Après la Turquie, l’Égypte refuse à son tour l’escale d’une croisière LGBTQ+
Une deuxième porte s’est refermée devant le Scarlet Lady. Quelques jours seulement après avoir été écarté de deux ports turcs, le navire de croisière n’a finalement pas été autorisé à faire escale à Alexandrie, en Égypte. À bord, près de 2 000 passagers participaient à un voyage organisé par Atlantis Events, société américaine spécialisée dans les séjours destinés à la communauté LGBTQ+. Parti d’Athènes à destination de Venise, le navire devait initialement rejoindre plusieurs escales en Turquie avant que son parcours ne soit profondément remanié.
Le premier changement est intervenu avant même le départ. Les autorités turques ont refusé au Scarlet Lady l’accès aux ports de Kuşadası et d’Istanbul, deux étapes majeures du programme. Selon les explications rapportées par l’organisateur, les autorités locales auraient invoqué des préoccupations liées aux « valeurs morales » et à la structure de la société turque. Une justification directement liée à l’identité des voyageurs, selon Rich Campbell, président d’Atlantis Events.
L’entreprise assure pourtant avoir déjà organisé de nombreuses croisières en Turquie au cours des vingt-cinq dernières années. D’après son dirigeant, jamais elle ne s’était vu interdire une escale en raison du profil de ses passagers depuis sa création, il y a trente-six ans. Face à ce refus, Atlantis Events avait ajouté Alexandrie à l’itinéraire. Les voyageurs devaient débarquer en Égypte et rejoindre notamment Le Caire, ses musées et les pyramides de Gizeh.
Cette solution de remplacement n’aura tenu que quelques jours. Les autorités égyptiennes ont à leur tour refusé l’arrivée du navire à Alexandrie, sans fournir publiquement d’explication détaillée. Le changement a été annoncé aux passagers alors que beaucoup avaient déjà réservé leurs excursions. Certains se préparaient à rejoindre Le Caire, situé à plusieurs heures de route du port, pour découvrir les grands sites archéologiques égyptiens. Le navire a donc été contraint de modifier une nouvelle fois sa route. La Crète et le Monténégro ont notamment été ajoutés au programme afin de remplacer les escales annulées.
Pour Atlantis Events, cette succession d’interdictions dépasse la simple modification d’un itinéraire touristique. Son président dénonce le principe selon lequel un pays pourrait sélectionner les visiteurs autorisés à débarquer en fonction de leur orientation sexuelle. L’organisateur insiste également sur le caractère strictement touristique de la croisière. Les passagers ne se rendaient ni en Turquie ni en Égypte pour participer à une manifestation ou défendre une cause politique, mais pour visiter les villes, réserver des excursions et profiter de leurs escales.
La décision égyptienne a donc renforcé l’inquiétude déjà suscitée par le refus turc. Plusieurs professionnels du tourisme LGBTQ+ redoutent désormais que ces précédents encouragent d’autres destinations à adopter des restrictions similaires. La croisière accueillait également Patti LuPone, grande figure de Broadway invitée à se produire à bord. L’actrice et chanteuse américaine avait vivement réagi après l’annonce du refus turc, dénonçant une décision fondée, selon elle, sur l’identité des passagers. Elle avait néanmoins confirmé sa présence à bord et maintenu ses représentations, malgré les bouleversements successifs du voyage.
Les compagnies de croisière modifient régulièrement leurs programmes en raison de la météo, de tensions géopolitiques ou de contraintes portuaires. Il est en revanche beaucoup plus rare qu’un navire soit explicitement refusé en raison du public qu’il transporte. Cette double interdiction rappelle également que l’accueil réservé aux voyageurs LGBTQ+ varie fortement selon les pays. Bien que les relations entre personnes de même sexe ne soient pas formellement interdites en Turquie et en Égypte, les associations de défense des droits humains y signalent régulièrement des discriminations et des restrictions.
Pour les passagers du Scarlet Lady, le voyage s’est poursuivi vers d’autres horizons méditerranéens. Mais les escales manquées en Turquie et en Égypte ont transformé cette croisière de vacances en symbole des difficultés auxquelles les touristes LGBTQ+ peuvent encore être confrontés à travers le monde.
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