Météo : la communication dans tous ses états

Blog Eric Mas
Mardi 10 juin 2014 à 9h19

C’est extraordinaire comme la discussion la plus ordinaire nous mène en bateau. Discuter de la pluie et du beau temps, rien de plus anodin. Pourtant je trouve qu’il y a peu de matières, de disciplines, de sciences, où le mot entendu laisse place à une telle part d’interprétation. Je l’ai déjà écrit dans ce blog, le message météo est difficile à construire, difficile à émettre, difficile à recevoir. Mais son succès, car il faut bien reconnaître que c’est la météo qui remplit le mieux les conversations, doit justement venir du fait que chacun, selon ses aptitudes et ses goûts, reçoit l’information avec ce qu’il veut, ce qu'il peut, de complaisance, d’exigence ou de pertinence. Nous pouvons exercer notre esprit critique avec 3 exemples récents qui m’ont interpelé ces jours-ci.

C’est extraordinaire comme la discussion la plus ordinaire nous mène en bateau. Discuter de la pluie et du beau temps, rien de plus anodin. Pourtant je trouve qu’il y a peu de matières, de disciplines, de sciences, où le mot entendu laisse place à une telle part d’interprétation. Je l’ai déjà écrit dans ce blog, le message météo est difficile à construire, difficile à émettre, difficile à recevoir. Mais son succès, car il faut bien reconnaître que c’est la météo qui remplit le mieux les conversations, doit justement venir du fait que chacun, selon ses aptitudes et ses goûts, reçoit l’information avec ce qu’il veut, ce qu'il peut, de complaisance, d’exigence ou de pertinence. Nous pouvons exercer notre esprit critique avec 3 exemples récents qui m’ont interpelé ces jours-ci.

3 expériences en quelques jours : l’appel au secours de Fabius, la grande affaire du débarquement de juin 44, le stress des skippers.

 
Le 2 juin, Laurent Fabius
, qui aura la charge d’accueillir à Paris la conférence internationale sur le changement climatique (surtout ne plus dire réchauffement), a cru bon (ou amusant) d’inviter les présentateurs (mais je pense qu’il est plus sous le charme des présentatrices) pour les inciter à éveiller la conscience de nos concitoyens sur les problématiques du changement climatique. Certains, prenant leur nouveau rôle très au sérieux, ont retenu que "l’idée est désormais de sensibiliser les Français sans être anxiogène".

Désolé Monsieur le ministre, mais cette affaire vous est étrangère et j’ai vraiment du mal avec votre nouveau concept qui consiste à utiliser les présentateurs météo en relais d’opinion. Le sujet est tellement controversé chez les scientifiques que vous avez décidé de sauter par-dessus leur message en tentant de le cacher derrière la sympathique météo. Mais c’est un usage politique que de vouloir camoufler la complexité d’un sujet en en confiant la communication à ceux dont ce n’est absolument pas la compétence. Laissons les présentateurs communiquer au mieux les prévisions pour les prochains jours. Ne leur demandons pas de passer un message sur le changement climatique, compte tenu d'une part de la complexité du débat scientifique en cours, et d'autre part de sa connotation politique.

COMPLAISANCE : C’est dévoyer l’information météo que de l’entraîner dans la communication du débat climatique.
 


Le 6 juin, tout ou presque a été rappelé sur le débarquement de 44, y compris la prévision météo qui était primordiale pour la réussite des opérations. Tellement importante que, comme toujours en temps de guerre, les belligérants prenaient grand soin de ne pas divulguer leurs observations météorologiques. Il est édifiant de comparer les cartes allemandes et anglaises qui chacune donne son image de la situation sans connaître les conditions de l’ennemi. C'est pourtant sur la communication de son chef prévisiionniste que le Général Eisenhower a décidé le report puis le jour du débarquement. Pour moi, cela force le respect. Avant l’ère des images satellites et des modèles numériques, les météorologues savaient « imaginer » un tracé isobarique, donc la force et direction du vent, donc l’état de la mer. Une « imagination scientifique » qui se révélait pour l’époque particulièrement efficace.

EXIGENCE : C’est exalter l’information météo que de communiquer sur de tels enjeux avec si peu d’éléments.


Le 8 juin, mais aussi les jours qui ont précédé, les 38 skippers de La Solitaire du Figaro - Eric Bompard cachemire ont pour principale préoccupation, la météo. Comme les champions de ski en slalom géant qui se concentrent pour visualiser chaque porte, chaque bosse, chaque piège de la descente qu’ils vont effectuer, nos champions marins s’efforcent de visualiser les vents attendus, mais aussi tous leurs écarts possibles, et les courants et les vagues. Pour « pré-vivre » sa course, chacun fait appel à un expert météo qui lui apporte une information plus ou moins prédigérée. A ce stade, je suis persuadé qu’il vaut mieux apporter tous  les éléments qui peuvent aider à la bonne compréhension du système météo plutôt que des informations ultra précises qui se trouveront vite trahies par la réalité. Je préfère fournir un arc et des flèches au skipper plutôt qu’une cible déjà percée.

PERTINENCE : C’est optimiser l’usage de l’information que d’en communiquer son essence.

 

Le ciel est une obsession pour ceux qui ont peur. Mais pour la plupart d’entre nous, le vent, la pluie, la température, le soleil, la neige, le brouillard font l’atmosphère de nos jours heureux. Pourvu que la communication de la météo reste ce qu'elle doit être, honnête, sérieuse et, si possible, plaisante.

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.