
Pièces d’or, porcelaines chinoises et objets précieux : au large de Madagascar, des archéologues explorent les vestiges d’un ancien repaire de pirates. Sur l’île Sainte-Marie, les récentes découvertes permettent de mieux comprendre la vie de ces marins qui écumaient l’océan Indien au début du XVIIIe siècle, bien au-delà des légendes de trésors engloutis.
Une épave chargée d’histoire à seulement sept mètres de profondeur
Dans la baie d’Ambodifotatra, sur l’île Sainte-Marie, au nord-est de Madagascar, les fonds marins livrent peu à peu leurs secrets. Lors des campagnes de fouilles menées en 2024 et 2025, une équipe franco-malgache a découvert près de 1 500 objets sur une épave reposant à seulement sept mètres de profondeur, à une quarantaine de mètres du rivage. Parmi eux figurent quatorze pièces d’or, des porcelaines chinoises, des céramiques ottomanes et une statuette religieuse en ivoire fabriquée en Inde au XVIIe siècle.
Longue d’environ 40 mètres et large de 10 mètres, l’épave conserve une partie de sa structure en bois, protégée depuis trois siècles par les sédiments. Les monnaies retrouvées, frappées entre 1659 et 1718, proviennent notamment des Provinces-Unies, de Venise et de l’Empire moghol. Une diversité qui témoigne de l’importance des échanges commerciaux dans l’océan Indien, où les navires transportaient épices, étoffes, porcelaines et métaux précieux.
Madagascar, un refuge stratégique pour les pirates
À la fin du XVIIe siècle, Madagascar était devenue l’un des principaux repaires de pirates de l’océan Indien. Sa proximité avec les routes commerciales reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe, ainsi que ses nombreuses baies abritées, en faisaient une base idéale pour ravitailler les équipages, réparer les navires et écouler les marchandises pillées.
Sur l’île Sainte-Marie, les pirates avaient même établi une véritable communauté. Les fouilles terrestres menées sur l’îlot Madame ont révélé des vestiges d’habitations, des céramiques, des ossements d’animaux et les traces de possibles entrepôts. Ces découvertes montrent que les pirates entretenaient des relations commerciales avec les populations locales et que certains s’installaient durablement sur l’île, loin de l’image du marin passant toute sa vie en mer.
Le mystérieux navire pourrait-il être lié au pirate La Buse ?
L’identité de l’épave reste une énigme. Une première hypothèse l’associait au Nossa Senhora do Cabo, un navire portugais capturé en 1721 par Olivier Levasseur, surnommé « La Buse », et son complice John Taylor. Cette prise est considérée comme l’un des plus célèbres coups de la piraterie dans l’océan Indien.
Mais les nouvelles analyses compliquent cette identification. Le navire découvert à Sainte-Marie possède une coque en teck, un bois qui suggère une construction asiatique, alors que le bâtiment portugais aurait été construit en Europe. Les chercheurs n’excluent toutefois pas que certaines marchandises provenant du Nossa Senhora do Cabo aient été transférées à bord de cette épave.
Pour l’heure, seuls 20 % des vestiges ont été explorés. De nouvelles campagnes archéologiques pourraient être organisées en 2027 pour poursuivre les recherches et tenter d’identifier ce mystérieux navire.
Des découvertes qui racontent une autre histoire de la piraterie
Au-delà des pièces d’or et des objets précieux, ces fouilles dévoilent une réalité bien plus complexe que celle des récits d’aventures. Les pirates participaient à de vastes réseaux commerciaux, nouaient des relations avec les habitants et contribuaient parfois à l’économie des territoires où ils s’établissaient. Certains ont même abandonné la piraterie pour rejoindre l’île Bourbon, aujourd’hui La Réunion, où ils ont fondé des familles et commencé une nouvelle vie.
Trois siècles plus tard, les vestiges de Sainte-Marie permettent ainsi de reconstituer un pan méconnu de l’histoire maritime de l’océan Indien. Et avec une grande partie de l’épave encore enfouie sous les sédiments, les fonds marins de Madagascar pourraient bien réserver de nouvelles surprises aux archéologues.
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