Installée à Porquerolles depuis l’enfance, Ivrith Valli a grandi avec la voile comme terrain d’apprentissage, de compétition puis de transmission. Après plusieurs années de navigation à haut niveau, du dériveur au catamaran à foils, elle a choisi de créer sa propre école de voile sur l’île. Une manière pour elle de rendre accessible ce lien intime à la mer, en particulier aux enfants, tout en défendant une pratique exigeante, joyeuse et profondément respectueuse du milieu marin.

Figaro Nautisme : Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours dans le nautisme ?
Ivrith Valli : "Je suis originaire de Suisse, mais je suis arrivée à Porquerolles lorsque j’avais 7 ans. Très vite, la voile est entrée dans ma vie. À l’école primaire de l’île, c’était même le sport de référence. J’ai donc commencé très jeune, puis j’ai poursuivi cette pratique au collège, au lycée et à l’université.
J’ai ensuite connu une période de haut niveau, avec plusieurs années de voile en compétition. J’ai navigué sur différents supports : du Laser, du kite, du Nacra 17, qui est un catamaran à foils, mais aussi sur des bateaux IRC, c’est-à-dire des voiliers de course conçus pour la régate. J’ai évolué à des niveaux européens et internationaux selon les supports.
À côté de cela, j’ai aussi beaucoup navigué en convoyage. J’ai notamment traversé l’Atlantique, et j’ai également navigué dans le Pacifique avec des amies. J’ai donc eu la chance de multiplier les expériences, les plans d’eau et les manières de naviguer.
Mais, depuis longtemps, j’avais un rêve très précis : ouvrir une école de voile à Porquerolles. C’est ce que j’ai fait il y a maintenant six ans. Au départ, mon idée était surtout de proposer une activité aux enfants de l’île. Nous avons ici un terrain de jeu exceptionnel, mais il n’existait pas vraiment de structure pour leur permettre d’en profiter pleinement."
Figaro Nautisme : Vous avez pratiqué la voile en compétition. Qu’est-ce que cette période vous a apporté ?
Ivrith Valli : "La compétition m’a beaucoup structurée. Elle m’a apporté de la rigueur, une exigence dans la préparation, une certaine discipline et un rapport très précis au matériel, au bateau, aux conditions. Dans la voile de haut niveau, rien n’est laissé au hasard. Il faut apprendre à anticiper, à observer, à comprendre très vite ce qui se passe autour de soi.
Ce sont des choses qui me servent encore aujourd’hui. Lorsque l’on crée et que l’on gère une structure nautique, on retrouve cette nécessité d’être organisée, fiable, rigoureuse. La compétition m’a donné une forme de professionnalisme qui m’accompagne dans mon métier actuel."

Figaro Nautisme : Pourquoi avoir arrêté la compétition ?
Ivrith Valli : "J’ai dû arrêter pour une raison médicale. J’ai eu une tumeur sur une cervicale, ce qui m’a obligée à mettre de côté les sports avec trop d’impact. Aujourd’hui, je navigue davantage sur de gros bateaux, où les contraintes physiques sont différentes. Il y a moins d’impact direct, mais énormément de stratégie, ce qui me plaît aussi beaucoup.
Et puis, au-delà de cette contrainte médicale, j’avais envie de construire autre chose. L’école de voile était un vrai projet professionnel, mais aussi personnel. J’avais envie de passer davantage du côté de la transmission.
Figaro Nautisme : Quand on passe de pratiquante à monitrice, qu’est-ce qui change dans le rapport à la mer et au bateau ?
Ivrith Valli : Dans mon rapport à la mer, pas tant de choses que cela. Ce lien reste très fort. La mer continue d’occuper une place centrale dans ma vie. Ce qui a changé, c’est surtout le cadre. Avant, je voyageais beaucoup pour naviguer. Aujourd’hui, je suis davantage concentrée autour de Porquerolles et de ses environs.
Mais c’est un cadre magnifique, donc je ne peux pas dire que j’y ai perdu. Au contraire, je crois que la transmission a encore enrichi ma manière de vivre la voile. Voir quelqu’un découvrir ses premières sensations sur un bateau, comprendre le vent, prendre confiance, c’est extrêmement gratifiant. Ce que j’ai vécu avant, en compétition ou en navigation hauturière, nourrit aussi ma manière d’enseigner. Je ne transmets pas seulement une technique. J’essaie de transmettre une attitude : regarder, anticiper, respecter les éléments, ne jamais banaliser la mer."

Figaro Nautisme : Dans l’apprentissage de la voile, quelle est selon vous la première chose essentielle à comprendre pour progresser ?
Ivrith Valli : "La première chose, c’est le vent. Comprendre d’où il vient, comment il agit sur le bateau, comment on se positionne par rapport à lui. C’est vraiment la base de tout.
Ensuite, il faut apprendre à diriger son bateau, à réagir, à manœuvrer, mais toujours en gardant une approche progressive. J’essaie d’orienter mes cours de manière assez ludique, parce que l’apprentissage doit rester agréable. Mais cela ne veut pas dire qu’il doit être approximatif. Il y a aussi des notions météo à intégrer, des bases techniques et, bien sûr, la sécurité. Pour moi, c’est indispensable. La voile doit rester un plaisir, mais un plaisir encadré, construit sur des repères solides."
Figaro Nautisme : Quelles sont les erreurs les plus fréquentes chez les débutants ?
Ivrith Valli : "Beaucoup de débutants ont tendance à vouloir aller trop vite. Certains veulent rapidement naviguer dans des conditions plus fortes, ou pensent qu’ils peuvent brûler les étapes. Or la voile demande de la patience. Il faut accepter de commencer par des choses simples, mais fondamentales.
Comprendre le vent, sentir le bateau, savoir où l’on se trouve sur l’eau, observer les autres, anticiper une rafale ou un changement de direction : ce sont des apprentissages essentiels. La progression vient avec la répétition, mais aussi avec l’humilité. Mon rôle, c’est parfois de freiner un peu les envies de grand large ou de sensations immédiates, pour poser de vraies bases. C’est ce qui permet ensuite de prendre du plaisir durablement et de naviguer en sécurité."
Figaro Nautisme : La météo est centrale dans les activités nautiques. Quels sont les éléments que vous regardez systématiquement avant de décider de sortir en mer ?
Ivrith Valli : "Je regarde d’abord les prévisions météo dans leur ensemble, notamment les différents fichiers de MÉTÉO CONSULT, que je consulte avant mes sorties. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas seulement la condition à l’instant T, mais l’évolution sur toute la journée. Le vent peut monter, tourner, la mer peut changer. Il faut donc anticiper. Je m’appuie sur les conditions prévues en mer, la force et la direction du vent, et leur évolution au fil des heures. Ensuite, j’adapte les horaires de cours en fonction du niveau et de l’âge des pratiquants. On ne choisit pas le même créneau pour de jeunes enfants, pour des adultes débutants ou pour des personnes déjà plus à l’aise.
Avant chaque sortie, j’ai aussi une routine très stricte de vérification du matériel. Je contrôle l’ensemble de la flotte, dans le détail, pour m’assurer qu’aucune pièce n’est abîmée ou susceptible de poser problème. La sécurité commence là : dans la météo, mais aussi dans la préparation du bateau."

Figaro Nautisme : Comment est constituée aujourd’hui votre école de voile ?
Ivrith Valli : "J’ai commencé à Porquerolles avec un seul petit catamaran. Puis, au fil des années, j’ai progressivement développé la flotte. Aujourd’hui, mon support principal, ce sont les Hobie Cat 15. C’est un bateau que j’aime beaucoup, parce qu’il convient aussi bien aux enfants qu’aux adultes.
Avec des enfants à partir de 6 ans, accompagnés par un moniteur et en petits groupes, c’est un support très intéressant. Pour les adultes, notamment en cours particulier, c’est aussi un bateau très agréable, surtout lorsque les conditions permettent de vraiment ressentir le bateau. J’ai également développé une activité autour du wingfoil, avec le matériel nécessaire, ainsi qu’un Zodiac d’encadrement. À cela s’ajoutent des kayaks, des paddles et d’autres supports nautiques. Depuis deux ans, je travaille aussi avec des structures rattachées aux Belambra Clubs sur la presqu’île de Giens. Deux grands centres disposent de bases nautiques, et j’ai été sélectionnée comme prestataire pour les exploiter. Cela m’a permis d’élargir mon activité tout en gardant le même esprit : proposer une pratique accessible, sérieuse et adaptée aux publics."
Figaro Nautisme : Avez-vous l’ambition d’ouvrir d’autres structures ?
Ivrith Valli : "Pas spécialement. Mon objectif principal reste Porquerolles. Depuis petite, je rêve d’une vraie structure sur l’île, notamment sur la plage de la Courtade. Lorsque j’ai créé mon école de voile, c’était aussi avec cette idée en tête : pouvoir un jour récupérer ou exploiter cette base nautique. Un appel à candidature avait été lancé il y a quelques années, mais je ne l’avais pas obtenu. Aujourd’hui, j’espère pouvoir me positionner à nouveau si un nouvel appel d’offres, un appel à candidature ou une convention est mis en place.
Les bases sur la presqu’île de Giens se sont développées parce que j’avais besoin de faire grandir mon activité. Mais mon objectif de fond reste Porquerolles. Je n’ai pas nécessairement envie de multiplier les structures. J’ai déjà beaucoup à gérer. Ce que je souhaite, c’est consolider ce que j’ai construit, professionnaliser encore davantage l’activité sur l’île et disposer d’un vrai lieu de travail.
Aujourd’hui, j’ai notamment un point vers le Langoustier, et des bateaux sur la plage de la Courtade, avec un petit cabanon pour les gilets et les voiles. Mais l’idée serait d’avoir une base plus complète, plus adaptée, pour accueillir les pratiquants dans de meilleures conditions."
Figaro Nautisme : Vous encadrez des enfants comme des adultes. Transmet-on la voile de la même manière selon l’âge et le niveau ?
Ivrith Valli : "Non, l’approche n’est pas la même. Avec les enfants, il faut passer par le jeu, par l’expérience directe, par l’émerveillement. Je ne cherche pas à les amener vers la compétition. L’idée est plutôt de leur offrir une rencontre avec la mer, de leur donner des repères, de leur faire comprendre l’environnement dans lequel ils évoluent. À Porquerolles, cette dimension environnementale est évidente. On ne peut pas enseigner la voile ici sans parler du lieu, de sa fragilité, de sa beauté, de la nécessité de le respecter. Les enfants sont très réceptifs à cela. Ils observent beaucoup, ils posent des questions, ils s’enthousiasment vite.
Avec les adultes, l’échange est différent. Certains viennent pour une initiation, d’autres pour gagner en autonomie ou progresser techniquement. Il faut s’adapter à leurs attentes, à leurs appréhensions, à leur niveau. C’est aussi très intéressant. Mais ce qui me touche le plus, je crois, ce sont vraiment les enfants. Les voir sourire sur l’eau, découvrir des sensations nouvelles, être fiers d’eux, c’est quelque chose de très fort."

Figaro Nautisme : Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier : naviguer, transmettre, voir les gens progresser ou gérer votre propre structure ?
Ivrith Valli : "Il y a plusieurs aspects qui me stimulent. La gestion de l’entreprise, d’abord, me plaît beaucoup. Développer une structure, construire des partenariats, gérer les contrats, imaginer de nouveaux produits, obtenir des lieux d’exploitation : tout cela est exigeant, mais très intéressant. Et puis il y a évidemment la transmission. C’est le cœur du métier. J’aime initier les gens à la voile, leur faire découvrir ce rapport au vent, au bateau, à la mer. Chez les enfants, en particulier, il y a quelque chose de très spontané. Ils ne viennent pas seulement apprendre une technique. Ils découvrent un monde.
La voile permet d’apprendre beaucoup plus que la navigation. Elle apprend la patience, l’observation, l’autonomie, la confiance, mais aussi la prudence. C’est cette richesse-là qui me passionne."
Figaro Nautisme : Comment les vacanciers peuvent-ils réserver un cours avec vous pendant l’été ?
Ivrith Valli : "Le plus simple est de me contacter par téléphone ou via le site internet. En général, les personnes m’indiquent leur période de présence sur place, par exemple une semaine ou quinze jours, puis je les inscris sur le planning. Je ne fonctionne pas avec des horaires totalement figés à l’avance. J’analyse les prévisions météo, puis je propose des créneaux adaptés aux conditions, mais aussi à l’âge et au niveau des pratiquants. C’est important, car une bonne séance dépend beaucoup du bon moment : il faut le bon vent, le bon niveau d’encadrement et les bonnes conditions pour que l’expérience soit à la fois agréable, formatrice et sûre."

Figaro Nautisme : Avec votre expérience, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui veut se lancer dans la voile ou dans une activité nautique ?
Ivrith Valli : "Je dirais qu’il faut réunir trois choses : la persévérance, le plaisir et la sécurité. Ce sont des mots simples, mais ils me semblent essentiels. Il faut garder le plaisir, parce que c’est ce qui donne envie de revenir sur l’eau. Il faut aussi accepter d’apprendre progressivement, sans vouloir aller trop vite. Et il faut toujours garder en tête la sécurité, parce que la mer impose une forme d’humilité.
Naviguer, c’est apprendre à composer avec un élément vivant. On ne décide pas de tout. On observe, on s’adapte, on progresse. C’est aussi ce qui rend la voile aussi belle."
Informations pratiques
Vous souhaitez apprendre la voile, vous initier au wingfoil ou pratiquer le kayak auprès d’Ivrith Valli ? Son école propose plusieurs activités nautiques à Porquerolles, accessibles aux enfants comme aux adultes, avec des créneaux adaptés aux conditions météo du jour.
Adresse mail : info@basenautiqueporquerolles.fr
Site internet : https://www.basenautiqueporquerolles.fr/
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