèmes à restaurer, pas seulement des ressources à exploiter

Pendant longtemps, les coquillages ont surtout été vus comme une ressource : à pêcher, à cultiver, à vendre, à consommer. Cette vision reste importante pour les territoires littoraux, mais elle ne suffit plus. Les huîtres, les moules ou les palourdes ne sont pas seulement des produits de la mer. Ce sont aussi des espèces qui structurent les paysages sous marins et soutiennent une partie de la biodiversité côtière.
C’est pourquoi plusieurs programmes de restauration de récifs d’huîtres ou de bancs coquilliers se développent dans le monde. L’objectif n’est pas seulement de produire davantage, mais de reconstruire des habitats perdus, de relancer la filtration naturelle, de renforcer les nurseries à poissons et de redonner de la complexité aux fonds marins.
Cette approche marque un changement de regard. Restaurer des coquillages, ce n’est pas simplement remettre des animaux dans l’eau. C’est essayer de réactiver une fonction écologique complète, avec ses interactions, ses bénéfices et ses limites.


Des petits organismes pour de grands équilibres

Les coquillages rappellent une vérité simple : dans l’océan, les espèces les plus discrètes sont souvent parmi les plus utiles. Sans bruit, elles filtrent, construisent, nourrissent, recyclent et protègent. Elles participent à la clarté de l’eau, à la richesse des fonds, à la stabilité des rivages et à la vitalité de nombreuses chaînes alimentaires.
Leur rôle écologique oblige à dépasser l’image du coquillage ramassé sur la plage ou servi dans une assiette. Dans les écosystèmes marins, une huître, une moule ou une palourde peut être bien plus qu’un animal isolé. C’est un maillon vivant d’un ensemble complexe, un petit acteur d’un grand équilibre côtier.
Protéger les coquillages, leurs habitats et la qualité de l’eau qui les fait vivre revient donc à protéger une partie invisible mais essentielle du fonctionnement de la mer.

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.