Les marées rouges : pourquoi la mer change-t-elle parfois de couleur et devient-elle toxique ?

Culture nautique
Charline David
Par Charline David

Imaginez une plage bordée d'une mer rouge sang, des vagues teintées de brun ou une baie entière qui prend soudainement une couleur inhabituelle. Aussi spectaculaire qu'inquiétant, ce phénomène porte un nom : les marées rouges. Derrière ces eaux aux couleurs surprenantes se cache une prolifération d'organismes microscopiques qui peut, dans certains cas, représenter un véritable danger pour la faune marine et la santé humaine. Mais comment expliquer ce phénomène et pourquoi certaines marées rouges sont-elles toxiques ?

Imaginez une plage bordée d'une mer rouge sang, des vagues teintées de brun ou une baie entière qui prend soudainement une couleur inhabituelle. Aussi spectaculaire qu'inquiétant, ce phénomène porte un nom : les marées rouges. Derrière ces eaux aux couleurs surprenantes se cache une prolifération d'organismes microscopiques qui peut, dans certains cas, représenter un véritable danger pour la faune marine et la santé humaine. Mais comment expliquer ce phénomène et pourquoi certaines marées rouges sont-elles toxiques ?

© AdobeStock - ALE BARBIERI

Pourquoi la mer devient-elle rouge ?

Contrairement à ce que leur nom pourrait laisser penser, les marées rouges n'ont pas grand-chose à voir avec le mouvement des marées. Elles résultent principalement de la multiplication rapide de certaines espèces de microalgues présentes naturellement dans les océans. Invisibles à l'œil nu lorsqu'elles sont peu nombreuses, ces organismes peuvent atteindre des concentrations impressionnantes lorsque les conditions environnementales leur sont favorables. Ce phénomène, appelé efflorescence algale ou « bloom », peut alors transformer radicalement l'apparence de l'eau. Selon les espèces de microalgues et les pigments qu'elles contiennent, la mer peut prendre des teintes rouges, orangées, brunes ou verdâtres. Certaines proliférations sont si importantes qu'elles deviennent visibles depuis l'espace.

Plusieurs facteurs favorisent leur développement : une température de l'eau adaptée à l'espèce, un ensoleillement suffisant, des nutriments disponibles et des conditions marines permettant aux organismes de se concentrer. Les baies, les lagunes et certaines zones côtières peuvent ainsi réunir les conditions nécessaires à ces proliférations spectaculaires. Mais attention, une mer rouge n'est pas forcément une mer dangereuse. Toutes les microalgues responsables de ces colorations ne produisent pas de toxines. À l'inverse, certaines espèces toxiques peuvent être présentes sans modifier visiblement la couleur de l'eau.

Quand un phénomène naturel devient un danger pour la vie marine

Si les microalgues jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes marins, leur prolifération excessive peut parfois avoir des conséquences dramatiques. Certaines espèces produisent des substances toxiques capables d'affecter les poissons, les coquillages, les oiseaux et même les mammifères marins. Les poissons peuvent notamment être victimes de toxines ou de lésions des branchies provoquées par certaines microalgues. Dans d'autres situations, c'est le manque d'oxygène qui devient fatal. Lorsque les organismes microscopiques meurent et se décomposent, les bactéries chargées de les dégrader consomment une grande quantité d'oxygène dissous dans l'eau. Les poissons et d'autres animaux marins peuvent alors se retrouver dans un milieu où ils ne parviennent plus à respirer correctement.

Les conséquences peuvent être particulièrement impressionnantes, avec des milliers de poissons retrouvés morts sur les plages ou flottant à la surface. Les oiseaux marins et les mammifères ne sont pas épargnés : certaines toxines peuvent se transmettre tout au long de la chaîne alimentaire, notamment lorsque les animaux consomment des proies contaminées.

Des coquillages contaminés, même lorsque l'eau paraît normale

L'un des principaux dangers des microalgues toxiques réside dans leur capacité à contaminer les coquillages. Les moules, les huîtres, les palourdes ou encore les coquilles Saint-Jacques filtrent naturellement de grandes quantités d'eau pour se nourrir. Lorsque des microalgues productrices de toxines sont présentes, ces substances peuvent progressivement s'accumuler dans leurs tissus. Le problème, c'est qu'un coquillage contaminé ne présente pas nécessairement de signe visible. Son apparence, son odeur et son goût peuvent rester parfaitement normaux, alors même que sa consommation représente un risque pour la santé.

Selon les toxines en cause, les intoxications peuvent provoquer des troubles digestifs, des symptômes neurologiques et, dans les cas les plus graves, des paralysies ou des troubles de la mémoire. Autre particularité inquiétante : certaines toxines résistent à la cuisson. Faire bouillir des moules ou cuire des palourdes ne garantit donc pas leur innocuité. C'est pourquoi les autorités sanitaires surveillent régulièrement les zones de production conchylicole et peuvent interdire temporairement la récolte ou la commercialisation des coquillages lorsque des concentrations dangereuses sont détectées.

En Floride, des marées rouges qui perturbent jusqu'à l'air du littoral

Certaines régions du monde sont particulièrement connues pour leurs épisodes de marées rouges. C'est notamment le cas du golfe du Mexique, sur les côtes de Floride, où une microalgue appelée Karenia brevis peut provoquer d'importantes proliférations. Cette espèce produit des substances toxiques, les brévétoxines, susceptibles de provoquer des mortalités de poissons et d'affecter d'autres animaux marins. Mais sa particularité est ailleurs : sous l'action des vagues et des embruns, certaines toxines peuvent également se retrouver dans l'air à proximité des plages.

Les personnes présentes sur le littoral peuvent alors ressentir une irritation des yeux, de la gorge ou des voies respiratoires. Les individus souffrant d'asthme ou de problèmes respiratoires sont particulièrement sensibles à ces épisodes. Les marées rouges floridiennes illustrent ainsi toute la complexité du phénomène. Leurs conséquences ne se limitent pas à la couleur de l'eau ou à la mortalité des poissons : elles peuvent également perturber la fréquentation des plages, les activités touristiques et la pêche locale.

Le réchauffement climatique favorise-t-il les marées rouges ?

Les marées rouges ne sont pas un phénomène nouveau. Des proliférations de microalgues existent naturellement depuis des siècles et ont été observées bien avant l'industrialisation. Cependant, les scientifiques s'intéressent de près à l'influence des activités humaines sur leur fréquence, leur intensité et leur répartition géographique. Le réchauffement des océans peut notamment créer des conditions favorables au développement de certaines espèces de phytoplancton. L'augmentation des températures, la modification des courants et les changements dans la circulation des masses d'eau peuvent ainsi transformer les zones et les périodes propices aux proliférations.

À cela s'ajoute la pollution côtière. Les engrais agricoles, les eaux usées et les rejets riches en azote ou en phosphore apportent des nutriments qui peuvent stimuler le développement de certaines microalgues. Dans les baies et les lagunes où les eaux se renouvellent lentement, ces apports peuvent contribuer à déséquilibrer les écosystèmes. Pour autant, toutes les marées rouges ne deviennent pas plus fréquentes partout. Les effets du changement climatique varient selon les espèces et les régions, ce qui rend leur évolution particulièrement difficile à prévoir.

Les côtes françaises sont-elles également concernées ?

Si les marées rouges évoquent souvent les eaux de Floride ou d'autres régions tropicales, les côtes françaises connaissent elles aussi des proliférations de microalgues, parfois toxiques. De l'Atlantique à la Méditerranée, différentes espèces peuvent se développer dans les eaux littorales. Certaines provoquent des colorations spectaculaires, tandis que d'autres, beaucoup moins visibles, peuvent entraîner des restrictions de pêche ou de commercialisation des coquillages.

En France, l'Ifremer participe à la surveillance de ces phénomènes grâce à des réseaux d'observation du phytoplancton et des phycotoxines. Des prélèvements réguliers permettent de détecter la présence d'espèces potentiellement dangereuses et d'identifier les toxines susceptibles de contaminer les produits de la mer. Pour les pêcheurs à pied, les plaisanciers et les vacanciers, une eau anormalement colorée doit inciter à la prudence, particulièrement lorsqu'elle s'accompagne d'une odeur inhabituelle, de mousse ou de mortalités de poissons. Il est alors préférable d'éviter le contact avec l'eau et de consulter les informations diffusées par les autorités locales. Il faut néanmoins distinguer les risques : la présence de toxines dans les coquillages n'implique pas automatiquement une interdiction de baignade. Chaque situation fait l'objet d'une évaluation spécifique.

Un phénomène spectaculaire qui rappelle la fragilité des océans

Derrière leurs couleurs parfois fascinantes, les marées rouges révèlent toute la complexité des écosystèmes marins. Le phytoplancton, indispensable à la vie océanique, peut aussi devenir une menace lorsque certaines espèces prolifèrent de manière excessive ou produisent des substances toxiques. Ces épisodes rappellent surtout que l'équilibre des milieux marins dépend d'une multitude de facteurs, depuis la température de l'eau jusqu'aux apports de nutriments en provenance des terres. Et si une mer rouge attire immédiatement l'attention, les dangers les plus importants ne sont pas toujours visibles à l'œil nu.

Un phénomène naturel aussi fascinant que préoccupant, qui souligne l'importance de la surveillance scientifique et de la préservation de la qualité des eaux littorales.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.