Plaisance au Liban : entre tradition maritime, tourisme balnéaire et yachting régional, un littoral stratégique

Par Le Figaro Nautisme

Avec ses 225 km de façade méditerranéenne, le Liban ne dispose pas d’un linéaire côtier comparable à celui des grandes puissances nautiques d’Europe du Sud. Pourtant, ce territoire étroit concentre une activité maritime bien plus structurée qu’on ne l’imagine. De Tripoli au nord jusqu’à Tyr au sud, la mer demeure un pilier économique, culturel et social. Elle nourrit la pêche, soutient le tourisme, alimente une plaisance active et maintient un savoir-faire technique discret mais réel.

Dans un pays marqué par des crises successives, le secteur nautique n’a pas disparu. Il s’est recomposé. Concentré autour de quelques pôles, porté par une clientèle régionale et une tradition maritime ancienne, il révèle un modèle singulier, différent des grandes rivieras européennes, mais solidement ancré dans les usages locaux.

 

Une culture maritime ancienne… et toujours présente

Le rapport du Liban à la mer ne se limite pas à une dimension contemporaine. L’histoire maritime du pays remonte à l’Antiquité. Les Phéniciens, installés sur cette bande côtière, furent parmi les premiers grands navigateurs de la Méditerranée. Depuis les ports antiques de Tyr, Saïda ou Byblos, ils ont développé des routes commerciales vers Chypre, l’Afrique du Nord et la péninsule Ibérique. Cette mémoire maritime n’est pas seulement patrimoniale. Elle continue d’influencer l’organisation du littoral.
Aujourd’hui, la pêche demeure structurée selon une répartition territoriale nette. « Le Sud et le Nord restent les zones les plus actives pour la pêche », explique Nasri. « Le centre du pays s’approvisionne beaucoup auprès de ces régions. Il y a bien sûr un peu de pêche au centre, mais les volumes sont nettement plus faibles. » Cette organisation révèle une économie littorale à plusieurs vitesses. Le Sud, notamment autour de Tyr et Saïda, conserve une activité halieutique soutenue. Le Nord, vers Tripoli et Chekka, reste également dynamique. Le centre, dominé par Beyrouth et ses environs, s’oriente davantage vers les services maritimes, la logistique portuaire et les loisirs nautiques. La plaisance s’inscrit dans ce paysage comme une couche supplémentaire, non comme un remplacement de l’activité traditionnelle. La mer reste un outil de travail autant qu’un espace de loisir.

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Les marinas et la plaisance aujourd’hui : une offre concentrée mais active

La géographie de la plaisance libanaise est claire : elle se concentre principalement entre Beyrouth, Dbayeh, Jounieh et Batroun. Beirut Marina à Zaitunay Bay constitue l’image la plus visible de cette modernité nautique. L’ATCL à Jounieh, club historique, reste un pôle structurant. Wind Marina à Dbayeh et certains ports naturels complètent l’offre.
Le pays ne dispose pas d’un réseau étendu de marinas de grande capacité. Les places sont limitées. Les projets d’extension demeurent rares dans un contexte économique contraint. Pourtant, les infrastructures existantes sont actives et régulièrement utilisées.
Le modèle économique diffère sensiblement des grandes destinations de croisière. Ici, la navigation internationale de longue durée reste marginale. La pratique dominante repose sur la sortie à la journée, la location avec skipper et l’usage privé. « À Beyrouth, le tourisme nautique repose surtout sur le ski nautique, le jet-ski et la plongée sous-marine », précise Nasri. Cette configuration façonne une plaisance sociale, événementielle, fortement liée aux usages locaux. Les bateaux servent fréquemment à des rassemblements familiaux, des célébrations ou des sorties estivales.
La clientèle provient en grande partie de la diaspora libanaise et des pays du Moyen-Orient. Le yachting régional joue un rôle central. Nasri évoque également un cadre réglementaire relativement souple : « Il n’y a pas une réglementation aussi stricte que dans certains pays européens. L’activité fonctionne dans un cadre assez flexible. Cela facilite l’organisation des sorties, mais cela demande aussi de la responsabilité de la part des opérateurs. » Cette flexibilité contribue à maintenir une dynamique malgré les contraintes économiques.

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Tourisme balnéaire et littoral : un moteur complémentaire

La plaisance ne peut être dissociée du tourisme balnéaire. Les deux activités se renforcent mutuellement. Le Sud du pays se distingue par de longues plages de sable fin, adaptées aux séjours classiques en bord de mer. Le centre, autour de Beyrouth et vers Batroun, propose davantage de criques rocheuses et d’espaces plus urbains. « Les plages du Sud sont larges, avec du sable fin », explique Elsa, libanaise habitant aujourd’hui en France. « Au centre, on trouve plutôt des petites criques, avec des roches. Ce n’est pas le même paysage ni le même type de fréquentation. » Cette diversité géographique influence directement la typologie touristique. Le Sud attire davantage de séjours familiaux et balnéaires. Le centre concentre une clientèle urbaine et régionale, attirée par les beach clubs, les événements et les activités nautiques. Les sorties en mer s’inscrivent dans cette logique. Elles prolongent l’expérience balnéaire. Louer un yacht pour quelques heures, pratiquer le ski nautique ou organiser une sortie plongée devient une extension naturelle du séjour en bord de mer. Pourtant, le secteur touristique a subi des ralentissements. « Tout ce qui tourne autour du tourisme a baissé ces dernières années », constate Nasri. « Mais ce n’est pas spécifique au nautisme. C’est le tourisme en général qui a été touché. » Malgré ces fluctuations, la mer demeure un levier d’attractivité majeur. Elle offre une respiration dans un environnement urbain dense et constitue un facteur de résilience pour l’économie locale.

Plongée sous-marine et sports nautiques : un potentiel encore sous-exploité

Au-delà des yachts et des sorties événementielles, le Liban possède un potentiel sous-marin significatif. « Les plus beaux spots de plongée se situent entre le centre et le sud », détaille Elsa. « Il y a de très beaux récifs, des reliefs intéressants et des zones encore peu exploitées. » La diversité des fonds, la présence de roches et certaines épaves offrent des opportunités pour les clubs de plongée. Toutefois, le pays reste peu positionné à l’international comme destination phare de plongée, contrairement à d’autres pays méditerranéens. Les sports nautiques de surface sont plus visibles. Le ski nautique, le jet-ski et les activités tractées occupent une place importante dans l’offre balnéaire. Ils participent à l’image dynamique du littoral, notamment autour de Beyrouth et Jounieh. Le potentiel existe, mais il reste à structurer. Une stratégie coordonnée de promotion internationale pourrait renforcer la visibilité du pays dans ces segments.
 

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Les défis : économie, infrastructures et image internationale

Le développement de la plaisance au Liban dépend largement du contexte économique et politique. Les capacités portuaires restent limitées. Les investissements dans de nouvelles infrastructures sont freinés par l’instabilité économique.
Le pays doit également composer avec une image internationale parfois fragile. La plaisance, secteur sensible à la perception de stabilité, dépend fortement de la confiance des investisseurs et des visiteurs. Pourtant, des atouts structurels subsistent. Des chantiers navals performants existent, certains yachts Ce savoir-faire destinés au Moyen-Orient peuvent être construits ou préparés ici avant leur livraison. Il démontre que le secteur nautique ne se limite pas au loisir balnéaire, mais englobe également une dimension industrielle et artisanale. Le défi consiste désormais à stabiliser l’environnement économique, à moderniser certaines infrastructures et à renforcer la visibilité internationale du littoral.

 

Un littoral court, mais stratégique

Le Liban ne prétend pas rivaliser en volume avec les grandes destinations nautiques de Méditerranée. Son littoral est court, ses marinas concentrées et son modèle spécifique. Mais la mer y demeure centrale. Elle structure la pêche régionale, soutient le tourisme balnéaire, alimente une plaisance privée active et conserve un savoir-faire technique reconnu. Dans un pays régulièrement confronté aux turbulences, le littoral représente une constante. Un espace d’activité, de liberté et de sociabilité. La plaisance libanaise n’est ni spectaculaire ni surdimensionnée. Elle est compacte, enracinée et adaptée à son environnement. Elle évolue dans un équilibre fragile entre tradition maritime, tourisme régional et ambitions de modernisation. Et c’est peut-être précisément dans cette singularité que réside son véritable potentiel.
 

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Nathalie Moreau
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Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.